mardi 24 juin 2008

Agra


Le 3e jour, départ à 6h du matin pour attraper un train en direction d’Agra. Nous avons fait grève et laissons les deux autres aller chercher le troisième de la bande, Vianney, qui arrive de Paris par l’avion de 7h. Ils nous rejoindront en train, mais sans réservation, et passerons donc le voyage à suer, assis sur leurs sacs, compressés sous des foules d’indiens hilares… Pour notre part, nous arrivons comme prévu à Agra en trois heures seulement, et, confort suprême, notre hôtel nous a envoyé un rickshaw qui nous attend avec un joli panneau « Varrieus ».

Pour changer, le quartier où nous logeons est populaire et sale, les égouts ne sont pas couverts et coulent le long des trottoirs. De plus, un festival hindou se déroule ce jour là ce qui nous donne la joie d’avoir des hauts parleurs hurlant des chansons juste devant notre hôtel.

En revanche, nous avons une vue imprenable sur le Taj Mahal tout proche depuis la terrasse restaurant de notre hôtel !

Après avoir déjeuné en admirant le bijou d’Agra, nous visitons le Fort Rouge qui bat largement celui de Delhi en beauté. Nous sommes absolument conquis par ce style raffiné et équilibré mêlant là aussi le marbre blanc au grès rouge!

Les trois aventuriers finissent par arriver vers 17h, exténués mais ravis de leur expérience typiquement indienne. Seul hic : British Airways a perdu le sac de Vianney. Pour parachever une première journée en Inde dont il se souviendra, en se déshabillant pour se coucher, Vianney se prend la main dans le ventilateur, ce qui arrête net l’engin. Il a tous les doigts bien écorchés et une petite foulure en prime !

Le lendemain, nous sommes cependant tous frais et dispos à 5h30 pour petit déjeuner avec vue sur le Taj… Finalement, l’hôtel ne sert pas à cette heure-ci, et nous devons nous contenter de biscuits Good Day qui rappellent de bons souvenirs à Guillaume. L’accès au Taj se fait pas une ruelle étroite et jonchée d’ordures, couverte de dormeurs allongés sur les tables des stands du fameux festival de la veille. A 6h du matin, c’est dur, très dur, d’autant que l’odeur y est aussi.

Mais nous sommes présents à l’ouverture du Taj, et pouvons profiter de la vue mythique en nous sentant presque seuls. Le soleil se lève et caresse le monument de sa lumière dorée. C’est féerique ! Nous passons trois heures à contempler le monument, nous en imprégner de tous les côtés, et faire évidemment une multitude de photos.

Un certain nombre de monuments ou de paysages mythiques sont finalement un peu décevants lorsqu’on les voit pour de vrai. Concernant le Taj Mahal, il n’en est rien, nous sommes époustouflés par la pureté, l’équilibre et la finesse qui se dégagent de ce monument finalement assez imposant. Il n’est pas mondialement connu pour rien !

C’est à n’en pas douter le plus beau monument étranger que nous ayons vu.

Pour la petite histoire, le Taj Mahal a été construit par Shah Jahan, un empereur Moghol, pour abriter le corps de sa deuxième épouse, Mumatz Mahal, dont il était éperdument amoureux. Enfermé à la fin de sa vie par son fils Aurangzeb au Fort Rouge (c’était presque une habitude chez les Moghols pour les fils de s’entretuer, puis d’enfermer leur père pour prendre le pouvoir), il pouvait voir depuis sa prison dorée le tombeau de sa bien aimée.

Notre deuxième jour à Agra nous permet d’admirer le Mausolée d’Akbar, un des plus grands empereurs Moghols qui a régné de 1556 à 1605, étendant et consolidant l’empire. En dirigeant sage, il comprit que les Hindous étaient trop nombreux pour être soumis, et il s’entoura de conseillers hindous pour mieux les intégrer à son empire.

Le Mausolée nous déçoit un peu comparé aux merveilles des deux jours précédents, car il est moins travaillé. Mais le beau jardin peuplé de paons magnifiques, de gazelles et de singes acrobates nous enchante.

Il est temps de rentrer à Delhi, notre avion pour Leh partant à 5h du matin… Nous rencontrons au déjeuner un volontaire Français, Julien, qui s’accorde une semaine de vacances au milieu de sa mission. Celui-ci nous conseille de prendre le bus plutôt que le train, conseil que nous suivons pour notre plus grand malheur. Censé durer 4h à 5h maximum, nous mettrons plus de 7h à parcourir les 200km qui nous séparent de Delhi. Des encombrements nous bloquent pendant 1h30 dans Agra, nous faisons des pauses inutiles et éternelles sur des aires de repos infâmes aux toilettes inoubliables. De plus Geo est malade et le moral est en baisse. Au bout de 6h de bus, au bord du pétage de plombs, nous entonnons des chants scouts pour nous donner du courage. Et ça marche ! Les indiens sont éberlués, tout le bus est tourné vers nous pour profiter du spectacle, mais nous nous en donnons à cœur joie !

(Porte d'entrée du Taj)

L’Arrivée à Delhi est rude, nous devons encore passer récupérer le sac de Vianney. Vu l’heure tardive, nous décidons de dormir à l’aéroport. Une fois de plus, un policier borné comme seuls les indiens savent en former nous interdit de rentrer dans le terminal avant minuit car notre avion est le lendemain… Nous commençons à être habitués, et prenons notre mal en patience.

La nuit est courte, et troublée pour Guillaume par un indien d’un sans gêne tout asiatique, qui, ne trouvant pas de place assise, est allé trouvé un policier en renfort. Ce dernier somme Guillaume de se décaler, et mon mari de 1,93m de long se retrouve à dormir sur seulement deux sièges. Inutile de préciser que quantités d’autres sièges étaient libres un peu plus loin dans le terminal… Mais dada épuisé n’a pas eu la force de se révolter.

Arrivée en Inde


Depuis Bangkok, nous rejoignons Bombay pour une correspondance le lendemain matin pour Delhi. Nous comptons dormir à l’aéroport.

Très vite, nous sommes fixés sur ce qui nous attend pour le mois et demi à venir. Difficile d’être objectif sur mes souvenirs d’Inde qui datent d’il y a trois ans et de mon premier voyage dans un pays en développement. Outre les nombreux aspects positifs, je m’en souvenais comme d’un pays extrêmement sale, bruyant et pour tout dire assez fatigant. L’arrivée à l’aéroport international de Bombay nous démontre, même après huit mois de voyage, que ces impressions passées étaient assez vraies.


L’aéroport international est dans un état lamentable, tout défraîchi et assez mal organisé. Après de nombreux couloirs, nous passons la douane et nous dirigeons vers ce qui semble être la navette pour l’aéroport domestique. Au bout d’un couloir perdu, nous tombons sur une sorte de guichet qui nous remet un numéro d’attente… Premier contact avec la paperasserie indienne (Deuxième pour être plus précis, l’Inde est aussi un des rares pays à demander un délai minimal de 5 jours pour l’obtention d’un visa depuis l’étranger, le temps d’envoyer un fax en France pour vérifier nos antécédents judiciaires…)

Une bonne vingtaine de personnes attendent comme nous la mystérieuse navette qui arrive tranquillement 45mn plus tard. Pour la rejoindre, il faut longer un égout bordant un bâtiment sale et noir, sous la pluie. Le chauffeur demande l’aide d’un passager pour ouvrir la porte du bus, bloquée ce jour là.

Rien de bien grave, vous nous direz, mais les aéroports constituent pour nombre de pays en développement des vitrines de leurs récents succès. Le géant indien n’en a cure.

L’aéroport domestique, tout neuf, équilibre un peu l’impression. Nous nous rendons cependant rapidement compte que l’énorme poubelle au milieu du terminal est en fait un seau destiné à recevoir l’eau de pluie infiltrée dans les plafonds. Un garde nous bloque l’entrée au terminal, sous prétexte que notre vol est le lendemain. Il veut nous faire poireauter dehors sous la pluie et par 30 degrés. Il est buté, nous changeons de porte et trouvons un bonhomme plus complaisant.

Là encore, rien de bien grave mais un indien buté en vaut deux.

Après une nuit difficile dans l’aéroport, nous retrouvons mon frère Geoffroy et un de ses amis à Delhi. Ils sortent tout juste d’une arnaque classique et prévisible qui leur a coûté leur budget hebdomadaire. Arrivés de nuit à Delhi, ils ont pris un taxi à prix cassé qui les a emmené d’endroits glauques en endroits glauques tout en prétendant que tous les hôtels des guides étaient complets de manière à les faire loger pour un prix exorbitant chez l’un de ses amis…

(Geoffroy et Audren)

Ils se sont relogés dans le quartier bon marché et un peu mal famé de Delhi : Pahar Ganj, tout près de la gare de train.

L’arrivée est donc un peu sportive, la foule grouillante qui nous dévisage avec une insistance et une ostentation unique au monde, les vaches bien sûr, les klaxons assourdissants mais surtout les égouts à ciel ouvert et les urinoirs aux odeurs infectes. La saleté indienne bat largement l’Afrique noire (c’est dire), mais surtout à cause de la densité de population.

La chambre qu’il reste pour nous est envahie de petits cafards, les draps sont infects, et la salle de bains répugnante. Pour parachever le tout, nous avons des voisins indiens, trois hommes dont un ado qui m’espionne dans la douche depuis la sienne. Nous nous faisons déjà dévisager toute la journée, et aspirions à un minimum d’intimité, vocable manifestement inexistant en hindi.

Nous sommes donc plutôt contents, et prévoyons de changer d’hôtel dès le lendemain, après avoir servi de repas à des puces logeant dans notre matelas. Cela nous ne la savions pas encore, sinon nous aurions changé tout de suite !

Pour paraphraser Mollus, un célèbre poète philosophe, l’Inde, ça se prend dans la gueule.

Je (Edith) suis très impressionnée du choc ressenti : même après 8 mois à bourlinguer dans des pays en développement, l’Inde reste largement à part. Je ne m’attendais pas à un pays aussi extrême : bruit excessif, saleté excessive, regards intrusifs excessifs, pauvreté excessive… Tout est excessif dans ce pays.

On m’avait tellement vanté le modèle Indien, ce géant économique sur le point de nous bouffer, avec ses ingénieurs mondialement connus, ses prouesses informatiques, ses conglomérats puissants... Quelle blague, pas de problème, ils ont suffisamment de boulot en interne pour ne pas nous bouffer tout de suite !

Nous partons visiter le vieux Delhi et la mosquée Jama Masjid, la plus grande du pays. La circulation dans la vieille ville est dantesque, et nous sommes quasiment dans le seul rickshaw à moteur, les autres étant cyclistes. Là encore nous sommes assaillis par des odeurs désagréables provenant des ordures qui jonchent le sol. Vraiment, de tous les pays en développement que nous avons traversé, l’Inde est de loin le plus sale, et il est difficile de s’en affranchir, même lorsque l’on contemple les trésors que sa civilisation a produits. Le fort rouge d’Agra par exemple, véritable merveille architecturale, regorge de coins sombres où il ne fait pas bon aventurer son nez.

Nous sommes dans un bazar spécialisé dans l’imprimerie et la vente de livres, les petites échoppes se collent les unes aux autres et nous nous glissons avec curiosité et un brin d’appréhension dans le dédale qui les dessert. Nous sommes l’attraction, peu de touristes doivent s’aventurer au-delà de la rue principale. Un autre aspect de l’Inde. Nulle part ailleurs nous ne nous sommes autant sentis la cible de regards appuyés, insistants, parfois presque gênants. Tant que nous ne sommes pas sortis de leur champ de vision, ils continuent à nous observer, sans agressivité mais avec une constance étonnante. Ils ne voient pas du tout ce que de tels regards ont d’intrusifs dans notre culture. Je (Edith) subis les « matages » les plus scandaleux qui soient. Les voyageuses solitaires suscitent encore plus qu’ailleurs mon admiration : les indiens sont carrément lourds et il est épuisant de subir leurs assauts continuels.

Nous nous réinstallons le lendemain de notre arrivée dans un hôtel au double du prix mais qui a le mérite d’être propre, calme, sans voyeurs et même avec l’air conditionné : nous revivons !

Marcher dans les rues de Delhi est tellement physique (on manque de se faire écraser à chaque pas, de se faire uriner dessus par une vache sacrée, de devenir sourd…) qu’il nous faut avoir au moins un refuge, notre chambre d’hôtel.

Nous partons donc visiter avec Geo et Audren le Fort Rouge de Delhi, joli exemple d’architecture Moghole. Cette construction du XVII est relativement bien conservée, elle utilise le grès rouge et e marbre blanc, matériaux nobles de l’époque. Il reste les traces de superbes jardins moghols avec de nombreuses fontaines, malheureusement peu restaurées. C’est dommage car ces jardins devaient beaucoup ajouter à l’ensemble.

dimanche 15 juin 2008

Volontaires à Bangkok

Après tant de temples et de visites culturelles, nous avons besoin de digérer et de passer à autre chose. Nous contactons donc des volontaires MEP et Point Cœur pour faire un petit tour de leurs actions.

La messe à la paroisse Française nous permet de retrouver Benoît et Hermine de Blanpré, la sœur des expatriés chez qui nous avions séjourné une semaine au Brésil, et chez qui nous regardons la finale de Roland Garros avec plaisir ! Guillaume retrouve une amie volontaire à Bangkok pour Enfants du Mékong, avec qui nous prenons un pot fort sympathique.

Enfin, nous passons une demi-journée avec Cédric à l’école de Samaki dans laquelle il donne en Thaï des cours d’anglais à des enfants surexcités et forts dissipés… Pas évident ! Nous sommes admiratifs.

La méthode, ici comme dans toutes les écoles que nous avons visitées pendant ce voyage, est la répétition en chœur des notions apprises, sans véritablement savoir si les enfants répètent comme des perroquets ou ont réellement compris ce qu’ils disent.

La journée commence en rang par le lever des couleurs, l’hymne national, la récitation du règlement intérieur de l’école, une prière (c’est une école catholique), puis une épuisante séance d’aérobic avec musique à fond. Les mouvements sont suffisamment compliqués pour que nous soyons perdus. C’est un moment très drôle ! Imaginez-nous au centre de toutes les attentions (les blancs attirent, ici comme ailleurs, les regards de tous, dans un étonnement admiratif) gesticulant comme des pantins mal coordonnés sous le soleil brûlant de 8h du matin…

Nous sommes invités à déjeuner par la sœur directrice de l’établissement qui nous reçoit à la Thaï, c'est-à-dire avec faste. Nous sommes un peu gênés mais nous régalons de ce festin imprévu. Elle tente même de nous donner de force une grosse somme d’argent pour nous aider pour notre voyage ! Nous réussissons heureusement à lui rendre sans la froisser. Il est toujours très compliqué de gérer ce genre de situations lorsqu’on est dans une culture aussi différente de la notre. Même à table, nous ne savons pas s’il faut nous asseoir avant la soeur, qui doit se servir en premier. Les Thaï étant très formels, particulièrement le clergé, nous faisons de notre mieux.

D’ailleurs, en Thaïlande, on s’adresse à ses interlocuteurs avec des noms spéciaux selon qu’on les considère comme « supérieurs » ou « inférieurs ». C’est l’âge qui compte avant tout, mais par exemple au restaurant ou dans d’autres situations, des subtilités de hiérarchie se glissent indépendamment de l’âge.

Nous apprenons prudemment à faire le waï, qui est la manière de dire bonjour ici et d’honorer une personne. On joint les mains au niveau du menton, du nez ou même du front en fonction du rang de la personne à laquelle on s’adresse, et on s’incline légèrement. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, et les subtilités de ce salut sont trop nombreuses pour les comprendre en quelques jours. Nous choisissons donc comme Cédric de waïer assez haut pour ne vexer personne.

Pour notre dernier soir, nous nous rendons au Point Cœur de Bangkok. Pour ceux qui ne connaissent pas, Point Cœur est un mouvement d’Eglise qui regroupe des sœurs, des laïcs consacrés, et des volontaires. Les volontaires sont en missions pour deux ans en moyenne, et ils habitent dans un quartier pauvre ou un bidonville d’une grande ville (Dakar, Bangkok, Buenos Aires, New York…). Leur unique mission est d’être là, de témoigner de l’amour en étant une présence, un lieu d’accueil et de repos pour tous ceux qui passent. Au fil des années, les voisins tissent avec le point cœur des liens d’amitié très forts. Les volontaires rendent ainsi visite régulièrement aux amis du quartier. Beaucoup d’enfants non scolarisés (ou qui devraient aller à l’école mais n’y vont pas à cause de la négligence des parents, ou autre) viennent aussi jouer au point cœur.

Les volontaires s’appuient sur une vie en communauté et de prière très riche, et vivent le plus possible comme leurs voisins. Ils mangent Thaï, parlent Thaï, vivent à la Thaï, ce qui peut vouloir dire faire sa lessive à la main pendant deux ans, manger par terre sur une natte pendant deux ans, ne pas avoir l’air conditionné, faire toujours la cuisine pour 10 au cas où des voisins viendraient dîner, etc…

Les point cœurs sont souvent en contact avec beaucoup d’associations qui oeuvrent dans différents domaines pour répondre à certain des problèmes auxquels sont confrontés leurs amis.

(Aurélie, volontaire Point coeur depuis 2 ans)

Cela peut sembler surhumain ou parfaitement inutile. Nous avons été très étonnés la première fois que nous en avons entendu parler. Notre visite dans ce point cœur nous a enchanté. Dans tous ces pays, dès qu’on est blanc, l’argent et les cadeaux se glissent dans la relation. Le fait que les point cœurs ne donnent jamais d’argent permet d’instaurer des relations d’amitié solides, vraies et durables. Et dans ces quartiers souvent très violents, avec des problèmes de drogue, d’enfants battus, d’abus en tout genre, de familles éclatées, d’enfants en prisons, de pères alcooliques… les point cœurs sont un havre de paix, d’amour et d’écoute qui n’est pas de trop.

(Kashia, volontaire Point Coeur; Cédric, volontaire MEP; Betiana, Point Coeur)

L’ambiance est survoltée, des dizaines de personnes de tous horizons sont là pour la messe en Thaï. Les enfants nous adoptent instantanément, nous leur faisons faire des cabrioles en tout genre. Le dîner est très sympathique et se termine par l’anniversaire d’une des filles handicapée du quartier qui vient au point cœur presque tous les jours. Nous improvisons quelques chansons à la guitare et finissons par un « siffler sur la colline » endiablé et mémorable. Un belle dernière soirée !

Noémie (la 4e et dernière du Point Coeur) et nous


Cambodge: petites observations


Nous n’avons vu que peu de choses de ce pays traversé en une petite semaine, mais par rapport aux autres pays de la zone, nous avons été très frappés par la pauvreté et la misère ambiante. Pourtant, c’est le Laos qui est censé être le pays le plus pauvre de la région. Mais nous soupçonnons les chiffres d’être faussés par les revenus du tourisme liés à Angkor.

Sans Angkor, le Cambodge serait sans doute bon dernier.

Ce pays est certainement le plus pauvre et le plus misérable que nous ayons vu depuis le Mali. Le Laos est pauvre mais bien tenu, les gens vivent dans la dignité. Ici, tout est sale, mal entretenu, rien ne fonctionne…

Or, le Cambodge est un pays fertile, avec un gros potentiel. Les Khmers n’y ont pas bâti un grand empire par hasard.

La corruption est ici un problème majeur, comme dans toute l’Asie, mais dans des proportions qui semblent atteindre celles de Philippines, à savoir que le pays est tellement corrompu que cela freine terriblement le développement du pays.

Les Cambodgiens sont superbes, nous les élisons peuple le plus beau de toute la zone Indochinoise. Ils ont la peau très mate, beaucoup plus que leurs voisins, et ont des traits extrêmement fins. Les filles portent souvent le sarong traditionnel, et les hommes sont souvent vêtus de Krama (tissus à carreaux traditionnel du Cambodge) qu’ils nouent autour de leur taille pour travailler dans les champs ou se doucher.

Autour d’Angkor, pas un puits, pas un hôpital, pas une restauration de temple, pas un pont qui n’ait été financé par une ONG, un gouvernement étranger, une famille américaine, etc. Les Cambodgiens semblent être totalement assistés, ce qui a des effets désastreux et les enfonce dans le sous développement au lieu de les en tirer. Ce tour du monde nous aura appris au moins une chose : si les gens qui bénéficient d’un don ne participent pas un minimum à la réalisation, ils n’entretiendront jamais la construction (déjà que l’entretien n’est pas leur fort quand ils ont investi de leur poche), ne se l’approprieront pas, et seront incapables de faire face lorsqu’il faudra en reconstruire un au bout de 20 ans. Ils ne pourront que tendre la main à nouveau...

L’histoire du Cambodge est méconnue. Tout le monde a entendu parler du régime de terreur de Pol Pot, le dirigeant Khmer Rouge, qui a provoqué en 4 ans seulement la mort d’environ un tiers de la population Cambodgienne (2 millions sur les 6 millions). La méthode et l’idéal étaient simples : faire du Cambodge un paradis communiste entièrement agricole.

L’industrie, toutes les villes et les infrastructures sont saccagées au nom de la construction d’un nouveau peuple et d’un nouvel homme entièrement dévoué à la collectivité. La monnaie est abolie, les familles séparées et les individus contraints de travailler à un rythme forcené dans des coopératives agricoles. Les intellectuels (au sens large) sont supprimés.

Le résultat d’une telle désorganisation ne s’est pas fait attendre, des famines terribles et la malaria ravagent le pays. Un véritable génocide.


(pictogrammes ornant les toilettes cambodgiennes)

Les Khmers Rouges ont été délogés par les Vietnamiens en 1978, ceux-ci se lassant des incursions des Khmers rouges au-delà de leur frontière. Mais les Khmers Rouges ont conservé la représentation légale du pays à l’ONU pendant encore quelques années

Ce qui est encore moins connu, c’est que les Khmers rouges ont poursuivis la guérilla jusqu’en … 1997 pour tenter de reprendre le pouvoir. Pol Pot est arrêté et emprisonné par ses propres partisans la même année et meurt en 1998.

Les procès qui doivent juger les crimes de l’époque sont toujours en cours, et risquent de ne jamais se terminer avant la mort du dernier Khmer Rouge. De nombreux responsables politiques actuels sont d’ailleurs des Khmers rouges reconvertis.

Bref, on comprend que le pays ait un peu de mal à se remettre sur les rails dans ce contexte…

C

Angkor

Une journée de 10h de transports nous attend pour rejoindre Siem Reap et la mythique Angkor. Après avoir hésité et tergiversé pendant nos trois mois Indochinois, nous avons finalement réussi à voyager suffisamment rapidement pour nous permettre un aller-retour au Cambodge.

La frontière à Aranyaprathet (côté Thaïlandais) et Poipet (côté Cambodgien) est sans doute la pire que nous ayons vu. Tous les éclopés, mendiants, enfants des rues, et restes de khmers rouges corrompus s’y sont donnés rendez-vous. On assiste éberlué au bal des chariots à bras transportant des ordures à recycler parfois tirés par des enfants de 12 ans.

C’est très dur, le contraste est détonnant.

Après avoir évité les arnaques les plus flagrantes classiques des villes frontières, nous arrivons côté Cambodgien. Les douaniers nous font signe, et nous installent à une table sous un vague auvent au bord de la rue. Comme ils ont un uniforme, nous leur faisons (bêtement) confiance. Plus moyen de se sortir de leur magouille mafieuse : nous sommes obligés de payer nos visas 30$ chacun au lieu des 20$ officiels, et malgré nos réclamations répétées, impossible d’obtenir le moindre reçu évidemment… Guillaume relève en désespoir de cause le numéro d’identification de la plaque du flic. Finalement nous n’en ferons rien.

Nous parvenons à nous dépêtrer tant bien que mal de la nuée de rabatteurs et d’arnaqueurs et partageons un taxi pour Siem Reap avec une Tchèque désespérée qui vient de se faire refouler à la frontière…

Retour de 50 ans en arrière par rapport à la Thaïlande. La piste est ignoble, les villages sales et mal entretenus sont d’aspect misérable, les voitures que nous croisons portent des chargements dignes de l’Afrique…

Nous arrivons à Siem Reap en un temps record qui a failli coûter la vie à un motard passé un peu trop près du taxi. La guesthouse où nous logeons sur les conseils de Lionel et Valérie est charmante, et cette petite ville change agréablement de la bruyante Bangkok.

Au programme des trois prochains jours :

Lever 4h30, petit déjeuner consistant

Départ 5h, à vélo ou en Tuk-tuk pour un marathon de temples tous plus beaux les uns que les autres

Retour entre 11 et 15h, harassés, en nage, mais heureux !

Notre hôte concocte pour les clients de sa guesthouse un programme sympathique qui permet d’éviter les foules, et de voir certains temples « secrets » en étant seuls. Son pouvoir de persuasion est grand puisque effectivement, quasiment tout l’hôtel est levé au milieu de la nuit !

On vous aurait bien fait un résumé de l’histoire de l’empire Khmer mais elle est peu connue.

En très bref, l’empire dure plus ou moins du X au XIVe, s’appuie sur une agriculture prospère grâce à un système d’irrigation efficace et sur de bonnes voies de communication rayonnant autour de la capitale. Les bonnes récoltes de riz et la surabondance de poisson dans le lac Tonle Sap voisin libèrent beaucoup de temps pour la construction de temples et de palais. La plupart sont concentrés à Angkor mais on en retrouve dans le Nord de la Thaïlande et le sud du Laos.

Les roi khmers sont hindouistes (à l’exception notable de leur plus grand bâtisseur Jayavarman VII, bouddhiste) et se voient comme des dieux, conception originaire du sud de l’Inde. Les temples qu’ils bâtissent sont pour la plupart des temples montagnes qui représentent le mont Meru, centre du monde dans la cosmologie hindouiste. Les grands réservoirs entourant les temples représentent l’océan originel qui entoure le mont Meru.

Les deux plus grands bâtisseurs furent Suryavarman II (1113-1152) et Jayavarman VII (1181-1219)

Le premier bâtit Angkor Wat. Dédié à Vishnu dont le roi prétend être une incarnation, c’est le plus grand et le mieux conservé de tous les temples, mais pas forcément le plus beau. Certains bas-reliefs sont tout de même d’une grande finesse.

Le second fit construire Angkor Thom grande cité au sein de laquelle se trouve le Bayon, le temple bouddhique aux mille visages, et les terrasses.

Nous ne listerons pas tous les temples que nous avons vu. Voici quelques photos de nos préférés.

Le Bayon et ses milles visages.

On ne sait pas tellement ce que symbolisaient ces figures tournées vers les quatre points cardinaux. Certains pensent que le roi Javaryaman VII, bâtisseur de ce temple, voulait ainsi affirmer sa toute-puissance sur son immense empire en « ayant des yeux partout ». Mais cette théorie est loin de faire l’unanimité.

La terrasse des éléphants, et la terrasse du roi lépreux avec leurs superbes bas-reliefs.


Les temples « junglesques » : le Ta Nei secret, et le fameux Ta Prohm


Envahis par la jungle, ils laissent admirer la puissance de la nature, et permettent de comprendre rapidement comment des temples peuvent être avalés par la jungle. On se demande vraiment comment ils ne sont pas plus abîmés étant donné ce que les arbres leur font subir ! Lorsque les temples ont été redécouverts, ils étaient pour la plupart absorbés par la jungle. Les archéologues ont laissé quelques arbres et plantes dans ces deux temples mais la plupart ont été enlevés.

Le Banteay Srey


Notre préféré. Tout petit, il est orné des bas-reliefs et des sculptures les plus fines et les plus admirables de tous les temples. A la lumière du matin, seuls avant l’arrivée des cars de touristes, nous y passons un moment magique.

Le Preah Khan

Le préféré de Benoît, un long chemin pour y accéder et des enfilades de couloirs à perte de vue. Un endroit rêvé pour se sentir explorateur.

En résumé, trois jours passionnants, beaucoup de temples qui se voient plus qu’ils ne se décrivent.

Cette ville ancienne est vraiment magnifique, à ne manquer sous aucun prétexte. C’est certainement une des merveilles du monde actuelles!