Pour les moqueurs qui se demanderaient, un sourire narquois au coin des lèvres, pourquoi les Darrieus ne savent pas encore se servir d’un téléphone, nous répondrons que les Argentins (et les Chiliens d’ailleurs) ont réussi à rendre le téléphone extrêmement technique : un préfixe à numéroter pour chaque province, mais il n’est jamais mentionné, il faut le savoir par cœur. Les numéros de téléphone n’ont pas tous le même nombre de chiffre (de 6 à 13), ce qui fait que vous ne pouvez jamais savoir si le numéro que vous avez est avec ou sans préfixe. Ajoutons que le système pour les portables est encore différent, et que si vous appelez de l’étranger, il faut enlever le zéro, rajouter le un entre le 9 et le 1 du préfixe du numéro, mais si c’est un portable que vous appelez il faut intercaler un 9… Nous en perdons notre pauvre latin.
Nous les retrouvons finalement ainsi qu’Eivor de Chabot pour rejoindre Los Trece à quelques heures de route de Cordoba et à 60 km de la ville la plus proche.
Nous sommes royalement installés et profitons avec bonheur de leur hospitalité. Tennis, piscine, balades à cheval, cours d’agriculture (il y a beaucoup de travail pour tous les deux…), grandes discussions après le dîner ; nous retrouvons une vie qui nous est plus familière, d’autant plus que Joseph et Emmanuel sont tous les deux partis en France faire leurs études supérieures et sortent de grandes écoles de commerce. Nous sommes en terrain connu. Leurs parents et leur sœur Anne n’atterrissent que deux jours plus tard sur l’aérodrome de l’estancia, quelques heures avant un orage mémorable qui surpasse de loin tout ce que nous avions vu en la matière. Un vent dément, une pluie battante et des éclairs qui font qu’on y voit comme en plein jour (l’impression est très proche d’un stroboscope géant !).
L’entreprise agricole familiale gère environ 5000ha, les terres se répartissent entre soja, maïs, arachide et un peu d’élevage (env 1500 têtes).
Nous découvrons à quel point l’agriculture est devenue moderne. Outre la technologie GPS permettant de gérer les parcelles au niveau micro (les engrais et pesticides peuvent être épandus directement par la machine en fonction de relevés de rendement précis à quelques mètres près effectués auparavant), nous découvrons le semis direct qui permet de semer directement sans labours et donc d’éviter notamment l’évaporation de l’eau et l’érosion.
En plus de terres fertiles et nombreuses, l’agriculture argentine semble être à la pointe de la technologie ce qui permet au gouvernement de taxer la plupart de ses exportations agricoles à hauteur de 35% et de les garder à peu près compétitive.
On est loin de la PAC européenne, et la politique, destinée à garantir des prix bas sur certains produits clés (comme la viande par exemple) est perverse et encourage finalement les producteurs agricoles à changer de culture pour échapper aux taxes. Les Saizieu ont par exemple développé leurs cultures de maïs Pop Corn peu consommé sur place et donc non taxé à l’export.
Evidemment, tout est aussi un peu plus grand que chez nous, leur plus petit voisin exploite 500ha, chaque parcelle fait entre 50 et 100ha et les plus grandes propriétés se comptent en centaines de milliers d’hectares. Ces chiffres ne nous disent pas grand-chose (même si de vagues souvenirs de prépa nous font croire que la taille moyenne d’une exploitation française est de la taille d’une parcelle d’ici), mais du haut d’un cheval il n’est pas rare de voir le même champ s’étendre jusqu’à l’horizon. Et la pampa n’est pas une région spécialement vallonnée !
Les balades à cheval sont de très bon moments, mais un peu rudes pour les zones de frottement : les immensités planes encouragent à galoper la plupart du temps et comme mon niveau d’équitation me permet d’avoir la grâce et le comportement d’un sac à cette allure, je souffre un peu mais nous sommes ravis ! Nous partons même accompagnés du sulky pour convaincre Anne et Eivor et profitons d’une halte pour déguster le maté.
Le maté est une institution dans toute l’Argentine et une religion dans le Nord-Est. Lorsque nous étions à Iguacu, la plupart des argentins se trimbalaient en maillot de bain (parce qu’il fait chaud et qu’il pleut tout simplement) avec un thermos à la main remplie d’eau… chaude.. Préparer et boire un maté est en effet un peu difficile.
Le maté est une infusion à base de yerba mate, cultivée principalement dans le Nord-Est. Elle se présente sous formes de feuilles finement découpées que l’on place dans un petit récipient jusqu’à le remplir intégralement. On complète ensuite avec de l’eau chaude que l’on aspire à l’aide d’une paille percée de petits trous pour ne pas boire les feuilles.
Bien.
Vous êtes contents de savoir cela hein ?
Tout cela pour dire que cela est peu commode puisque l’on ne peut boire qu’une ou deux gorgées avant de devoir remettre de l’eau, d’où le thermos, d’où le côté peu pratique. Et pour un palais européen non habitué, cela a en toute honnêteté un goût assez quelconque bien qu’agréable. Voilà pour la page culturelle.
Nous repartons de chez eux après quelques jours, reposés et ravis de cet intermède dans une famille. Nous avons été très chaleureusement accueillis et nous nous souviendrons longtemps de notre excursion au cœur de la pampa.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire