lundi 26 mai 2008

Un astucieux système de pêche: bonne réponse...


Nous avons sans doute manqué de clarté...
Nous vous avions posé une devinette à propos de cette photo dans l'un des articles précédents et voici donc la réponse.
Ces hommes sont en train de construire une sorte de rampe, fixée à la paroi et retenue par des gros caillous (à droite). Nous sommes juste avant la saison des pluies et le niveau du Mekong va fortement augmenter. L'eau va alors recouvrir la rampe à pente ascendante et piéger les poissons. Ceux-ci n'auront pas la force de remonter le violent courant ni de s'échapper de la rampe, trop longue et pentue.
Bref, c'est difficile à expliquer par écrit mais avec la photo on espère que vous nous comprendrez!

Luang Prabang, ville royale

Nous partons pour l’ancienne ville royale qui héberge des centaines de temples, dont quelques beaux spécimens. Lassés de nos expériences dans les bus laotiens, nous investissons dans le bus VIP qui doit nous faire gagner trois heures de transport. Peine perdue, il tombe en panne et nous récupérons nos trois heures en patientant sur le bord de la route.

Nous y passons quatre jours à visiter des temples, écrire ce blog, regarder TV5 Monde… Que du bonheur !

Nous arpentons la vieille ville et profitons des vieilles maisons coloniales et des anciens temples royaux, où l’on croise des moines vaquant à leurs occupations. Certains temples sont superbes, d’autres moins, mais tous sont fraîchement repeints et débordent d’offrandes. La ville est très touristique mais même les chauffeurs de Tuk Tuk restent aimables, donc nous n’en souffrons pas. On y voit des Français partout.

Nous croisons un couple de médecin, Lionel et Valérie, en tour du monde depuis novembre 2005 (avec deux arrêts de 6 mois pour remplir la bourse). Habituellement motorisés, ils profitent du temps que leur laisse l’envoi de leur Land Rover en Australie pour visiter l’Asie du Sud-Est. C’est un vrai plaisir de discuter avec eux jusqu’à la fin de la soirée et de partager nos avis et impressions, on se sent vraiment sur la même longueur d’ondes et ce n’est pas si courant. Alors que nous discutions, Valérie reconnaît soudain une famille dont elle a lu le blog avant de partir, ceux-là font le tour du monde pendant un an avec leurs trois enfants. La dernière a 5 ans… Donc vous savez à quoi vous attendre dans quelques années…

Enfin, nous vivons une journée riche en rebondissements.

Nous prévoyions de rejoindre Benoît, le frère d’Edith, à Chiang Mai, dans le Nord de la Thaïlande. Mais on ne cesse d’entendre des éloges d’Angkor, la fameuse cité Khmer.

Ce n’est pas vraiment au même endroit et nos contraintes de visa pour l’Inde nous incitent à faire un tour au Cambodge avant d’avoir déposé nos passeports à l’ambassade à Bangkok. Bref, nous courons les agences de voyage et leur demandons tour à tour leurs prix pour Bangkok, Angkor, et Chiang Mai. Certaines croient à une enquête de concurrence et se montrent soupçonneuses. Nous apprenons finalement que Benoît à pris un billet d’avion pour Chiang Mai. Nous sommes donc bloqués et devons le rejoindre là-bas.

Trois solutions s’offrent à nous pour le rejoindre depuis Luang Prabang.

Bateau lent + bus : 60h de transports. (Quinze fois Paris-Lyon) Pas cher

Bateau rapide (70km/h, moteur de voiture sur une pirogue, casque et gilets de sauvetage fournis) + bus : 16 à 26 h de transports. Dangereux, mais prix honnête.

AVION !!! : 3h de notre chambre d’hôtel à l’autre. Lao Airlines… (ce n’est pas ce que l’on fait de mieux, mais les deux hélices sont restées accrochées jusqu’au bout)

Aujourd’hui, le confort n’a pas de prix…

Cela nous prive d’une frontière terrestre, toujours intéressante mais devant le programme chargé qui nous attendait en Thaïlande, nous nous devions d’être en forme.

Vientiane


Nous découvrons la capitale, aussi dynamique et excitée que ses habitants. Cette petite ville de 200 000 habitants est aussi animée qu’une petite ville du sud de la France à l’heure de la sieste un dimanche.

Néanmoins quelques jolies maisons coloniales bordent les rues, et il est très agréable de s’y promener.

Nous visitons pas mal de temples bouddhistes, la plupart ont été refaits par les Français au début du siècle, ou même en 1950. Ce n’est donc pas leur âge qui nous impressionne.

Mais les décorations très particulières, les Bouddhas énormes toujours très nombreux sur l’autel, les offrandes (parfois des rouleaux de PQ ou des cannettes de coca), l’encens, les énormes serpents de bois sculptés qui peuvent cracher de l’eau lors de cérémonies spécifiques, sont autant d’éléments tout à fait nouveaux que nous tentons de mémoriser.

En comprendre la signification est une autre paire de manche, les explications en anglais sont rares, et notre guide ne regorge pas d’informations sur la religion bouddhiste telle qu’elle se pratique au Laos. Nous apprenons néanmoins peu à peu mais ne nous lancerons pas encore dans une tentative d’explication.

Nous en profitons aussi pour profiter de la vie, et des bons restaurants. Un steack mémorable au Côte d’Azur pour un petit moment de France et notre cantine Vietnamienne, le Café Indochine.

Vientiane, fière capitale, a aussi voulu se doter de son arc de triomphe pour imiter sa grande sœur française.


Le résultat, surnommé le « tarmac vertical » car financé par l’aide américaine pour le développement de l’aéroport, est pour le moins raté. Eux-mêmes, dans un rare souci de marketing ne manquent pas de le qualifier de « monstre de béton » dans le panneau explicatif. Il est décoré de fresques superbes.


Les Laos

Les Laos sont un peuple doux, calme, posé. Ils sont tels qu’apparaissent les moines bouddhistes dans notre imagination. Ils parlent à voie basse contrairement aux Vietnamiens, et ne s’énervent jamais : ce serait perdre la face. (exception faite des douaniers). Ce n’est pas comme en France où les personnes sont plus ou moins calmes selon leur caractère : ici on a vraiment l’impression que de manière générale, ils sont tous d’un calme qui n’existe pas chez nous !

Cette mentalité très particulière est très influencée par le Bouddhisme Theradava qui insiste sur le contrôle des passions humaines. Les fortes émotions sont tabous pour les Laotiens.

Pour eux, c’est le Karma (notion qu’on peut rapprocher du destin) qui conditionne l’avenir, plus que le dur labeur, la prière ou la dévotion. Ils sont donc très « cools », et « pas de problème » pourrait être leur devise.

Cependant contrairement à la réaction que nous avions eu au Mali, où le côté flemmard et fataliste des mentalités nous heurtait, nous acceptons bien les choses ici. C’est sûrement dû au fait que la pauvreté est moins misérable et écrasante qu’au Mali.

Le Laos est de loin le deuxième pays le plus pauvre que nous ayons vu, mais il reste loin devant le Mali. Les gens ont une vie simple, manquent de soins médicaux, d’accès à l’éducation, mais ce n’est pas la misère. Leur pays est de toutes façons beaucoup plus fertile et ils mangent à peu près à leur faim…

Le pays reste très traditionnel. Les femmes portent encore souvent (notamment les collégiennes et lycéennes) le sarong, sorte de jupe unie noire ou foncée, avec une bande brodée en bas. Pour faire leur toilette dans les villages, les femmes vont à la rivière en sarong et se lavent en dessous. Ils vivent dans des maisons sur pilotis le plus souvent, avec des murs en bois ou en bambous tressés.

Plusieurs ethnies vivent en fait au Laos, les Laos Loum, Lao Soung, etc. Nous n’avons jamais vraiment compris la différence entre ces peuples, mais ce qui est sûr, c’est que la palette de couleur de peau et de type des Laos est très étendue. Certains sont très bronzés, presque noirs comme des indiens du sud, et d’autres ont la peau très claire, presque blanche, comme certains Vietnamiens. Parmi eux, quelques uns ont un type proche de ce qu’on imagine pour l’Asie centrale, avec des traits presque mongols. Nous les avons trouvé très beaux, plus que les Vietnamiennes qui ont pourtant une bonne réputation.

Traditionnellement, les Laotiens sont habitués à vivre du minimum nécessaire. Autrefois les moines distribuaient la terre nécessaire aux familles selon leurs besoins. Si un vieillard mourait ou qu’un nouveau né venait modifier la taille d’une famille, celle-ci recevait du terrain en plus ou en moins pour ajuster. Il était indécent de posséder plus que le nécessaire. Aujourd’hui, on sent encore cette influence dans la société. Contrairement aux Chinois ou aux Vietnamiens, commerçants depuis la nuit des temps, les Laos ne sont pas très doués pour le commerce, et rares sont ceux qui ont le sens des affaires. Nous ne comptons plus le nombre de restaurants, de tous niveaux, où nous avons dû faire réviser trois fois de suite l’addition afin de payer tout ce que nous devions. Ils en oublient parfois la moitié, sans raison, parce qu’ils font mal les additions, ou n’ont pas tout noté en avance et font les comptes à la fin en fonction de leurs souvenirs et des restes sur la table. La sacro-sainte calculette (ils s’autorisent rarement à faire de tête une somme compliquée comme 45+10) ne parvient pas à les aider de ce côté-là. Quand on vous disait qu’ils étaient différents des Vietnamiens…

Du coup on est parfaitement honnêtes, ils sont tellement gentils ! Alors que les arnaques du Vietnam nous donnaient des réflexes tous autres.

Ce pays est le deuxième que nous traversons, après le Mali, où les gens mangent avec les mains. Les Laos mangent du riz gluant (cuit d’une façon particulière pour qu’il soit collant). On peut ainsi faire facilement des boulettes qui seront ensuite trempées dans des sauces, et parfois accompagnées de poisson. Les gens mangent en général réunis autour d’un plat commun. En ville, les gens utilisent beaucoup la fourchette et la cuillère, mais s’ils sont en voyage et doivent manger dans un bus, ils reviennent sans problème à la technique traditionnelle de manger à la main.

Malheureusement ici comme au Mali on se lave rarement les mains avec du savon, de l’eau claire partagée avec les autres convives suffit, et comme ils n’utilisent pas de PQ… bref, vive l’hygiène !

En plus d’être bouddhistes, les Laotiens conservent leurs traditions animistes. Ils croient aux esprits des eaux, les Phi. La plupart des habitants ont devant chez eux une maison miniature montée sur un piquet qui est la maison des esprits. On leur fait des offrandes pour les tenir tranquilles… Ces offrandes peuvent être pratiquées simplement et n’induisent pas la même démarche que d’aller à la messe. Il est possible de s’attirer les bonnes grâces d’une dizaine d’esprits en quelques kilomètres de bus. Il suffit de leur lancer des bananes par la fenêtre. Etre pratiquant est une autre affaire…

Pour finir, dit-on Lao ou Laotien? Les Laotiens sont les habitants de l'entité politique que constitue le Laos, alors que les Laos sont les membres de l'ethnie du même nom.

Histoire du Laos

Pour ceux qui ont le temps et la patience...

Le Laos du XIIIe au XIXe

Au milieu du XIIIe siècle la région Indochinoise comptait au sud, le grand empire Khmer (englobant le sud de la Thaïlande et du Laos en plus du Cambodge actuel), et au nord l’Empire Mongol Yuan de Chine. Entre ces deux puissances, le prince Sukhotai créa son royaume dans le nord de la Thaïlande.

Au Laos plusieurs royaumes cohabitaient, dont ceux de Luang Prabang et de Vientiane.

Le pouvoir grandissant de Sukhotai obligea les Khmers à se chercher un allié dans la région qu’ils trouvèrent en la personne de Fa Ngum, un prince Lao éduqué à Angkor. Ils lui donnèrent une armée et une princesse Khmer, et celui-ci en unissant tous les royaumes du Laos constitua Lan Xang, « le Royaume au million d’éléphants » dont la capitale était Luang Prabang. Le Laos était unifié pour la première fois de son histoire. Plusieurs rois lui succédèrent.

En 1479 les Vietnamiens envahirent le royaume. D’après les chroniques laotiennes, le roi du Laos de l’époque possédait un éléphant blanc symbole de richesse et de pouvoir. Le roi du Vietnam demanda à avoir la preuve de l’existence de l’animal. On lui répondit par une provocation. Furieux, le roi du Vietnam déclara la guerre. Les Vietnamiens mirent Luang Prabang à sac, mais la malaria et la guérilla menée par les Lao les forcèrent à se retirer.

En 1501 sous le règne du roi Visoun, le royaume de Lan Xang connu une renaissance culturelle, et le Pha Bang, une image sacrée du Bouddha fut amenée à Luang Prabang.

En 1560, la pression d’une nouvelle puissance dans la région, les Birmans, contraignit le prince de l’époque (Setthathirat) à déplacer sa capitale à Vientiane. Il y emporta une autre image du Bouddha, encore plus puissante selon lui, le Bouddha d’Emeraude.

Ce roi fut le plus grand bâtisseur laotien, il fit construire un nombre innombrable de temples à Luang Prabang, puis à Vientiane, où il fit également élever des remparts et des douves. Il mourut dans une guerre contre les cambodgiens, ouvrant une période de divisions et de guerres intestines de soixante ans.

En 1638, le roi Suriya Vongsa fut couronné. Il resta sur le trône pendant 57 ans, son règne constituant l’âge d’or du royaume de Lan Xang. Le rayonnement culturel et spirituel de Luang Prabang attirait alors des moines de toute l’Asie du sud-est. Trois ans après son accession au trône, le premier européen, un marchand hollandais, visitait le Laos. Quelques années après il fut suivi par un Jésuite qui séjourna cinq ans à Vientiane, sans réussir à convertir un seul Lao.

A la suite d’un problème de succession à la mort du roi Suryia Vongsa, le royaume de Lan Xang se retrouva divisé en quatre faibles royaumes qui se retrouvèrent rapidement dominés par les Birmans auxquels ils payaient un tribut.

Mais le Siam (pre-Thaïlande), après avoir été défait par les Birmans, retrouva sa vigueur, et repoussa les Birmans loin au nord. En 1779, tous les royaumes du Laos reconnaissaient le roi du Siam comme suzerain, et le fameux Bouddha d’Emeraude avait été emporté à Bangkok.

Le roi Chao Anou, lorsqu’il accéda au trône, se promit de rendre au Laos son indépendance, et en 1826, il attaqua par surprise le Siam. Malheureusement, l’armée Lao fut repoussée et le Siam prit Vientiane. Le roi Chao Anou prit la fuite, et fut capturé lorsqu’il tenta de reprendre la ville un an plus tard. Vientiane fut alors mise à sac par le Siam, sa population déportée, et le roi Chao Anou mourut en prison à Bangkok.

Pendant les soixante années suivantes, les royaumes du Laos subirent la domination de plus en plus étroite du Siam.

Ce dernier affirmait d’autant plus sa domination qu’il était soumis à la pression d’une nouvelle puissance dans la région, la France, qui avait imposé un protectorat sur la plus grande partie du Cambodge en 1863.

La présence Française

En 1893, les Français firent canonner le palais royal de Bangkok pour mieux convaincre le Siam de leur laisser le Laos. Ce dernier devint dès lors une colonie française.

Ils rétablirent la capitale à Vientiane (nom francisé de Vieng Chan), mais le réel pouvoir s’exerçait depuis Hanoi, la capitale de l’Indochine Française. Les Français espéraient étendre leur empire en y incluant tout le nord-est Thaïlandais qui comportait 80% de population d’origine Lao. Mais la Première Guerre Mondiale modifia leurs préoccupations, et finalement le territoire Lao des Français comprenait surtout des minorités ethniques, puisque moins de la moitié de la population était Lao.

Les Français firent construire le palais du résident supérieur, une prison, un tribunal, des baraquements pour un détachement militaire, puis des écoles, un hôpital, etc. Ils amenèrent avec eux une cohorte d’interprètes et de domestiques, presque tous vietnamiens. Des marchands chinois et français vinrent aussi s’installer. Mais la ville prospérait lentement, et en 1925 elle ne comptait encore que 8000 habitants !

Le Laos n’ était pas vraiment rentable, et pesait lourd dans le budget de l’Indochine. La corvée fut instaurée pour construire des routes, les taxes étaient élevées, mais cela ne suffisait pas. Malgré un peu d’exploitation forestière, la découverte d’étain, quelques plantations de café dans le sud et d’opium dans le nord, les profits étaient maigres.

Le système colonial fonctionnait à trois étages : les chefs traditionnels des minorités étaient encadrés par les domestiques Vietnamiens qui rendaient des comptes aux coloniaux français.

La collecte des impôts en espèce et non en nature provoqua du mécontentement et des rebellions parmi les Lao que les Français eurent du mal à calmer.

Les Français ont tenté une Vietnamisation du Laos pendant l’entre-deux guerre, car les Lao étaient beaucoup moins travailleurs et efficaces que les Vietnamiens. Mais la crise de 1929 coupa court à ce projet faute de moyens.

Les Français au temps de l’Indochine avaient coutume de dire « les Vietnamiens font pousser le riz, les Cambodgiens le regardent grandir, et les Laotiens l’écoutent pousser… »

Le nationalisme au Laos mis plus de temps à émerger qu’au Vietnam, en partie parce que l’élite locale trouvait le prétexte de la protection contre le Siam assez convaincant. Ils supportaient en revanche assez mal la présence nombreuse des Vietnamiens.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Siam allié aux Japonais récupéra une partie des territoires qu’il estimait avoir perdu cinquante ans plus tôt au profit des Français. Pour contrer les velléités du Siam, les Français encouragèrent un sentiment nationaliste lao.

La France de Vichy autorisa l’armée japonaise à circuler librement en Indochine, mais en 1945, les Japonais, sentant que les Français étaient en train de retourner leur veste et de passer du côté des alliés, firent emprisonner toute l’administration et l’armée coloniale. Leur domination sur le Laos dura six mois, jusqu’aux bombardements atomiques. Pendant leur brève domination, les Japonais contraignirent le roi Sisavang Vong à déclarer l’indépendance du Laos. Un mouvement nationaliste fut crée, le Lao Issara (Lao Libre), qui constitua un gouvernement d’intérim sous la direction du Prince Phetsarat (un cousin du roi) au départ des japonais. Mais le roi, persuadé que son pays avait encore besoin de la France, revint sur sa déclaration d’indépendance et démit son cousin. En réaction, l’Assemblée Nationale à majorité nationaliste déposa le roi.

Mais en 1946 les forces françaises parvinrent à reprendre le contrôle du Laos, forçant le gouvernement nationaliste Lao Issara à l’exil.

Pendant les trois ans qui suivirent, les Français tentèrent de corriger les erreurs du passé. Ils ouvrirent le premier lycée du pays, et le Laos obtint plus d’autonomie et de pouvoir au sein de la Fédération Indochinoise, avec sa propre Assemblée. Le Laos restait cependant bien sous contrôle français. Mais en 1949 les difficultés au Vietnam s’accroissant, le Laos obtint encore plus d’indépendance, et celle-ci fut même reconnue par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Les leaders exilés du Lao Issara revinrent au pays pour prendre part au jeu politique.

Plusieurs courants emmenés par des princes de la famille royale coexistaient alors :
-ceux qui voulaient gagner toujours plus d’indépendance par rapport à la France en passant par la voie légale

-ceux qui s’alliant au Vietminh constituèrent le Pathet lao, mouvement communiste révolutionnaire dirigé par le prince Souphanouvong qui entretenait une guérilla.

La guerre du Vietnam

En 1953 le Vietminh envahit le nord-ouest du Laos. Il fut repoussé par les Français mais la région passa sous l’influence communiste du Pathet Lao. Après Dien Bien Phu, la France accorda son indépendance au Laos en octobre 1953, mais deux provinces du nord-est sous le contrôle du Pathet Lao demeuraient séparées du reste du pays.

La guerre froide s’invita alors sur le théâtre Lao, avec d’un côté le Pathet Lao qui recevait armes et soutien du Vietnam nord, et le roi, soutenu par les Etats-Unis, pour qui le principal objectif était le réunification du pays. Le seul moyen de s’en sortir pour le Laos était de demeurer neutre, ce que les États-Unis ne voyaient pas d’un bon œil, persuadés que les communistes en profiteraient pour prendre le pouvoir.

Finalement les deux factions parvinrent à un compromis, et en 1957 on forma un gouvernement de coalition intégrant des membres du Pathet Lao. Cette décision eut pour conséquence d’assécher l’aide américaine dont le Laos dépendait terriblement depuis 1955. La sévère crise financière et politique qui suivit fit chuter le gouvernement de coalition, et avec le soutien des Etats-Unis, un gouvernement de droite, excluant les communistes, fut mis en place.

Le Pathet Lao sous la direction de Kaysone renforça la guérilla, recrutant parmi les tribus montagnardes. La crainte d’un coup d’État porta le Général Phoumi au pouvoir en tant que super ministre de la défense, avec le soutien américain.

Le 9 Août 1960 pendant que le gouvernement assistait aux funérailles du roi à Luang Prabang, les troupes parachutistes de l’armée royale prirent le pouvoir à Vientiane, exigeant le retour du Laos à la neutralité. Le Général Phoumi pris la fuite, mais grâce à l’aide américaine, il fut prêt en quelques mois à marcher sur Vientiane pour reprendre le pouvoir. La guerre civile éclata opposant trois factions : le gouvernement neutraliste, la droite « américaine » du Général Phoumi, et le Pathet Lao communiste soutenu par Moscou.

Lors d’une nouvelle conférence à Genève en 1961, les Etats-Unis laissèrent leur chance à la neutralité Laotienne, et une nouvelle coalition tripartite fut mise en place. Mais au bout de deux ans la coalition éclata à cause de la guerre du Vietnam : ni les Nord Vietnamiens, ni les Américains n’avaient respecté les accords de neutralité, et continuaient de soutenir leurs factions respectives. Les infiltrations du Vietminh au Laos étaient en effet trop stratégiques pour être laissées de côté…

En raison de l’utilisation du territoire lao par le Vietminh, notamment pour faire avancer la piste Ho Chi Minh (une piste à travers la jungle permettant aux Nord Vietnamiens de s’infiltrer au sud), les Etats-Unis commencèrent à bombarder l’est du Laos qui devint le pays le plus bombardé de l’histoire : plus de 2 millions de tonnes de bombes ont été lâchées sur le pays. Mais les membres du Vietminh étaient toujours plus nombreux au Laos. Le Pathet Lao, allié au Vietminh, profita de l’avancée de ce dernier, et à la fin de la guerre du Vietnam, il contrôlait les 4/5e du pays.

En 1973, à la fin de la guerre du Vietnam qui signifiait également la paix pour le Laos, un troisième gouvernement de coalition fut mis en place, mais cette fois il ne comprenait qu’un seul neutraliste, le reste était soit communiste, soit de droite.

Mais il était clair que le plan du Pathet Lao, fixé dès 1972, ne se bornait pas à cela. En 1975, alors que Saigon et Phnom Pen tombaient aux mains des communistes, le Pathet Lao organisa des émeutes qui forcèrent les dirigeants de droite à la fuite. Peu à peu, tout le pays fut pacifiquement « libéré » par les communistes. Pour éviter un bain de sang, le Prince Souvanna Phouma leader des neutralistes, décida de coopérer avec les communistes : plusieurs officiers et fonctionnaires acceptèrent d’aller à la campagne se « rééduquer politiquement », persuadés qu’ils en avaient pour quelques mois au plus. Certains y restèrent des années.

Le Pathet Lao, consolidant son avantage, noyauta peu à peu toute l’administration. Les leaders de la droites étaient en prison ou avaient fuit. Et lors d’une dernière rencontre des restes de la troisième coalition, le Pathet Lao réclama la formation d’un gouvernement populaire. Le roi fut contraint d’abdiquer, mettant fin à une monarchie de 650 ans au Laos.

Le Pathet Lao emmené par Kaysone prit ainsi le pouvoir par des moyens quasi légaux, s’introduisant dans les coalitions pour exiger toujours plus.

Une fois au pouvoir, les communistes organisèrent le parti en se calquant sur l’URSS et le Nord Vietnam. Ils nationalisèrent l’économie, obligèrent les habitants à assister à des séminaires d’endoctrinement politique, instaurèrent le contrôle des prix en réaction à une inflation galopante… On estime que 10% de la population du Laos aurait fuit en Thaïlande, dont la totalité de l’élite.

Malgré les aides de l’URSS, l’économie entièrement dépendante des subventions américaines s’effondrait, et la tentative mal préparée de collectivisation de l’agriculture empira encore la situation.

Les moines bouddhistes furent obligés de travailler pour vivre (ils sont mendiants et ne doivent pas exercer d’activité en principe), et le parti tenta d’éloigner les jeunes garçons des monastères. Beaucoup de moines fuirent en Thaïlande.

Craignant en la personne du roi un adversaire politique s’il parvenait à s’échapper de sa prison, les communistes forcèrent la famille royale à travailler aux champs. Ils moururent probablement de malaria et de malnutrition.

Dès 1979, la situation était critique. Des réformes autorisèrent les paysans à travailler leur propre terre, les entreprises privées furent à nouveau autorisées. Mais les réformes étaient insuffisantes, et après de longues hésitations, le Laos suivit la vois chinoise d’ouverture à l’économie de marché. Ce nouveau mécanisme économique fut instauré en 1986. Un semblant de légalité fit peu à peu son apparition avec les premières élections pour élire une Assemblée, et à partir des années 1990, l’économie du Laos commença à démarrer enfin grâce aux investissements étrangers.

Histoire récente

La mort de Kaysone en 1992 ne permit pas de changement politique majeur. Les relations avec la Thaïlande se normalisèrent peu à peu.

Le Laos reste très dépendant de l’aide internationale et des investissements directs étrangers. La crise asiatique de la fin des années 1990 a crée quelques remous politique avec des manifestations d’étudiants et quelques attentats, mais rien n’a vraiment changé pour autant.

Aujourd’hui malgré le manque de liberté et la corruption, le Parti semble avoir une autorité bien assise, du moins tant que le Vietnam et la Chine le soutiennent.

Aujourd’hui l’économie est encore assez dépendante de l’aide de la Banque Mondiale, de la Banque Asiatique de Développement, ou des ONG. Peu à peu, la Chine s’est imposée comme l’investisseur principal au Laos, ce qui a permis notamment d’améliorer le réseau routier et de connecter le Laos aux routes commerciales descendant du Yunnan. D’un autre côté, les immense barrages hydroélectriques projetés pour les années à venir ne seront pas financés par des entreprises qui sont des modèles de respect de l’environnement ou des minorités ethniques. Or le défi écologique est réel au Laos où la déforestation est massive. Nous n’avions jamais vu autant de feux de forêts et de parcelles calcinées pour étendre les cultures…

De plus, des milliers de bombes non explosées qui ont été larguées par les américains lors de la guerre du Vietnam font encore des victimes chaque année.

La pauvreté reste la règle pour la majorité de la population.

Pour un pays qui prend la Chine comme modèle et qui presque tout au long de son histoire a été sous domination de ses voisins, la voie vers la modernité ne sera pas de tout repos.

Le frangipanier, emblème national.

lundi 19 mai 2008

Expédition à Tam Kong Lo

Nous voyageons pendant quelques jours en compagnie de deux Québécoises (Carine et Catherine) et une Belge (Marie) d’une trentaine d’années, ravis de pouvoir parler français avec elles. Le contact est très bon, elles sont toutes en voyage pour de plus de 4 mois ce qui nous rapproche pas mal dans notre façon de faire.

Nous prenons ensembles un bus pour remonter vers le nord du pays et nous nous arrêtons, après 9h d’un trajet interminable, dans la ville de Thakek. Suivant leur envie, nous optons pour une guesthouse conseillée par le LP loin du centre-ville, qui évidemment a monté ses prix depuis notre édition du guide (il y a pourtant 6 mois seulement…). Trop fatigués pour changer, nous nous installons après avoir échoué dans nos négociations : on ne peut pas réussir à chaque fois !

Cette expérience nous ouvre les yeux : nous étions certains que tous les voyageurs longue durée détestaient ces repaires à backpackers, mais après une longue étude, ce sont surtout les couples qui évitent ces endroits. Evidemment, il est plus facile de rencontrer des compagnons de route temporaires dans ces endroits, et les voyageurs solitaires apprécient donc énormément.

Thakek ne présente en elle-même que peu d’intérêt. Notre arrêt ici a pour objectif de trouver un moyen de transport (de préférence rapide et amusant comme des motos pour changer) pour nous rendre à Tham Kong Lo, petit village à 100km de là qui abrite une fabuleuse grotte.

Malheureusement, louer une moto ici ne s’avère pas très adapté car cela oblige à faire l’aller-retour, et nous voulons ensuite remonter vers Vientiane. La route directe que nous imaginions n’existe pas.

Nous reprenons donc le lendemain un transport local pour nous rapprocher encore avant de louer les motos dans un endroit plus approprié. Pour les courtes distances, les bus sont remplacés par les sawngthaew. Ce nom bizarre et imprononçable désigne des mini-camions dont l’arrière a été bâché et pourvu de bancs pour les convertir en moyens de transports fret et passagers. L’idée est de bourrer le fond du véhicule et l’espace sous les bancs de sacs de riz, bouteilles de soda, bidons (ou barils) d’essence, plaques de tôles etc… et un fois qu’on a atteint le poids limite théorique supportable par le véhicule, on rajoute les passagers qui peuvent être jusqu’à trente tassés les uns sur les autres, sans oublier quelques poulets vivants, ou autre poissons encore frétillants… Les arrêts fréquents et la puissance fulgurante de ces Formules 1 laotiennes permettent de se déplacer à 35km/h en moyenne. Nous avons décidé de les appeler (très librement d’ailleurs) les Séwèneguétou, mais il paraît que cela se prononce plutôt Sungto… Trop tard, nous conservons notre prononciation comprise de nous seuls !

Apres cinq longues heures, alors que nos fesses paralysées par les cahots sont devenues insensibles, nous arrivons exténués à Na Hin. Après un rapide déjeuner en compagnie des trois filles, et malgré nos multiples propositions de faire route ensembles en moto, elles préfèrent se rapprocher encore de la grotte et dormir chez l’habitant

Ravis de pouvoir enfin nous poser après tant de trajets, nous lisons et nous reposons tout l’après-midi. Malheureusement il n’y a pas internet au village.

Le lendemain nous nous réveillons sous la pluie. Depuis quelques jours nous jouons de malchance et de gros orages annonciateurs de la mousson s’abattent sur le pays. Arrivés trempés et congelés à la grotte ne nous attire que moyennement, nous attendons donc que l’orage passe pour louer nos bécanes. Coup de chance, la pluie s’arrête rapidement.

Nous partons sur la piste encore glissante, demandant notre chemin à chaque croisement. Les habitants nous regardent passer amusés. Nous traversons des rizières et des villages dominés par les lointaines falaises de calcaire qui font beaucoup penser aux paysages de la baie d’Halong : c’est splendide, même s’il fait encore gris.

Au milieu de la route, surprise : une rivière très gonflée par la pluie du matin doit être traversée à gué. Nous sommes un peu désemparés : elle est clairement trop profonde pour passer moteur en marche. Nous nous déchaussons, et heureusement, comme toujours dans ces cas là (ce voyage nous a appris à nous en remettre avec confiance à la providence se manifestant sous forme de gentils passants), un local tout sourire vient nous montrer le meilleur passage et aide Guillaume à porter la moto à travers le fort courant. Je me charge de nos chaussures.

Nous arrivons sans encombres à la grotte. Enfin, nous avons été obligés de mettre nos quatre pieds dans la gadoue jusqu’à la cheville pour éviter à la moto un dérapage incontrôlé dans une énorme flaque. Bref, enfin à bon port, nous ne voyons personne. La distance qui sépare cette grotte de la civilisation semble clairement la préserver d’un tourisme de masse !

L’entrée de la grotte nous fait face, superbe, bordée par un joli lac bleu. Des villageois arrivent finalement et nous pouvons convenir d’une balade en bateau. En effet, cette fameuse grotte est exceptionnelle par plusieurs aspects. Non seulement elle mesure 7km de long, mais en plus une rivière souterraine navigable la traverse .

Nous embarquons sur un pirogue amarrée dans un petit lac à l’intérieur de la grotte. Le moteur est tout simple et actionne une minuscule hélice fixée au bout d’un immense bras de métal : c’est le genre d’engins qu’on voit depuis les Philippines sur toutes les embarcations.

Notre conducteur et son aide (qui scrute à l’avant pour éviter les rochers et les obstacles) sont équipés de lampes de poches frontales puissantes, comme celles de mineurs, portant la batterie à la ceinture. Nous avons emporté nos lampes de poches, mais leur faible lueur est presque inutile.

La grotte est immense, on a l’impression de rentrer dans le ventre de la terre. C’est vraiment impressionnant. Parfois les salles que nous traversons font 100m de haut et de large. La rivière est plutôt petite, et comme nous remontons le courant, à certains moments nous devons descendre de l’embarcation et tirer la pirogue pour remonter des sortes de marches de calcaire.

Le noir est total, et cela n’arrive pas si souvent d’être dans le noir complet. On se dit que nos vies ne tiennent qu’à un fil : les batteries de nos lampes de poche ! Sans lampes dans cette immense caverne, il faut certainement plusieurs heures voire jours pour sortir. Nous imaginons l’angoisse de se retrouver dans le noir total avec seulement des bruits d’eau pour compagnons, ayant l’impression à chaque instant d’être frôlés par des créatures mystérieuses et terrifiantes, obligés de nager pour trouver la sortie.

Car dans cette obscurité avec des formes de rochers bizarres et des formations calcaires partout, accompagnés de deux villageois qui ne parlent pas un mot d’anglais et ont nos vies entre leurs mains, nous ne faisons pas les malins… Lorsqu’il faut pour la première fois mettre les pieds dans l’eau pour pousser le bateau, nous sommes plutôt réticents, pleins de visions des créatures bizarres qui pourraient se développer dans cette eau obscure. Certainement des vers ou des bêtes monstrueuses, comme dans les abysses…


Mais à part une sorte de touffe d’herbe bien mystérieuse dans cette obscurité, nous ne voyons rien d’anormal, et finissons par nous habituer et nous détendre. Pourtant ce milieu sans lumière est profondément hostile. Au bout de 30 à 40 min de traversée dans les profondeurs, on finit par se demander si la grotte a bien une fin, et on se surprend à retrouver beaucoup moins enfouis qu’on ne croyait de vieux souvenirs de peur du noir. (Guillaume ne cautionne pas mais il n’était pas si fier) Dit-elle.

Par moments, des cascades d’eau tombent du plafond et notre chauffeur les évite tant bien que mal pour éviter que nous soyons trempés.

Lors d’un des arrêts un de nos deux guides nous emmène escalader les parois pentues et glissantes de la grotte pour admirer des formations calcaires (stalactites, stalagmites, piliers étranges et autre dégoulinades aux noms savants). Elles ne sont en fait pas si nombreuses, et la grotte est plus impressionnante par ses dimensions gigantesques de cathédrale de 7km de long.

Parfois des plages de sable et de galets déposés à l’intérieur des méandres semblent nous inviter à accoster.

Finalement on arrive de l’autre côté, soulagés et heureux de voir la lumière du jour ! Nous sommes passés sous l’immense falaise de calcaire. Après une petite pause pour permettre à nos deux guides de se reposer, nous repartons par le même chemin, cette fois en allant beaucoup plus vite : nous sommes dans le sens du courant. Une seule lampe est en fait nécessaire à notre chauffeur pour se repérer dans sa grotte qu’il connaît par cœur. Nous croisons deux autres bateaux qui paraissent bien irréels avec leurs deux petites loupiotes comme seul signe de vie.

Le retour passe beaucoup plus vite que l’aller, mais finalement, une fois qu’on a vu ce que c’était, on n’est pas forcément demandeur de rester là-dessous plus que nécessaire, et ce retour rapide n’est pas si décevant.

Une expérience étonnante et qui vaut largement les trois jours de transports nécessaires !

jeudi 15 mai 2008

Balade à dos d'éléphant


Nous en rêvions, et nous avons trouvé l’endroit idéal pour satisfaire cette envie. Un hôtel dans un coin pas trop touristique proposait des promenades d’une heure et demie dans la forêt environnante, traversant une rivière, un petit village… Le rêve.

Comme ils ne possédaient que deux pachydermes, nous ne nous sentions pas du tout dans une usine, seul sentiment que nous voulions à tout prix éviter, sachant bien qu’on ne fait pas de l’éléphant deux fois dans sa vie !

En arrivant, nous passons devant les animaux déjà « sellés » qui grignotent chacun un régime de banane entier… Ils sont absolument énormes, et lorsque nous nous approchons d’eux avant que le cornac n’arrive et que l’un d’eux se tourne brusquement vers nous, je fais un bond réflexe sur le côté.

Nous escaladons la petite échelle conduisant à une charmante plate-forme à trois mètres de haut qui permet de se mettre à la hauteur du cou de ces monstres. Pour s’installer dans le panier qui sert de selle, on écrase gentiment la nuque de l’animal qui remarque à peine ce qui se passe.

Il saigne sur le crâne et semble salement ouvert. Nous montrons immédiatement la blessure au cornac qui hausse les épaules en riant, montrant une poutre de soutien de la plate-forme sur lequel l’éléphant s’est cogné. Apparemment, ce n’est pas la première fois.

L’autre cornac escalade lestement son éléphant : la technique est simple, il se met sur la patte avant de l’animal et lui ordonne de la lever bien haut, et attrapant fermement son oreille il se hisse à cheval sur son cou. Après une petite séance de nettoyage-dépoussiérage de la nuque et du crâne de sa monture avec sa tong, nous sommes prêts à partir.

Le pas de l’animal est très lourd et assez lent, mais nous le soupçonnons de dormir un peu comme un cheval paresseux qui fait grève en début de promenade. Les pieds énormes et plats de ces animaux laissent dans les flaques bouseuses que nous traversons des empreintes circulaires énormes. Perché à 2,5 mètres du sol, nous réalisons soudainement de façon très précise l’avantage certain que possédait Hannibal et la terreur qu’avaient dû provoquer ses éléphants.

Comme 4x4 on ne fait pas mieux, car nous empruntons des sentiers très étroits et raides encombrés de gros rochers, que l’animal n’a aucun mal à mémoriser pour savoir ou poser ses quatre pieds et rester stable. Il peut aussi servir de débroussailleuse, option introuvable même sur le meilleur Land Rover. Arrivant au niveau de branchages qui se sont mis en travers de notre route, notre cornac ordonne à l’éléphant (en Lao, que ce dernier maîtrise parfaitement) d’arracher les obstacles et de les pousser sur le côté. Il s’exécute ravi…

Pour le conduire, le cornac à cheval sur le cou de l’animal donne de petits coups de pieds derrière ses oreilles, mais il lui parle aussi beaucoup.

Notre éléphant, Moun de son prénom, souffre d’un rhume chronique, et fait parfois entendre des barrissements stridents particuliers qui signifient qu’il est sur le point d’éternuer. Le passager voir alors la trompe de sa monture terminée de deux narines géantes et béantes lui faire face, prête à entrer en action. Le cornac fait tout son possible pour dévier cette trompe si puissante qui se relève et se dirige vers nous ainsi par réflexe… trop tard, Guillaume est arrosé sur le bras, mais heureusement nous avons pu protéger l’appareil photo.

Finalement une balade charmante et très amusante : nous conseillons absolument !