lundi 29 octobre 2007

Instantanés


Question d’un petit vendeur de Ségou : « Mais ça fait déjà 10 jours que Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il se séparait de Cécilia, pourquoi n’annonce-t-il toujours pas son remariage ? C’est le président quand même. Un président peut rester comme ça sans femme chez vous pendant longtemps ? » Nous lui expliquons que chez nous ça marche un peu différemment… « Moi je voulais que ce soit Ségolène Royal qui passe, et j’ai fait des bénédictions pour ça, mais ça n’a pas marché. En fait je ne sais pas trop pourquoi, mais elle avait un joli sourire. »






Trouvé à Djiguibombo, au cœur du pays Dogon. Hommage au patriarche, et à la fraternité transfrontalière Mali-Barbès.





La puissance des gris-gris…

Nous avons déjà vu de nos propres yeux un gilet pare-balles en bogolan (toile grossière à la teinte naturelle). Il dévie (de loin) les balles de fusils… Surtout s’ils sont artisanaux !

D’autres gris-gris font cracher de l’eau aux fusils, ou permettent de se télé transporter instantanément, partout dans le monde en général, et jusqu’à la Tour Eiffel en particulier.

Devant le sérieux de nos interlocuteurs, nous ne nous permettons de rire qu’a posteriori.





La prévoyance à la Malienne…

Lors d’un trajet en bus, celui-ci tombe en panne : impossible de redémarrer. Les bus n’ayant pas de freins à main, une cale est toujours déposée derrière la roue avant lorsque celui-ci s’arrête. Il faudra le pousser à la main pour le redémarrer, selon la bonne vieille méthode malienne. Les hommes du bus descendent et poussent de toutes leurs forces (c’est un gros bus tout de même, et bourré de sacs de mil), jusqu’à s’étaler lamentablement sur la cale qui brise net leur élan. Le responsable est vertement tancé. Nous sourions.





Ce que l’on peut mettre sur une moto…

Pas de photos à l’appui malheureusement, on vous laisse imaginer la scène.

Une homme conduit, un homme porte dans ses bras le chargement : un énorme bélier vivant, pied attachés.

Deux pneus de camion empilés l’un sur l’autre conduisent une moto. L’homme est au milieu. Le bibendum Michelin existe, nous l’avons rencontré! Un acolyte est nécessaire pour le déchargement : l’homme est prisonnier de ses pneus.

La condition des femmes



Ces quelques heures de marche et d’observation sont l’occasion de discuter avec Nouh, assez bavard, avec qui nous débattons sur la condition des femmes africaines. On dit souvent que « la femme africaine porte l’Afrique sur son dos ». Les hommes semblent en effet passer leurs journées à discuter sous les Togunas (abris à palabre, dont le toit est très bas pour rappeler à celui qui s’énerve et se lève que c’est un lieu de discussion), à boire du thé, et à dormir.

Ce sont néanmoins eux qui récoltent le mil dans les champs. Nous n’avons jamais croisé une femme assise et encore moins allongée ! Elles pilent le mil du matin au soir, c’est le pire et le plus bête esclavage du monde. Elles y passent leur vie semble-t-il. Mais il faut également aller chercher du bois, de l’eau, aller au marché si c’est le jour, s’occuper des enfants, préparer le mil une fois celui-ci pilé, travailler dans les plantations de maraîchage si elles en ont.

(Les femmes africaines n'aiment pas du tout qu'on les prenne en photo...)


Nouh nous explique pourtant que les hommes travaillent autant si ce n’est plus (oui il a dit plus) que les femmes, qui ont pour seule tâche de faire la cuisine. L’homme est chargé de trouver les moyens de nourrir sa famille, et tout ce qu’il gagne revient à sa famille. La femme, si elle tire quelques revenus de ses ventes au marché, peut conserver son argent. Car évidemment ils sont en séparation de biens TOTAL. Rien n’est commun. Le mari donne tous les jours à sa femme la mesure de mil nécessaire pour la journée.

En fait les tâches sont très clairement réparties entre hommes et femmes, et il est hors de question de changer. Les hommes cultivent le mil (cela dure trois mois par an, et les femmes participent aussi), et refont les maisons en banco (une fois par an). Dans certaines régions, ils font parfois du maraîchage, mais en pays Dogon ce sont seulement les femmes. Le reste ce sont les femmes. En plus des tâches citées ci-dessus, elles cultivent l’arachide si elles le peuvent, les haricots (mais aussi les hommes). Ce sont les hommes qui s’occupent des filets et pêchent.

Bref, ce qui est sûr c’est que les femmes sont associées à toutes les tâches répétitives, mais les hommes ne touchent qu’à certaines, limitées dans le temps, et qui demandent un gros effort physique ou un savoir-faire particulier (chasse, forgerons, tailleurs…)

Notons que dans les villes la répartition est beaucoup plus égale, les hommes bossent énormément pour assurer la vie de leurs familles.

Un autre guide croisé sue le chemin, nous explique les rapports au sein du « couple » : ils sont de toute façon polygames… Il est bon d’avoir plusieurs femmes, cela fait de la main d’œuvre pour le mari. Certes il faut régler les disputes, mais « chacune a sa nuit tu sais, ça fonctionne très bien » nous dit le guide. Il nous dit respecter chaque femme comme sa propre mère. Les Maliens ont vraiment un amour et un respect immense pour leurs mères. « Je ne frappe jamais ma femme, mais si elle me manque de respect, je la balaye avec mon pied et elle tombe par terre. Si elle m’énerve beaucoup, je prend toutes ses affaires, je les jette devant la porte et je lui dit : Sors de chez moi ! »

Il est très choqué par nos relations occidentales, disant que chez nous ce sont les femmes qui dominent. La preuve, les femmes donnent des claques à leurs maris (il a dû regarder trop de feuilletons américain). Si sa femme lui donnait une claque, il perdrait sa « dignité d’homme ». Guillaume lui explique que chez nous, quand on frappe une femme on perd sa dignité… Il n’en revient pas !

Une ancienne pratique nous a été relatée par notre guide Nouh (ancienne… il a 30 ans et y a participé étant jeune). Les jeunes garçons, s’ils tombent amoureux d’une fille du village voisin réunissent leurs amis pour organiser son enlèvement. Ils la ramènent dans leur propre village, et le lendemain des négociations entre les parents s’engagent afin de célébrer le mariage. « Parfois la fille ne veut pas et donc il faut tout le temps la garder, il y a toujours quelqu’un avec elle pour l’empêcher de fuir. Parfois, elles se marient, et au bout de deux ans, une fois la surveillance relâchée elles s’enfuient ».

Cette pratique n’est pas possible si la fille, sans le savoir, a été fiancée dès sa naissance à un proche.

Le pays Dogon


Nous avons négocié une marche de trois jours et deux nuits avec notre guide, Nouh, dans le pays Dogon. Cette ethnie est célèbre pour son habitat : au XVIe siècle, craignant les envahisseurs venant du Burkina Faso, ils se réfugient dans une falaise qui balafre la plaine sur près de 100 kms. Ils cultivent des champs dans la plaine et font des cultures maraîchères sur le plateau. Ils sont tous descendus de la falaise il y a une quarantaine d’années et vivent maintenant au pied.

Un certain nombre d’entre eux sont animistes ce qui donne lieu à des cérémonies étonnantes à grand renfort de masques, de danses et de sorciers. Ces cérémonies n’ont lieu que rarement (la plus rare tous les 60 ans) et chacune a son masque emblème. Aujourd’hui, le tourisme a rendu tout cela un peu commercial, les touristes peuvent payer une grosse somme et voir la reproduction d’une cérémonie désacralisée.

Les villages sont bien préservés, tous construits intégralement en banco avec de jolis petits greniers à chapeaux pointus. Les anciennes habitations accrochées à la falaise, à moitié troglodytes pour certaines, sont très impressionnantes. Certaines semblent vraiment inaccessibles, on se demande ce qui leur a pris de s’installer là !

Nous marchons entre 8 et 12 km par jour… Ca vous paraît ridicule avec vos 15° et la pluie qui tombe en France… mais sous 35° en plein soleil, et dans le sable, c’est une autre paire de manche ! Le premier jour nous descendons du plateau vers la plaine. La falaise est très belle et offre de superbes paysages. Les photos rendent mal la profondeur du panorama, mais c’était vraiment impressionnant !

Nous dormons dans un petit village au pied de la falaise, et repartons le lendemain en longeant le pied de la falaise en direction d’autres villages. La campagne est très densément habitée par rapport à chez nous, et nous croisons des maisons et des gens tout le temps, d’autant plus que c’est la récolte du mil. La marche dans le sable est fatigante, et la poussière dans ce pays impressionnante : nous buvons en permanence notre eau « falsifiée » comme dirait Nouh, notre guide (ça veut dire Aquatabsé), d’une délicieuse température de 35°, mais la bouche reste toujours sèche ! Les beaux paysages et les villages que nous croisons nous récompensent de nos efforts, et c’est quand même génial de marcher et d’avoir le temps de regarder les gens, les saluer, aller à un rythme qui permet de s’imprégner des lieux, bien plus que la voiture.

Nous sentons que l’ambiance est cependant faussée par le trop grand nombre de touristes. Tous les enfants, et même les adultes, nous réclament argent, cadeaux, bics et noix de Kola.

Ces villages Dogons permettent de découvrir le mode de vie des paysans dans des contrées reculées. C’est vraiment dur ! Ils sont très pauvres, malgré la manne touristique ; tous les villages n’ont pas d’école et de dispensaires. Ils ne mangent que du mil, trois fois par jour. Dans la plaine, il n’y a pas assez d’eau pour faire du maraîchage, et donc ils ont peu de crudités. Vous imaginez les carences quand on mange le matin du Tô de mil, à midi de la bouillie de mil, et le soir de la crème de mil. Edith a goûté la crème, censée être le meilleur des trois… Dégueu ! Nous croisons beaucoup d’enfants maigrelets à gros ventres.

Le jour le plus long.



Un petit emprunt pour un grand voyage.

Comme dit précédemment, Tombouctou est perdue aux portes du désert, très isolée du reste du pays, elle se mérite (trois jours de bateau pour y aller) et sait faire payer les imprudents qui s’y aventurent. Avant, les Touaregs se chargeaient d’égorger les impudents, aujourd’hui, malgré la rébellion Touareg active au Nord du Mali, les voyageurs souffrent d’une autre façon.

Seuls des 4X4 peuvent emprunter les 400km de piste pour rejoindre la ville et il y en a peu. Très peu. D’ailleurs ils n’ont de 4X4 que l’apparence et l’inscription sur la carrosserie « 4WD ». Ce sont en fait de vieux Land Cruisers délabrés, qui n’ont plus que deux roues motrices sur les 4 pneus lisses, un démarreur à main, une carrosserie cabossée, des amortisseurs rigides, des pare-brises fêlés, et 9 places assises.

Ici, on rentre à 13, et il faut donc se serrer un peu. Nous héritons sur notre banquette de deux mamas africaines TRES bien nourries qui se répandent au sens propre comme au figuré sur nos pauvres petits corps tout compressés. La hanche d’Edith ne devient plus qu’un gros bleu, (l’accoudoir !) sa tête une bosse (le truc là haut pour se tenir dans les chaos…) et j’attrape une crampe au bras pour cantonner nos deux mamas à la place qui leur revient. j‘ai beau pousser, pousser encore, dès que la pression se relâche elles reviennent dans leur position initiale telle une bête boule anti-stress…

Tout cela ne serait pas bien dur pour les 5h de trajet prévus sur la piste, mais le carburateur fait des siennes et notre chauffeur, « Roi du Bricole », après plusieurs tentatives de réparations infructueuses, branche directement son bidon d’essence (5L) rempli en siphonnant le réservoir, sur l’arrivée d’essence (le bidon se trouve donc dans le capot, dans des conditions de sécurité optimales). Et un 4X4 Malien bien réglé consomme 15L aux 100, faites donc le calcul, 30 km d’autonomie maximale, et rebelote, re-siphon, et c’est reparti. (Sur 400 km, cela fait quand même 12 arrêts !).

Pour simplifier Edith a plus de 38 et je me remets à peine de ma fièvre…

N’oublions pas que nous sommes partis à 4h du matin pour prendre le premier bac…

12h après, oui 12h soit un peu plus de 30km/h de moyenne, nous arrivons exténués, fourbus, à deux doigts du craquage complet…

Le soir il nous faut négocier pour partir le lendemain en Pays Dogon… L’hôtel est un repère de voleurs et toutes les chambres abordables sont prises, nous finissons en terrasse, avec le plus petit matelas du monde et une moustiquaire au maillage rappelant celui d’un sac de pommes de terre…

Le pied quoi !

Mais la bonne humeur reprend bien sûr le dessus !

Tombouctou la mythique...




Arrivée à Tombouctou le dimanche matin. Les guides locaux nous donnent le la immédiatement : on nous demande tout simplement de payer 15 fois le prix normal pour parcourir les 7km séparant le port de Tombouctou… Après force négociations et une panne de voiture avant même de démarrer, nous arrivons à l’hôtel Camping (d’une propreté égale à celui de Cadaquès, comprenne qui pourra…) , à 20min à pied du centre de Tombouctou.

Guillaume, un peu malade depuis le matin, se sent pourtant la force de marcher sous un soleil de plomb vers le centre de Tombouctou. Un déjeuner au riz blanc, et 10 propositions de tours en chameau plus tard, Guillaume doit filer à l’hôtel. Il a plus de 40 de fièvre en plus d’une toubaba carabinée… Intoxication alimentaire + Insolation. Il est très mal et passe l’après midi et le lendemain couché. Heureusement Edith aux petits soins le remet d’aplomb. Nous avons tout de même perdu deux jours sur notre programme, donc nous n’aurons pas le droit au tour en chameau et à la nuit dans le désert et nous devrons nous contenter de trois jours en pays Dogon.

Tombouctou est une ville mythique mais peu de gens, parmi ceux capables de la placer sur une carte savent pourquoi, (nous inclus !)… Cette cité fondée au XIIe siècle par les Touaregs voit son influence grandir à la fin du XIVe siècle et devient le point de rencontre entre les marchands d’or de la forêt Akan (Sud du Ghana et de la Côte d’Ivoire) et les marchands de sel en provenance de Taoudenni, en plein cœur du Sahara. Grâce à son importance commerciale, elle devient un important centre culturel islamique ; de nombreux manuscrits anciens et de fameuses écoles coraniques témoignent de ce riche passé. Depuis la conquête Marocaine au XVIe et le développement des routes maritimes, la ville est en déclin. Le premier Européen revenu vivant de cette ville qui faisait rêver l’Occident n’y a pénétré qu’en 1828 et a touché la prime de la Société de géographie offerte au premier Européen ayant pénétré dans Tombouctou. (René Caillié, un français : Cocorico ! Les Rosbeefs en avait envoyé un qui a été assassiné par les Touaregs à son départ…) Elle vit aujourd’hui beaucoup du tourisme. Les constructions sont pour beaucoup en pierre de taille, ce qui change agréablement du banco et les portes sont joliment ouvragées.

La ville est cependant aux portes du désert, il y faisait 40 degrés quand nous y étions (début de la saison froide) et quand le vent souffle, on comprend l’intérêt des turbans…



lundi 22 octobre 2007

Croisière sur le Niger vers Tombouctou la mythique

Notre séjour à Mopti s’achève, et nous prenons le bateau pour Tombouctou… Au programme trois jours et deux nuits de croisière sur un bateau dont le confort devrait supplanter de loin la pinasse. Nous avons oublié de prendre le bateau en photo, mais en gros il y avait deux étages, et il ressemblait aux bateaux qui remontent le Mississipi dans Lucky Luke, les roues à aube en moins !

Nous nous sommes offerts la 1e classe, ce qui fait un petit trou dans notre budget, mais trois jours c’est long… ! Nous attendons avec impatience de pouvoir nous la couler douce et profiter de notre première croisière !

Quelle ne fut pas notre déception ! Nous avions oublié que ce bateau, à destination des Maliens et non des touristes, est d’un niveau de confort correspondant aux standards du pays… Tout d’abord, il fallu attendre la bateau jusqu’à…. minuit, pour une arrivée initialement prévue entre 14h et 20h ! Une heure après avoir poireauté au milieu du passage sans personne pour s’occuper de nous, grâce à l’intervention de Guillaume auprès du « Commissaire », nous pouvons enfin gagner nos chambres à une heure du matin ! La chaleur étouffante des cabines et le bruit nous empêchent de nous coucher avant 1h30-2h… La croisière reposante commence bien !!

La cabine 1e classe pour laquelle nous avons quand même claqué le cinquième du budget du Mali se révèle inférieure au standing de confort d’une troisième classe française ! Chambre à peine propre avec lits superposés.

Cependant, le lendemain nous découvrons les avantages réservés aux 1e classes :

Nous avons droit à des WC et douches réservés, et donc munis de cadenas. Seulement, comme nous sommes au Mali, il n’y a pas de clé pour tous les passagers de 1e classe, et nous devons donc aller demander au voisin à chaque fois que nous désirons nous rendre aux toilettes… Le luxe à la Malienne !

En ce qui concerne les repas, nous avons droit à du couscous à la place du riz, à deux morceaux de viande au lieu d’un, à des verres et à des serviettes en papier, contrairement aux autres !

Finalement, une fois avalé le décalage entre le prix payé et la prestation, ces deux jours s’avèrent très sympa. Nous rencontrons un gentil couple d’anglais, réalisant pendant un an un tour d’Afrique : chapeau !! Un retraité français très très routard nous tient également compagnie.

Ces deux jours à bord (et non trois finalement puisque le bateau est parti à une heure du matin) se passent en morceaux de guitare, discussions avec les autres toubabs, avec quelques maliens, rédaction du blog, lecture… Nous profitons pour la première fois de notre guitare que nous n’avions pas touchée jusque là, et déjà égarée dans un bus pendant deux jours !



Un ensablement nous immobilise pendant 2h, et les employés aidés de quelques passagers doivent pousser comme des fous pour nous débloquer ! Le lendemain nous perdons quelques heures à attendre qu’une tempête passe… finalement .nous y échappons. Le vent soulève des nuages de sable qui créent un brouillard irréel tout autour de nous en quelques instants.

Nous découvrons aussi comment se nourrissent les passagers de la 4e classe = la classe « pont »… La nourriture n’est pas incluse pour eux, et ils ont tous apporté réchauds, charbon de bois, riz et popotes pour cuisiner. Ils font donc leurs courses en route lors des courtes escales dans quelques villes, ou bien ce sont carrément les villageois du bord du fleuve qui viennent vendre quelques légumes et pains sur leurs pirogues. (ci-dessous vue de haut des pirogues arrimées au bateau pour le ravitaillement).

Les paysages que nous découvrons sont superbes : rizières à perte de vue le premier jour : le Niger se perd dans d’immenses méandres marécageux sur des kilomètres. On se croirait en Asie ! Le deuxième jour, la végétation se rabougrie, le sable et les dunes commencent à apparaître par endroits… On sent le désert approcher. Et malgré l’hostilité et la chaleur accablante qui règnent dans la région, des hommes vivent là, dans des cabanes en banco, avec quelques chèvres et de maigres cultures pour toute ressource… Ca dépasse l’entendement !

Les guides au Mali…

Le Mali est loin derrière le Sénégal le pays le plus touristique d’Afrique de l’Ouest. Les villes intéressantes regorgent de guides touristiques désoeuvrés, faute de touristes. (La saison commence dans une quinzaine de jours).


Nous sommes donc assaillis, dès la sortie de l’hôtel, par une armée d’amis.

Dialogue.

- Bonjour mon ami (Cela commence mal)

- Tu es français de France? (Oulala, que me veut-il celui-là ?)

- Oui, de Paris la capitale.

- Ah, c’est bien, quand est tu arrivé à X ? (Je lui dit que je repars dans une heure ?)

- Hier

- Bon, je te dit cela parce que (là il faut parfois rayer les mentions inutiles mais ils sont généralement polyvalents)

- 1) Je peux te proposer un tour de pirogue-pinasse sur le fleuve

- 2) Je peux te faire visiter la ville

- 3) Je peux t’indiquer un restaurant

- 4) Je peux te vendre des bijoux typiques

- 5) Je peux te vendre de la musique malienne typique

- 6) Je peux t’accompagner où tu vas dans le cas où tu t’ennuies, pour tromper mon propre ennui et essayer de te proposer à nouveau 1) à 5) jusqu’à ce que tu acceptes…

- Non merci (Pourvu qu’il nous laisse rapidement tranquille ?)

- Mon ami, tu es libre comme le capitaine dans l’eau et le vent dans le désert…

Après nous avoir dit cela, certains nous quittent gentiment mais il faut parfois un certain temps avant de se sentir vraiment libre comme le capitaine dans l’eau et le vent dans le désert…

P.S. Vous êtes invités à laisser des commentaires pour mesurer l’audience de notre Blog…



Quelques réflexions sur la télévision malienne…

Première remarque, il n’y a qu’une seule chaîne, publique : l’ORTM. Elle propose aux Maliens un certain nombre de séries, certaines de bonnes qualité (Desperate Housewives, 24) mais la plupart sont des mauvais feuilletons espagnols, dont le plus célèbre est « Au cœur du péché ». Ces feuilletons ont beaucoup plus d’audience, à 19h, la vie s’arrête et tous les maliens se retrouvent à 5, 10, 20 ou cinquante derrière une télévision pour suivre les aventures de Paco, de son fils naturel, petit-fils donc d’un grand-père fabuleusement riche dont l’héritage attire l’ex de Paco dont il a eu un enfant qui n’est pas de lui… Passionnant n’est-ce pas ? Hier, sur le bateau reliant Mopti à Tombouctou depuis lequel nous vous écrivons, les voyageurs de 2ème et 3ème classe ont eu l’immense privilège de pouvoir rejoindre la salle à manger –Télévision des 1ère

classe pour suivre le feuilleton. Sinon, risque d’émeute sur le bateau….

Avant le journal télévisé de 20h30, les Maliens doivent supporter un certain nombre de publicités dont la moitié au moins sont gouvernementales et promeuvent soit les différentes régions du Mali, soit la semaine de l’intégration ou celle des personnes âgées, ou celle des handicapés… L’émission « Images du Mali » est particulièrement étonnante, au lieu de montrer les sites naturels et culturels remarquables des différentes régions, la plupart des images montrent en fait les administrations, les ouvrages d’art (généralement le seul pont de la région), ou les routes goudronnées, (surtout les rares qui sont éclairées).

Le journal maintenant. Nous l’avons regardé plusieurs fois. Un grand moment. C’est tout à fait comme cela que j’imagine la télévision soviétique. Un journaliste présente comme chez nous les grands titres. Suivent les différents reportages. Rien d’étonnant jusque là. Vient d’abord la dernière déclaration du président de la République sur les orientations de la politique du gouvernement. Puis vient celle du Premier ministre. Chaque allocution dure plusieurs minutes. Le gouvernement Malien, nommé il y a une quinzaine de jours, plusieurs mois après les élections, compte 27 ministres. Près d’une dizaine parlent chaque jour au journal de l’ORTM. Les images sont invariablement les mêmes : tour de table des différentes personnes présentes à la « Grande réunion sur l’état de la culture du mil et l’influence de l’hydrographie, en particulier des pluies provoquées, sur son développement dans le bassin du Sud Niger » et compte-rendu de la réunion effectué par le ministre lui-même, sous forme d’allocution. Jamais de questions de journalistes. Jamais de nouvelles internationales. Très peu de nouvelles de la sous-région (en gros l’Afrique de l’Ouest). Pas de faits-divers. Mais parfois des programmes d’éducation à l’hygiène : hier, on expliquait comment se laver les mains.

ADAMA notre ami Guinéen

Le lendemain, agressés par les guides, vendeurs de bijoux, et autres quémandeurs, nous fuyons vers le quartier des artisans. Nous rentrons par hasard dans la boutique d’un bijoutier fabricant.
Adama nous séduit tout de suite. Il nous laisse regarder ses colliers sans avoir l’air de vouloir nous vendre quelque chose à tout prix. Luxe extrême, il nous laisse tranquillement admirer ses créations, sans nous coller et nous pousser à l’achat !
Nous entamons la conversation sur les matières utilisées, les différents alliages de métaux, et de vieux souvenirs de cours de chimie nous reviennent par bribes au fur et à mesure qu’il nous explique son métier. Ravi de l’intérêt que nous portons à son savoir–faire, il propose de nous emmener voir une amie qui fabrique les perles en argile qu’il monte ensuite en colliers.
Après une heure de conversation passionnante avec ce guinéen très éduqué et parlant remarquablement français, nous avons très envie de lui acheter quelque chose pour lui faire plaisir. Je finis par me décider pour un modèle de collier, et lui commande le même pour le lendemain, avec un pendentif un peu moins gros. Il n’y voit aucun inconvénient, et nous invite à revenir le soir pour discuter encore.
A l’heure dite, nous avons un peu la flemme, mais sortons de l’hôtel pour aller le retrouver. Il arrive à l’instant avec un ami en moto pour nous chercher… Je teste ainsi pour la première fois les fameuses motos chinoises que tout le monde possède ! En arrivant, nous prenons le thé, puis il nous invite à venir chez lui pour le dîner.
Ses enfants sont trop mignons, ont l’air en excellente santé et heureux de vivre. Ils nous font craquer, et sont surexcités et fiers comme Artaban d’avoir des toubabs chez eux ! Nous suscitons des fous rires et des danses de joie des plus petits lorsque nous sortons notre appareil photo et les prenons avec le flash. D’autres gadgets les amusent : Ti’Marsu devient une star, et la lampe frontale de Guillaume décroche la palme ! Nous dînons de bouillie de manioc au poisson, très bon, avec Adama, seuls avec lui sur la terrasse. Ses enfants et sa femme nous servent, comme c’est la coutume. C’est toujours très bizarre pour moi de ne dîner qu’avec des hommes, et de voir la place de la femme ici… Vive la France !!
Après une super soirée, nous rentrons chez nous ravis de cette nouvelle amitié. Il faut dire aussi que chacun y trouve son intérêt évidemment, c’est bien normal ! Nous découvrons les traditions du pays, et Adama suit avec attention nos cours accélérés de commerce mêlés de marketing et d’économie… Il est ambitieux et intelligent, et nous tentons de le conseiller un peu pour développer son magasin. Nous écrivons au Petit Futé pour chanter ses louanges, espérant qu’il apparaisse dans la prochaine édition. Ce serait pour lui de la pub gratuite, et une bonne chance de développer une importante clientèle de toubabs. Il cherche à avoir des contacts avec des magasins français afin d’exporter ses créations. Nous le poussons dans cette voie qui paraît rentable.

Le soir nous « prêchons la bonne parole » à un ami d’Adama, tailleur de métier, qui attaque tout de go : « pourquoi vous ne donnez pas plus de visas pour la France ? ». Nous tentons de lui expliquer la position de la France, et de le convaincre qu’en se donnant du mal ici, il pourra bien mieux faire vivre sa famille qu’en tentant sa chance en France, où il ne pourrait pas trouver d’emploi qualifié. Il est bien moins volontaire qu’Adama, et nous demande tout simplement de le recommander et de l’inviter chez nous afin qu’il obtienne plus facilement un visa (nous le connaissons depuis 15min !), et ensuite de lui payer une nouvelle machine à coudre grâce à laquelle il pourrait mieux gagner sa vie… ! Nous lui conseillons d’économiser chaque mois pour se la payer, et tentons de lui expliquer que certes, les salaires en France sont très élevés, mais que le coût de la vie n’a rien à voir !! Cela vous paraît peut-être évident, mais d’autres conversations du même type nous montrent que les Maliens ne réalisent pas du tout cet écart. Ils ne croient pas plus à l’existence du chômage en France. Nos politiques devraient financer de larges campagnes de pub sur ORTM pour informer un peu les Maliens de tout cela !

MOPTI : QUESTIONS SUR LE BUT DE NOTRE VOYAGE

Après Djenné, direction Mopti en taxi-brousse, à 12 dans une 505. Trois heures après (dont une heure de traversée du Niger en bac) nous arrivons à Mopti, la « Venise Malienne ». Une ville au confluent du Niger et du Bani, donc bien alimentée en eau, même si l’appellation précédente nous paraît un peu exagérée !

Dans notre taxi-brousse, nous avons sympathisé avec Ali Cissé, jeune malien adorable parlant extrêmement bien français, qui naturellement nous démontre une fois de plus la qualité de l’hospitalité malienne : il ne veux pas nous quitter avant d’être sûr que nous ayons un endroit correct pour passer la nuit. Après avoir exploré une piste d’hôtel, deux types dont un franchement douteux ( Rasta, l’air shooté et saoul) nous proposent de les suivre chez leur oncle, qui reçoit des touristes routards sur sa terrasse pour arrondir ses fins de mois. Le prix étant intéressant nous les suivons, pas franchement rassurés, mais Fredo et Laurent, et surtout Ali, ont l’air de leur faire confiance. Nous atterrissons dans une maisonnette en banco au fond d’une ruelle aux odeurs nauséabondes. La maison pue elle-même les « cabinets maliens » de façons désagréable, mais exténués, nous décidons de passer la nuit.


Aussitôt « installés » (pas grand-chose à installer pour camper sur une terrasse, mais nous dormons sur une terrasse à part, et avons presque un peu d’intimité malgré les regards des voisins qui dorment eux aussi sur les toits ! ), Abraham Lincoln (le shooté louche) et son oncle essaient de nous vendre un voyage en pinasse de marchandise à destination de Tombouctou. Il est 10h du soir, et nous mourrons de faim. Nos hôtes nous conduisent dans une gargotte de la pire espèce, sur le port, qui se trouve, heureux hasard, à 25m de la fameuse pinasse, pour nous aider à nous décider ! Le port le soir n’est pas l’endroit le mieux fréquenté, et comme nous n’accordons aucune confiance à nos hôtes, un désagréable sentiment d’insécurité naît peu à peu en nous… Laurent et Fredo, insouciants et confiants, habitués semble-t-il à « faire confiance » quoi qu’il arrive, ce en quoi nous divergeons, sont emballés par la pinasse. Sorte de pirogue géante avec un petit toit en toile pour protéger du soleil, les pinasses transportent passagers et marchandises vers Tombouctou en 3 à 4 jours. Le confort est inexistant (on dort sur les sacs de ciment et de riz, collés à ses voisins), mais c’est une expérience franchement malienne… Laurent et Fredo signent immédiatement pour une somme a posteriori exorbitante ! Le départ ayant lieu le lendemain à 10h, nous décidons de ne pas participer à l’expédition.

Cette soirée et ces deux jours en compagnie de Fred et Laurent sont pour nous l’occasion de nous interroger : quel est réellement notre objectif, que cherchons-nous au cours de ce voyage ? Les deux frères ont pour philosophie : « plus nous sommes proches de ce que vivent les maliens, même les plus pauvres, mieux c’est, même si nous devons en souffrir (inconfort, maladie, etc) ». Leur phrase fétiche est : « puisque nous avons-nous aussi deux bras et deux jambes, si les maliens le font, nous le pouvons aussi ». Face à une telle façon de voyager, Guillaume et moi découvrons, pas tellement étonnés, que nous ne sommes pas si « routards » que cela. Un minimum de confort nous convient mieux. Il est vrai que nous voyageons en couple, et ça joue évidemment. Et puis nous sommes tombés sur les deux seuls frères qui vivent par choix dans des camions retapés et aménagés par leurs soins, ce qui leur a permis de vivre un certain nombre d’aventure ! Ils sont donc évidemment accoutumés à peu de confort…

Le plus important pour nous n’est pas de renoncer à tout confort, mais de rencontrer des maliens pour mieux comprendre leur pays et leur mode de vie. Si pour cela un peu d’inconfort est nécessaire par moments, nous nous adapterons, mais ça n’est pas le but du voyage que de manger uniquement dans des gargottes et dormir toujours chez l’habitant.

Notre décision est confirmée le lendemain quand, après une très mauvaise nuit en compagnie des odeurs de toilettes situés sous notre terrasse, nous découvrons que notre hôte n’a pas de douche séparée des toilettes… On se lave dans les fortes odeurs de cabinet à l’aide d’un seau, au dessus du trou trop étroit pour bien viser quand on fait ses besoins… Même avec des tongues aux pieds, c’en est trop pour nous, et nous nous passons de douche !

Nous quittons nos hôtes sans regret, à la recherche d’un hôtel correct. Nous passons la journée à nous reposer, nous balader dans Mopti, lire, écrire des mails, etc… Notre hôtel nous plaît particulièrement car nous négocions comme des fous tous les prix, et ça passe à chaque fois puisque nous sommes les seuls clients ! On s’en donne à cœur joie, et des fous rires nous prennent au moment de négocier la division par deux de la facture de nos repas !

mardi 16 octobre 2007

Djenné et sa mosquée


En postant notre 3e article sur notre blog, nous rencontrons dans le cyber-café (le seul ouvert de toute la ville pour cause de fête de ramadan) deux frères très cools…


- Vous êtes français ? Trop génial, ça fait longtemps qu’on n’en a pas vu !

- Ah bon ? Vous faites quoi ?

- En fait, moi et mon frangin, on fait le tour du monde, on a déjà passé un mois au Sénégal et on est arrivés il y a trois jours au Mali.

- Le tour du monde ? C’est marrant ça, parce que nous aussi…

Rencontre sympa, surtout que ce soir c’est la demi-finale de rugby. Nous leur proposons aussitôt de venir regarder le match chez Léopold et Emma.

Le lendemain, nous nous retrouvons tous les quatre dans la gare de bus Somatra pour un départ en direction de Djenné, LA ville Malienne à voir, classée au patrimoine mondial de l’humanité (certes il y a des centaines de trucs classés ne cesse de me répéter Guillaume, mais enfin, ça vaut certainement le coup…).

Nous faisons plus ample connaissance avec Laurent et Fredo au cours de ce trajet. Ils nous racontent leurs aventures au Sénégal auprès des Baïfals, des « mecs trop cools, trop gentils, le cœur sur la main, qui vivent en communauté, et donnent leur vie pour leur marabout auxquels ils vouent une admiration sans borne ». Leur marabout est un quasi-dieu d’après ce qu’ils nous racontent, « ils seraient capables de faire n’importe quoi pour lui s’il le demandait, mais rassure toi ils sont plutôt pacifistes, très cools, fument un peu… »

Peut-être n’aurions nous pas passé autant de temps auprès des Baïfals, mais c’est un grand plaisir de pouvoir discuter avec Laurent et Fredéric de l’organisation du tour du monde, de nos envies, nos attentes, nos peurs, nos coups de blues, nos trajets respectifs, etc… Après avoir bien sympathisé lors du trajet, nous décidons d’aller dans le même hôtel. Coup classique : les prix sont 30% plus chers que ceux annoncés par le Petit Futé… On s’y attendait, mais c’est notre premier hôtel depuis le départ ! Il faut se réhabituer à la routine du voyage : négocier, s’installer pour une seule nuit, profiter des douches communes, et parfois de l’odeur du trou servant de cabinet dans la même pièce. Séparé d’une cloison, on a son intimité quand même ! C’est un peu dur pour nous de nous remettre en mode « baroudeurs », et nous avons une petite chute de moral en pensant qu’un an est bien long…

Cependant, les humeurs changent vite en voyage, et après une bonne douche, une bière et un bon plat de pâtes, tout va mieux ! Enfin, presque. Nous découvrons à Djenné le Mali touristique au tout début de la haute saison (novembre-décembre). Les touristes sont donc rares, et Djenné, ville la plus touristique du pays, est gangrenée par celui-ci.

Deux philosophies sommaires se conjuguent

Toubab = riche = je-dois-le-harceler-jusqu’à-ce-que-le-toubab-me-donne-un-cadeau-ou-de-l’argent. Voilà pour les gamins.

Concernant les guides touristiques, qui pullulent, l’équation serait plutôt la suivante :

Toubab = riche = je-dois-l’arnaquer-le-plus-possible,-d’autant-qu’il-n’a-aucune-idée-des-prix-du-pays… Notez que dans tous les cas nous sommes riches.

Ce soir là nous avons pris une petite revanche. Un guide censé être Dogon (allez savoir !) nous propose une excursion de 4 jours dans le pays du même nom pour 22 500 FCFA (=35€) par jour et par personne… Malheureusement, voyageurs à petits budgets et étudiants en école de commerce, nous nous sommes quelque peu renseignés sur les prix, salaires et conditions économiques du pays. Un seul chiffre suffit : le salaire moyen mensuel au Mali est de 40 000 FCFA ! Nous congédions notre « guide » après lui avoir démontré par A+B l’absurdité de son prix. Il est furieux ! Il a perdu la confiance de la moitié des toubabous de la ville en une seule fois.

Le lendemain, visite de Djenné en compagnie d’un guide plus sympathique que compétent. Laurent et Frédéric sont emballés par les constructions en banco, les ruelles plus étroites qu’à Venise. Il est vrai que Djenné est une ville de caractère.

Les vues des terrasses de ces maisons sont assez incroyables : maisons en terre tout autour, rizières et fleuve qui entourent la ville, pirogues et pêcheurs… Djenné est une ville exceptionnelle par son mode de construction : toutes les maisons sont entièrement en banco (terre, paille, beurre de karité et son de mil pour faire coller la pâte… des armatures en bois à l’intérieur des murs assurent la solidité de la maison). Cependant elle reproduit le mode de vie d’un village avec autant d’habitants qu’une ville et sur une surface très restreinte. Tout le monde se connaît et se salue chaleureusement, mais tout le monde jette aussi ses ordures devant chez lui.

Nous sommes relativement choqués par la saleté et l’insalubrité de cette ville, censée récolter la manne touristique du pays… (On y paye une taxe touristique à l’entrée). C’est le Moyen-âge avec des déchets du XXIe siècle : les égouts consistent en des rigoles non bétonnées au milieu des ruelles en terre battues. Il faut marcher un pied de chaque côté, dans des odeurs d’eau croupie insupportables, où les larves des moustiques prolifèrent. Les gamins jouent au bord, fesses nues pour les plus petits. Nous croisons un enfant en pleurs, il vient de tomber dans la rigole. Tous ces « égouts » s’écoulent vers l’extérieur de la ville dans le fleuve où se lavent les enfants. Nous sommes effarés, c’est bien pire que ce que nous avons vu au Burkina et en Inde.

Laurent et Frédo ont leur point de vue : ils nous conseillent de « passer au dessus », disant qu’ils se sont habitués à la crasse et aux déchets depuis un mois. « C’est comme ça ici, c’est leur mode de vie ».

Nous ne le partageons pas vraiment : les conditions d’hygiène adaptées au mode de vie spartiates du à l’habitat en banco n’impliquent pas forcément de vivre au milieu des ordures ; la vie dans les villages nous l’a suffisamment montré. D’ailleurs chacun s’efforce de tenir sa courette propre. Mais ils mettent tout dans la rue faute de système efficace.