mardi 29 avril 2008

Hoi An, ville touristique...


Arrivés à Hoi An, nous nous offrons un superbe hôtel pour un prix presque raisonnable. Aujourd’hui comme rarement nous sommes en voyage de noces… Piscine, éclairage autre que néon, chambre décorée (dans le plus pur kitsch chinois, style revendiqué de l’hôtel) et meublée d’autre chose que d’un lit et d’une chaise, salle de bain étincelante et qui, comble du luxe, fournit une petite bouteille de bain moussant.

Nous plongeons avec délice dans la piscine alors que deux gros hommes d’affaire américains fument des cigares en peignoir discutant de l’avenir de Wal-Mart, les pauvres.

Nous nous régalons dans un restaurant délicieux au joli cadre, et sombrons dans le sommeil, non sans avoir profité de notre télé satellite pour nous emplir les oreilles de la douce musique du français sur TV5 Monde.

Le lendemain, nous partons un peu tard pour commencer à visiter la ville. La chaleur est accablante, et après un petit tour dans la vieille ville nous retournons lire au frais dans la climatisation de notre chambre. Un délice ! L’ambiance de la ville ne nous donne d’ailleurs pas vraiment envie de flâner.

Le soir, nous décidons d’un dîner « gastronomique », et prenons l’apéritif, l’entrée, et le reste du dîner dans trois restaurants différents pour le plaisir de tester tous les restaurants délicieux qui peuplent la ville !

Le lendemain nous sommes d’attaque pour visiter les fameux temples et les vieilles maisons traditionnelles de Hoi An. C’est très joli, et nous sommes de plus en plus familiarisés avec les temples dédiés au culte des ancêtres, mais nous sentons aussi que certains symboles nous échappent. Nous manquons d’explications, et le Lonely Planet est bien léger pour comprendre des bâtiments à l’architecture aussi étrange dans une religion qui nous est presque inconnue. Les Vietnamiens suivent à la fois le culte des ancêtres, sont bouddhistes, confucianistes et taoïstes. Ils reste presque 10% de chrétiens et le Caodaïsme, l’un des syncrétismes les plus audacieux du monde y perdure. Nous nous y perdons un peu et avons parfois du mal à savoir quels sont les cultes rendus dans les temples que nous visitons. Nous aurions bien besoin d’un guide, mais renonçons à essayer d’en trouver un, craignant par expérience une prestation de trop mauvaise qualité. Les bons guides sont employés par les agences de voyage étrangères, ceux qui restent sont en général gentils mais peu documentés.

Hoi An est une ville charmante à l’architecture coloniale française mais dont l’ambiance a été bouleversée par le tourisme de masse. Désormais, le marché de la ville est aux deux tiers constitué de boutiques à touristes qui vendent des breloques et des souvenirs, et la vieille ville a été entièrement colonisée par des tailleurs qui font sur mesure des robes, des jupes ou des costumes pour les touristes, tous très jolis cependant. En arrivant j’ai eu une envie folle de changer intégralement de garde robe et de me faire faire trois robes en soie pour les mariages à venir des nos amis. Malheureusement il faudrait tout transporter pendant un mois de voyage…

L’ambiance de la ville en est fortement modifiée, et les commerçants sont d’une agressivité fatigante : « you buy from me ?» avec un accent traînant et plaintif… Tous les deux mètres, on nous propose un tour en moto, en vélo, en cyclopousse, en bateau, sans oublier les restaurants… bref, une vraie ville de touristes, avec les bons et les mauvais côtés !

C’est cependant l’occasion de recharger les batteries avant le Laos beaucoup plus reculé, mais la ville laisse une impression de Disneyworld. Ce n’est pas vraiment ce que nous recherchons. D’ailleurs, fait caractéristique, nous n’avons pas vraiment de photos à vous montrer. Ces quatre là sont les seuls que nous ayons.

Tous les jours la température monte, et le Vietnam, pays côtier, a un climat plus doux que ses voisins. Nous nous préparons au pire pour le Laos et le nord de la Thaïlande. Une jupe pour Edith paraît donc un bon investissement.

Tout de même, grande différence avec l’Afrique : l’existence de la climatisation nous change la vie

Nous repartons pour Hué d’où nous prenons un bus pour le Laos. Adieu Vietnam

Un voyage gastronomique???


Nous passons notre vie au restaurant, deux fois par jour depuis presque 7 mois.

Le rêve n’est-ce pas ?

Evidemment, c’est un confort incroyable, et nous en profitons au maximum tant que cela dure.

Mais au fil du temps quelques menus détails prennent de l’importance. Tout d’abord, le fait de ne jamais cuisiner soi-même empêche d’ingérer exactement la quantité que l’on souhaite. On ne sait jamais à l’avance si le plat sera copieux ou non, à quel point il sera lourd (l’utilisation très généreuse d’huile semble être un point commun de la cuisine de tous les pays en développement), si l’on va aimer… Nous n’allons pas vous faire pleurer sur notre sort, mais nous n’avions pas réalisé à quel point avoir plusieurs plats plutôt qu’une unique assiette, se servir soi-même, pouvoir se resservir, compenser la faim en ajoutant du pain et du fromage est pratique et vital ! Résultat, à force de ne jamais prendre exactement la dose de nourriture dont nous avons besoin, nous ne sommes pas très épais … Il est pénible et souvent lent de recommander tout un plat quand on a juste un peu faim ; et les coupe-faim ne sont pas légion (si l’on excepte le riz gluant).

Le Vietnam a été divin de ce point de vue car ils proposent des entrées à chaque fois (et quand on n’a jamais eu d’entrée depuis 6 mois, on apprécie. Au passage le nem est typiquement Vietnamien plus que chinois). Nous nous offrions souvent des Fruit Shake en dessert… Un délice, qui nous permettait pour une fois de manger équilibré.

Plus le voyage avance, moins nous sommes tolérants à la mauvaise nourriture. Non pas que les plats soient foncièrement mauvais. Mais imaginez ce que vous ressentiriez pour des pâtes au beurre si vous en mangiez pour le 15e repas consécutif : ce n’est pas mauvais en soi, le goût n’est pas désagréable, c’est simplement lassant. On se nourrit pour ne pas ressentir la faim, rien de plus. Et bien les cuisines locales d’un certain nombre de pays en développement ont cette même vocation : se remplir l’estomac. Et même en changeant régulièrement de pays, cette même impression de lassitude revient.

Au Laos par exemple, un plat typique de boui-boui tourne systématiquement autour de riz gluant. On peut y ajouter quelques herbes ou bien s’offrir un petit plaisir et commander des brochettes de pattes de poulet ou des criquets frits. On peut bien sûr être moins aventureux et y ajouter des œufs, du poulet (plus d’os que de poulet) ou du bœuf (plus de gras que de viande) au choix. Cela fait trois plats.

La gourmandise est un péché difficile à commettre en voyage hors des sentiers battus.

Or, nous aimons de plus en plus sortir des routes touristiques classiques. C’est vraiment magique, on découvre le pays de l’intérieur, sans les artifices qui naissent forcément dans une zone touristique. On se sent seuls au monde, découvreurs, explorateurs… c’est grisant ! Seulement, pas de touristes signifie pas de restos à touristes, donc uniquement des boui-boui, donc les mets délicieux décrits ci-dessus…

Dilemme difficile à trancher. Nous optons en ce moment pour une alternance raisonnable de boui-boui un peu subis (nous avons dépassé le stade où nous nous ravissions d’une expérience typique), avec de bons restaurants chaque fois que l’on peut. La pizza d’hier, la première depuis deux mois, a par exemple tout a fait effacé la brochette de viande non identifiée d’avant-hier (chien ?) et le sac de plastique rempli de riz gluant servi dans le bus.

Les infrastructures spécialement destinées aux touristes ont du bon, et nous bénissons parfois (après les avoir malmenés maintes fois sur ce blog) nos amis backpackers, et même les voyages organisés, sans qui nous ne trouverions jamais aucun restaurant proposant de la bonne nourriture locale ou occidentale. Nous nous efforçons cependant de nous nourrir des mets locaux.

Nous sommes certainement plus difficiles que d’autres voyageurs, et Ronan et Arnaud riront bien s’ils ont l’occasion de lire cet article.

Soulignons quand même la supériorité incontestable de la cuisine Vietnamienne sur tout ce que nous avions croisé jusqu'à maintenant. Le Pérou mis à part (qui propose d’exquis fruits de mer et poissons), nous avions mangé en Amérique du sud surtout du riz et des frites (à chaque repas en fait). Même l’incomparable viande argentine et son vin ne suffisaient pas pour compenser. La nourriture Néo-Zélandaise, héritée de nos amis d’outre manche, ne pouvait satisfaire nos palais de fins gastronomes (surtout cuisinée sur un réchaud à gaz).

Aux Philippines une amélioration notoire nous a permis de nous faire plaisir, mais c’est vraiment au Vietnam que nous avons pu renouer avec une cuisine fine et délicieuse. En attendant la Thaïlande, et l’Inde…puis le retour !

Hué, la ville impériale

Nous voilà donc arrivés à Hué, en plein cœur du « ghetto » touristique : après ces 8 jours hors des sentiers battus, à nous nourrir majoritairement de pho (soupe aux nouilles de riz) dans des bouis-bouis, nous avons bien gagné un peu de confort au milieu des autres touristes !

Nous nous installons dans un hôtel luxueux par rapport à d’habitude, l’un des seuls dans lequel nous pourrions imaginer (difficilement cependant) nos parents…

Dès le lendemain, nous visitons la cité pourpre interdite , l’enceinte privée de l’empereur au cœur de l’enceinte impériale de la ville fortifiée. Hué a été la capitale politique du Vietnam de 1802 à 1945 lorsque la dynastie des Nguyen était au pouvoir. Les empereurs avaient organisé la vie de leur cour en s’inspirant de la vie à la cité interdite de Pékin. D’innombrables palais et temples abritaient l’empereur et sa famille, les concubines, les eunuques, les mandarins. L’étiquette était extrêmement stricte, tout était codifié précisément, et toute activité du souverain (conseils, séances, discours, etc) donnait lieu à une cérémonie rituelle élaborée.

Outre la reine, première épouse, l’empereur partageait ses nuits entre ses femmes de différents rangs. Les 81 femmes du dernier rang par exemple se partagent 9 des nuits de l’empereur par mois. La reine bénéficie, elle, d’une nuit sur trois. Les eunuques tiennent un livre précis des nuits accordées à telle ou telle afin de vérifier si les éventuelles grossesses concordent.

Outre ses nombreuses épouses, l’empereur entretient un grand nombre de concubines. C’est un statut suffisamment important pour que les mandarins l’envient pour leurs filles. Enfin les odalisques, loin derrière dans la hiérarchie, s’occupent des menus plaisirs du roi.

L’auteur Vietnamien qui rapporte ses faits tient à préciser que les empereurs Vietnamiens pouvaient être signalés pour leur retenue par rapport aux empereurs chinois…

La reine mère était la seule femme de pouvoir, l’empereur devait lui faire deux visites par jour ce qui témoigne de son importance.

Aujourd’hui, après le bombardement de la ville par les Américains (quel dommage…), il reste de ce passé fascinant quelques superbes palais et temples. Une partie de la cité impériale a été bien restaurée très récemment, le reste est en œuvre. Les dragons qui décorent les toits aux tuiles en ying et yang (concaves et convexes), les griffons, la calligraphie chinoise qui décore les colonnes des temples, le culte des ancêtres, les mosaïques kitch, les toits aux coins relevés : tout est là pour nous rappeler à quel point le Vietnam a subi l’influence chinoise. Nous parcourons sans nous lasser cet ensemble pendant une longue matinée.

Le lendemain, nous complétons notre visite en allant nous promener dans la vieille ville. Malheureusement, elle n’a que peu d’intérêt, et nous décidons vite de profiter de la moto que nous avons loué pour aller voir des pagodes et des tombes d’empereurs aux environs.

Nous commençons par la pagode de Thien Mu, superbe, avec vue sur la Rivière des parfums. Puis nous partons visiter des tombes aux alentours

Les empereurs avaient pour coutume de se faire construire d’immenses ensembles architecturaux qui servaient souvent de lieu de repos et de villégiature de leur vivant, pour devenir leur sépulture à leur mort. Ces « tombes » à quelques kilomètres de la ville sont plus ou moins bien restaurées. En nous perdant un peu sur les petites routes, nous en découvrons une moins courue que nous pouvons explorer seuls.

Dans chacune de ces tombes on retrouve les éléments symboliques suivants : une grande esplanade de chaque côté de laquelle des chevaux, des éléphants et des mandarins de pierre montent la garde, éternellement prêts à recevoir les ordres du souverain ; puis une stèle qui relate en caractères chinois la vie de l’empereur ; ensuite un bassin en forme de demi-lune, et enfin une triple enceinte entourant la tombe.

Cette dernière, très simple, contraste avec les bâtiments superbement ornés qui l’entourent. Pour la petite histoire, les empereurs étaient en fait souvent ensevelis ailleurs, dans des lieux tenus secrets pour éviter que leur tombe ne soit pillée.


Ces deux jours de visite nous ont fait renouer avec un tourisme rapide, efficace, culturel, celui que chacun de nous connaît : passionnant mais crevant ! Nous nous dirigeons maintenant vers Hoi An, un peu plus au sud, à seulement 100km, parcourus au rythme Vietnamien : 4h de route…

(Cette photo est cucu mais je cède à ma femme)

Nous avons compris la leçon et n’essaierons plus de prendre les transports locaux, finalement plus chers et plus compliqués. Les touristes passent tous par des agences de voyage dont les bus viennent les chercher à leur hôtel. Cela évite d’aller à la gare de bus souvent lointaine : le confort est (presque) total.

lundi 21 avril 2008

Trajet pour Hué, arnaques et compagnie.


Pour ceux qui connaissent le Vietnam, nous avons ensuite quitté Lao Cai pour Hué via Hanoi. C’est long.

Départ à 21h en train (soft sleeper cette fois), arrivée à Hanoi à 5h, changement pour un bus pour Hué. 8h30 départ du bus, arrivée 22H. Reposant.

Mais si l’on vous raconte ce trajet qui n’a pas grand-chose d’intéressant en lui-même, c’est un prétexte pour vous parler des sentiments que les Vietnamiens ont fait naître chez nous. En bref, le bus pour Hué est proposé au double du prix. Les plus matheux d’entre vous auront remarqué que si l’on paye tout le double, le budget double et nous serions alors déjà rentré en France, ce qui serait bien dommage. Plus bêtes qu’eux, nous refusons de monter dans leur bus de voleurs qui partait pourtant dans l’instant ce qui nous aurait bien arrangé. Les principes sont durs à tenir, surtout à 6h du matin après avoir dormi dans un train, mais nous nous y accrochons fermement. Paris nous manque, mais pas encore suffisamment.

Les Vietnamiens commencent à sacrément nous décevoir. Tous les routards nous avaient prévenus que les rapports avec les Vietnamiens étaient difficiles voire conflictuels, mais nous voulions bien sûr nous faire notre propre opinion. Elle est faite, et nous déconseillons assez fortement un voyage indépendant au Vietnam. Surtout pour un premier voyage. Les mauvaises expériences risqueraient d’ôter l’envie de voyager. Les tours organisés échappent en revanche à cette logique, car ils n’ont que très rarement affaire aux gens du pays.

Plus que les arnaques dont nous sommes victimes, c’est la complicité des autres Vietnamiens qui nous consterne le plus. Nos co-voyageurs de bus qui montent des mascarades pour nous montrer qu’ils payent le même prix que nous, le sourire narquois du passant dans la rue quand il nous voit proposer un prix débile pour quoi que ce soit, ou les habitants de cette maison près du pont qui viennent finalement profiter de l’aubaine. Dans les autres pays, nous trouvions toujours des gens bienveillants nous disant de ne pas payer plus de tant pour tel chose. Ici chacun veut sa part du gâteau. Nous avons la désagréable impression de ne pouvoir nous fier à personne.

Un réceptionniste nous annonce par exemple qu’il ne peut nous vendre des billets de train qu’en classe luxe. Pour les autres billets, il nous annonce que le guichet est à la gare distante d’une heure et demie en bus. La serveuse se marre. Nous trouvons le lendemain un guichet ouvert à 2 mn à pied de notre hôtel. Tous les billets sont bien sûrs disponibles.

Mais le plus énervant, ce ne sont pas les arnaques. Après tout, nous commençons à acquérir une petite expérience pour nous en prémunir. C’est le comportement des gens lorsque nous leur annonçons que nous refusons l’arnaque. Un Malien vous annonce prix décuple pour sa pirogue. Réaction normale du touriste avisé, il se marre. Le Malien se marre aussi et après deux ou trois rigolades vous finissez par payer un petit premium finalement largement acceptable. Même réaction en Amérique du Sud, on fait appel à son honnêteté. Tout rentre dans l’ordre. On reste dans la bonne humeur. Ils ont le droit d’essayer (enfin, on veut bien l’accepter) mais nous avons le droit de refuser. Le Vietnamien, lui, s’énerve, tempête, s’offusque, quoi ! Tu refuses mon arnaque ! D’autres touristes ont accepté, c’est donc que vous pouvez payer ! Tant pis, reste donc sur le bord de la route. Ils préfèrent parfois rater une affaire que prendre deux touristes pour le prix réel.

Pénible et décevant.

Il y en a toujours qui sont là pour racheter les autres mais ils ne semblent pas assez nombreux. Les gens que nous côtoyons, il faut bien l’admettre, sont souvent versés dans le commerce si ce n’est dans le tourisme. Ces gens là sont, dans l’ensemble, de sacrés filous. Même dans des bleds perdus du Nord Vietnam. Mais ils ont du mal à nous faire oublier les sourires, les saluts, les regards étonnés mais amicaux de tous les gens que nous avons croisé sur notre moto. Ce pays est splendide, les lumières y sont fabuleuses, les gens souriants mais une partie de la population a décidé de dégoûter les touristes de leur beau pays. Heureusement, ils n’ont pas réussi. Nous repartirons de notre mois au Vietnam enchantés par ce pays magique par bien d’autres aspects.

Plus drôle, nous avons échappé à notre arrivée à l’une des pires expériences que nous aurions pu avoir depuis le début du voyage. Notre bus qui poursuivait sa route vers le sud (rappelons que nous avons laissé filer le bus de voleurs pour Hué) a décidé de nous laisser à l’embranchement de Hué, marqué par une station service à 15km de la ville. La nuit est bien noire et la route ne nous dit rien qui vaille. Pas de taxis à l’horizon et il nous aurait fallu franchir les kilomètres nous séparant de Hué à pied ou en louant les services d’une moto. (Qui en aurait sans doute bien profité…) Heureusement, il s’agit d’une tentative d’arnaque à la Malienne. 30 secondes de discussion closent l’affaire et nous sommes déposés au cœur de la ville. Ouf !

Les montagnes du Nord-Vietnam


Un train de nuit nous conduit vers le nord du Vietnam dans la région de Sapa. Il ne restait que des places en classe intermédiaire, à savoir des « hard sleeper » ou couchettes dures sans matelas… Cette expérience purement Vietnamienne nous confirme que ces derniers n’ont pas les mêmes notions d’attention à l’autre que nous. Parler très fort et allumer la lumière lorsqu’on monte dans le train à 3h du matin fait évidemment partie du voyage.


Le lendemain, frais et dispos comme vous l’imaginez, nous prenons ensuite la navette pour parvenir à Sapa. Une fois de plus nous constatons le sens du commerce sans pareil des Vietnamiens, surtout lorsqu’il s’agit d’arnaquer des touristes. Nous avons droit à une mascarade destinée à nous faire croire que nous payons le bon prix : tous les passagers du minibus soutiennent le chauffeur et jouent la comédie pour nous tromper sur le prix. Nous sommes effarés !

Finalement, nous nous installons à Sapa et attendons Ronan de Pins et Arnaud Fouché qui doivent nous retrouver. De belles retrouvailles à célébrer au restaurant, c’est vraiment très étonnant et un peu irréel de retrouver au fin fond des montagnes du Vietnam un ami qui arrive de Chine et un autre de Thaïlande, en passant par le Laos…

Dès le lendemain nous nous mettons en quête de motos pour notre tour de 8 jours dans le nord du Vietnam. Après maintes hésitations, nous optons pour les Minsk de l’armée Russe, antiques et très stylées, mais qui sont, paraît-il, peu fiables. Pas un de nous ne s’y connaît en mécanique mais Arnaud, qui a son permis moto depuis un mois est nommé chef réparateur.

Nous nous préparons à faire face à une panne par moto et par jour, mais la « mule des montagnes » devrait nous permettre de nous sortir de n’importe quelles conditions.

Ca, c’est que nous nous étions dits, chaud bouillant, avant de voir l’épave et d’entendre les histoires des Vietnamiens. La raison nous fait choisir des Honda « Wave » 110cc, LA moto des Vietnamiens, sans classe, rouge pétard, boîte automatique au bruit de mob trafiquée mais que tout Vietnamien qui se respecte sait démonter et remonter en 10mn les yeux bandés le jour de son 10ème anniversaire. Une crevaison est réparée en moins de trois minutes chrono.

Ce premier jour d’essai est un succès. Les Honda sont automatiques ce qui facilite notre apprentissage. Nous commençons fort en explorant les petits villages de minorités alentours sur des chemins très cahoteux. Les hill tribes ou Montagnards comme on les appelle ici sont des minorités Thai, Hmong, ou Dzao vivant souvent pauvrement et de façon traditionnelle dans cette partie du Vietnam. Ils ont notamment gardé leurs tenues étonnantes, et leurs maisons en bois, en torchis ou en bambous tressés au milieu de superbes terrasses de riz. Evidemment fortement influencés par le tourisme de masse à Sapa, désormais ils parlent tous quelques mots d’anglais et vendent de l’artisanat de façon parfois un peu pressante.

Le jour suivant, c’est le grand départ. Nous arrimons nos petits sacs à dos à l’arrière de nos motos grâce à des lanières en chambre à air de moto, et c’est parti. Obectif : Dien Bien Phu.

Le premier jour, nous franchissons le fameux Tram Ton Pass, un col censé offrir des vues époustouflantes lorsque le brouillard se dissipe enfin. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous apprenons très vite l’importance du klaxon dans les virages, car ici les gens doublent sans visibilité s’ils le peuvent. Très vite nous comprenons aussi qui sont nos maîtres, les rois de la route, les camions ! Si l’un d’eux s’approche à l’horizon ou dans votre rétroviseur, la seule conduite sensée à tenir est de piler et de se ranger sans tarder sur le bas côté de la route. L’expérience nous permettra par la suite de rester parfois sur la route lors de leur passage. En revanche, on frémit toujours un peu… Sauf Ronan qui n’a peur de rien. ;-)

Les paysages sont sublimes, montagnes, terrasses, villages. Nous finissons l’après-midi à jouer aux cartes au bord d’une rivière au milieu des rizières. Instants mythiques ! (J’en profite pour saluer les anciens membres de copain des bois…)

Nous arrivons dans une petite ville Vietnamienne et expérimentons notre premier hôtel pour touristes Vietnamiens. Personne ne parle anglais et nous devons faire appel à toute notre créativité pour nous faire comprendre par dessins et par gestes.

Nous avons d’ailleurs été surpris de la difficulté à communiquer par gestes. Certains gestes mimant des actions aussi simples que manger (en portant la main à sa bouche, ou même en imitant les baguettes piochant du riz dans un bol) sont apparemment incompréhensibles de la plupart des Vietnamiens. En revanche « dormir » en mettant les mains jointes sous la joue et en inclinant la tête est assez bien compris. Notre problème principale est de demander le prix : frotter ses doigts ne marche jamais, et à part sortir des billets, nous n’avons pas trouvé le mime adapté. A l’inverse, des Vietnamiens qui voulaient nous emprunter notre jeu de carte ont mis 10 min à nous faire comprendre ce qu’ils voulaient car ils battent les cartes d’une manière différente de chez nous ce qui nous perdait complètement… Bref, la gestuelle est loin d’être universelle, et Ronan qui arrive de Chine est surpris des difficultés que nous rencontrons ici.

Au moment de dîner, un orage d’une rare violence éclate. Les tôles du toit de l’hôtel vibrent sous la violence du vent. Nous nous félicitons d’avoir choisi un hôtel et non la cabane du village voisin pour passer la nuit. Notre chambre est inondée, l’eau rentre par la porte fenêtre même fermée.

Le 2e jour, nous monnayons quelques informations à un soi-disant guide local qui souhaite nous emmener visiter un village authentique des environs. Il nous vend donc une carte relativement mal dessinée nous indiquant la route pour ce village. Nous nous perdons évidemment, mais passons par de superbes petits villages où nous faisons sensation, et nous emplissons les yeux. La route nous oblige à traverser un gué, puis un autre d’une taille toute différente. Bilan : cinq pieds mouillés sur huit au total.

Les deux aventuriers qui n’ont peur de rien (Ronan et Arnaud bien sûr) traversent avec succès sans noyer leur moteur alors qu’à certains endroits, le pot d’échappement de la moto est intégralement sous l’eau.

Guillaume et moi, moins casse-cou, optons pour le bac, qui reste en lui-même une expérience typique du pays. On se console comme on peut.

Nous traversons aussi un pont suspendu dans un état critique : les bambous et autres morceaux de planches mal joints laissent parfois des espaces de 80cm à franchir comme on peut. Vous imaginez bien que pendant tous ces passages techniques, les locaux sont au spectacle!

Le 3e jour, nous devons rouler plus vite pour atteindre Lai Chau, dernière ville étape avant Dien bien Phu. La veille, la tempête désormais « habituelle » a projeté une tôle du toit sur la moto de Ronan, crevant son pneu avant. Et au moment de partir, nous nous apercevons que notre atlas du Vietnam a disparu…

Nous avons en effet investi avant de partir dans la meilleure carte possible du Vietnam (elle n’est pas extraordinaire, mais bien utile). S’orienter est devenu encore plus compliqué à cause des changements de noms fréquents intervenus depuis 2 ou 3 ans dans la région. En effet, le parti a prévu de construire un immense barrage, noyant toute une vallée, et pour éviter la disparition de certaines villes, d’autre bourgades hors de cette vallée on été rebaptisées des noms des villes futures noyées…

Notre carte n’est bien sûr pas actualisée, et ce casse-tête nous vaudra quelques mésaventures, comme de ne pas savoir pendant deux jours de suite à combien de kilomètres de Dien Bien Phu nous sommes réellement ni où nous avions dormi la nuit précédente à 50km près…

Cette carte cependant nécessaire nous manque donc, et après plusieurs minutes de recherches, Ronan finit par l’apercevoir dans la chambre de la gérante de l’hôtel. Au moment où il veut récupérer notre bien, elles fait mine de lui accorder le privilège de consulter son propre atlas. Furieux, Ronan lui montre les traces de stylo bille que nous avions fait sur une des pages pour pouvoir enfin le récupérer.

C’est la goutte d’eau, qui s’ajoute à une note trop salée au restaurant de l’hôtel la veille, et aux arnaques quotidiennes des semaines précédentes. Nous cherchons attentivement dans notre phrase book vietnamien comment dire « voleur » en vietnamien, et déclenchons un petit scandale contre cette bonne femme malhonnête. Tant pis si elle perd la face, ras le bol des arnaques vietnamiennes !

La journée se poursuit sans encombres dans de superbes paysages. La route est moins perdue, mais le goudron n’est pas de refus après les pistes éprouvantes de la veille. Les gens des villages traversés sont charmants, nous font des signes de la main, les gamins sont surexcités de pouvoir tenter un « hello » longuement répété à l’école. Même si nous passons parfois un peu trop vite, nous contemplons quelques scènes de vies toujours extraordinaires mais qui se prennent peu en photo.

Au déjeuner, nouvelles surprises sur le Vietnam et ses habitants qui n’en finissent pas de nous étonner… Nous entrons affamés dans un boui-boui pour commander notre Pho habituel (soupe aux nouilles très parfumée, plat de base Vietnamien surtout au petit-déjeuner). Alors que des marmites bouillent sur le feu, le patron nous fait comprendre qu’il ne sert plus, que nous pouvons aller voir ailleurs pour déjeuner. Il est vrai qu’il est un peu tard (14h) pour les locaux mais de là à refuser de servir quatre touristes...

Nous optons donc pour le restaurant de l’hôtel chic flambant neuf de Sin Ho, petite ville perdue en montagne. Deuxième surprise : nous devons faire des pieds et des mains pour obtenir la carte, et ensuite impossible de commander. Nous comprenons finalement qu’un des plats commandés manquait, ce qui les rendait muets et désorientés car selon leur culture ils ne peuvent pas dire non… Comme c’est compliqué de se comprendre !

Le soir, arrivée à Lai Chau assez tard (Arnaud a crevé lui aussi, et nous finissons la route quasiment de nuit, à l’heure où les nuages de moustiques se lèvent, et sans visières sur nos casques de moto basiques, nous vous laissons imaginer l’état de nos yeux).

Notre hôtel est assez luxueux ce qui nous vaut de retrouver les groupes organisés. Soirée cartes et bière, notre habitude depuis le début de cette virée à quatre. Guillaume et moi avons été initiés à la Coinche, très amusant.

4e jour : nous fonçons sur Dien Bien Phu. La route quasi parfaite (à part les buffles régulièrement au milieu de la route et la rencontre avec le camion le plus fou du Vietnam, qui s’amuse à nous doubler en klaxonnant comme un demeuré, ralentir pour se faire dépasser, avant d’essayer à nouveau de nous terroriser avec sa corne de brume…) nous permet de rouler assez vite et d’arriver à Dien Bien pour le déjeuner.

En début d’après midi, sous une chaleur accablante, nous visitons le site d’Eliane, une des dernières collines sur laquelle se sont repliés les Français avant de se rendre. Pour rétablir une vérité historique parfois mal enseignée dans les livres d’histoire, Dien Bien Phu n’est pas la petite cuvette qu’on imagine. C’est plutôt proche d’une immense plaine, certes cernée par des montagnes, mais sans l’artillerie lourde fournie par les Chinois, les Viet n’auraient jamais pu défaire les Français en un mois.

Le musée à la gloire de la victoire de Dien Bien Phu est à l’image des précédents musée Vietnamiens que nous avons pu voir : propagande communiste, anticolonialisme, aucune pédagogie, et des pièces de musée qui n’en sont pas forcément (gamelle de soldat viet, chaussures portées par M. truc Machin qui a héroïquement fait rempart de son corps pour protéger tel autre, morceau de bois de la charrette qui a servi à tracter les canons dans les montagnes…) C’est toujours aussi étonnant à voir.

Le film final intégralement en Viet permet cependant grâce à une maquette du site illuminée de diodes de couleurs de comprendre la stratégie utilisée par le Viet Minh contre les Français.

Ce que le musée ne dit évidemment pas, c'est que sur les 11 000 prisonniers français, plus de 70% meurent en captivité en seulement quatre mois. Ils préfèrent vanter l'intérêt que prennent ceux-ci aux cours d'éducation politique obligatoires.

Nous dormons un peu plus loin après une heure de route intégralement de nuit sur une très mauvaise piste : le lendemain, nous mettrons le réveil une heure plus tôt !

Soirée haute en couleur : le village où nous nous arrêtons ne voit certainement que rarement des blancs, les gens sont charmants et étonnés. Une dame me touche les cheveux pour essayer la texture. Nos voisins de table bien éméchés à l’alcool de riz lancent défi sur défi à notre tablée. Nous nous éclipsons lorsqu’ils deviennent un peu trop énervés par tant d’acool.

Avant dernier jour, encore beaucoup de kilomètres, de buffles, de chèvres, de terrasses de riz, de maisons en bois, de routes en travaux, de chaleur, de sourires et de coucou…

Et une des pires arnaques du voyage, le genre de choses qui vous fait détester d’un coup tous les Vietnamiens sans pouvoir vous empêcher d’amalgamer… En bref, en attendant un vrai pont, la route est coupée par une petite rivière au fond d’une petit vallée encaissée.

Deux options : descendre par une très mauvaise route, très raide, jusqu’au ruisseau, passer à gué, et remonter une pente abrupte (cela veut dire faire monter sa moto en 1e tout en la poussant à côté). Ronan et Arnaud ont bien sûr essayé, et une des moto est tombée, cassant un rétroviseur…

Ou bien payer le péage d’un des Vietnamiens les plus détestables et malhonnête de l’histoire qui garde l’entrée d’une sentier avec un petit pont plus praticable et moins dangereux. Le type tente de nous faire payer 4 fois le prix, Guillaume va se renseigner auprès de la maison d’à côté qui lui donne d’abord le prix réel avant de se raviser et de le poursuivre à moto pour avoir son pourcentage sur l’arnaque. « Mais non, mais non, le prix qu’on t’a donné c’est pour les hommes à pied, pas en moto… » Guillaume était rentré fort impoliment dans leur maison avec son casque…

Ils sont deux et nous ne pouvons forcer le passage… Hors de nous et après les avoir copieusement traité de voleurs (maintenant, nous maîtrisons ce mot de Vietnamien ce qui est bien triste…), nous nous exécutons, pris au piège. C’était la fois de trop, nous sentons que nous arrivons au point de rupture et qu’il faut vite passer au Laos… Cela peut vous paraître bête car la somme en jeu était ridicule, mais lorsqu’on voyage longtemps, on aime bien payer le même prix que tout le monde car on a eu le temps d’apprendre le coût de la vie, c’est une question de principes. Que ceux qui peuvent comprendre nous soutiennent.

Le soir, petit apéritif et partie de carte au bord d’un lac, puis l’éternel Pho (nous commençons à saturer un peu…)

Dernier jour, beaucoup de route, et une pluie asiatique, inhabituelle en cette saison, nous surprend dès le matin. Nous poursuivons malgré tout pendant un moment, le temps d’être intégralement trempés. Heureusement, elle s’arrête, et le vent nous sèche vite.

Nous arrivons plut tôt que prévu à Sapa, retrouvant le brouillard de cette ville trop haut perchée. Un bon goûter chez Baguette et Chocolat, nous récompense de cette semaine sportive.


Notre loueur, un filou presque honnête, ne veut pas prendre en compte le fait que nous lui avons rendu avec le plein des motos que nous avions prises vides. Après maintes palabres, il finit par nous proposer de siphonner les réservoirs, croyant nous décourager... Mal lui en a pris, nous avons récupéré l'essence dans des bouteilles d'eau minérales revendues par la suite à des Viets hilares...