jeudi 31 juillet 2008

L'Inde vue par des africains


Nous avons eu la chance de vivre un grand moment, une après-midi passionnante en compagnie de Moussa (Burkinabé vivant et travaillant en Belgique depuis deux-trois ans, joueur de balafon dans un groupe de musique africain), Jean-Paul (Camerounais vivant à Paris depuis quelques années), et Prof (Camerounais, nous ne savons pas son nom mais il a fait des études d’anthropologie et est un intellectuel à lunettes parlant un français très soutenu si on enlève quelques fautes de construction).

Nous renouons pour un temps avec cet accent africain si extraordinaire pour lequel nous avons une grande affection.

Rencontrés au hasard dans un restaurant, ces trois touristes noirs nous ont fait partager leur expérience et leur vision de l’Inde. Attention âmes sensibles accrochez vous -nous ne faisons que rapporter leurs propos- et les Africains ne connaissent pas le politiquement correct…

Jean-Paul et Prof sont en Inde depuis deux mois, et ils le disent d’emblée, ils détestent les indiens et attendent leur départ proche avec impatience. Ils trouvent scandaleux l’état du pays, disant qu’ils n’ont jamais vu une telle crasse (oui mesdames messieurs, et ils viennent d’Afrique Noire), que des gens vivent dans ce pays à la rue dans des situations incompatibles avec la dignité humaine, que tout cela est scandaleux et les révolte profondément !

Prof est plus nuancé que son camarade vraiment excédé. Ce dernier les traite même « d’animaux » tellement il est choqué par leur racisme, leur indifférence aux pauvres, la misère de ces derniers, et leur manque de solidarité.

Puis viennent les anecdotes sur le racisme indien :

Jean-Paul est dans un train de nuit, et sympathise avec une française de son compartiment. Alors que la conversation va bon train, un indien du compartiment d’à côté vient s’installer sur la demi-place que Jean-Paul laissait à côté de lui sur la banquette. En bon camerounais sympathique, il lui souhaite la bienvenue en anglais et continue à discuter avec sa voisine.

Devant les coups d’œil appuyés de l’indien, la française mal à l’aise prie Jean-Paul de le faire sortir, car ce n’est pas son compartiment. Les demandes polies et répétées de JP sont reçues soit par de l’indifférence soit par un « No » déterminé. Finalement à bout d’arguments, notre camerounais feint de vouloir dormir et demande à l’Indien de déguerpir pour libérer sa couchette. Celui-ci lui réponds alors « sale nègre c’est toi qui va aller là-bas dans le compartiment voisin et moi je reste ici ». Jean-Paul, diplomate, sort son billet pour montrer sa bonne foi et justifier sa place. Rien à faire, et finalement c’est seulement sous les menaces du contrôleur que l’indien finira par les laisser discuter tranquillement.

Sous-entendu : si ce noir (presque un singe, un sous-homme) parle avec cette blanche, j’ai toutes mes chances avec elle…

Le même genre d’événement se produit dans un bar où ils discutent avec une amie blanche. Tous les indiens font cercle autour d’eux, s’assoient à leur table sans demander aucune permission, et tentent de les exclure de leur propre table pour concentrer leur attention sur la femme blanche. Ils leur interdisent de danser au milieu de la piste, etc.

Jean-Paul ajoute : « en plus ce sont des lâches, ils sont pitoyables, ils nous virent mais ils ne sont même pas capables de parler à la blanche pour la charmer un peu. Ils sont nuls. »

(Jean-Paul est lui-même un de ces beaux gars africains assez dragueur et beau- parleur)

En passant l’après-midi avec eux notre proximité nous frappe, à la différence de la distance que nous ressentons par rapport aux indiens. Ces derniers sont déroutants dans leur façon de raisonner, leur gestuelle, leur mode de communication… alors qu’avec les noirs francophones, nous avons le même genre d’humour, un amour de la discussion en commun, des manières de se comporter « latines », une franche sympathie accompagnée de nombreux sourires, etc.

Nous poursuivons la discussion sur leur vie en Europe, sur ces noirs émigrés qui par fierté (bien compréhensible) font miroiter monts et merveilles à leurs familles de retour au pays pour ne pas dire qu’ils sont plongeurs dans un petit restau et habitent dans une barre HLM, ou de ceux qui pour ne pas se faire pomper l’intégralité de leurs économies par des familles sangsues coupent les liens avec leur pays d’origine.

Ils analysent le sous-développement de leur continent : « en Afrique on ne bosse pas assez, la nature est généreuse, mais on ne la met pas bien en valeur ».

Moussa confirme : « c’est vrai, en Europe si on veut vraiment y arriver, si on est bosseur, on finit par se faire une place et vivre sa vie. Mais en Afrique, les hommes parlent et ne bossent pas assez ».


Du bon sens ? A nos yeux, bien sûr, mais il nous a fallu parler à des africains vivant en Europe et voyageant en Inde pour entendre ce discours. Au Mali, nous ne comptions plus le nombre de discussions où nous devions rétablir quelques vérités sur notre beau pays. (Oui, il y a du chômage, non tout n’est pas gratuit, oui, c’est mieux de savoir lire pour vivre en France, non, on ne peut pas ouvrir une boutique de ferrailleur sur le trottoir des Champs-Elysées…)


Nous y sommes allés un peu fort sur l’Inde et ses habitants, et vous devez nous trouver un peu négatifs ! En réalité, le fait de ne pas savoir exactement qui lit ce blog et d’être loin de France depuis des mois nous a fait gagner une grande liberté de parole en nous affranchissant relativement du politiquement correct, et en écrivant comme nous aurions parlé à nos parents qui nous connaissent très bien.

Plus le départ approche plus il nous est facile de parler de l’Inde en termes positifs car nous n’en avons plus pour très longtemps à « lutter » en permanence…

D’abord que tous ceux que ce pays fascine s’y précipitent évidemment, ils ne seront pas déçus. On peut raisonnablement dire que c’est le pays le plus dépaysant du monde, ou en tout cas que le rapport dépaysement/distance/prix est imbattable, d’autant que certains indiens parlent anglais ce qui enrichit l’expérience de charmantes conversations improvisées !

Les costumes traditionnels encore largement portés en dehors des plus grandes villes du pays sont parmi les plus colorés au monde. Bien que les saris de basse qualité soient parfois fort kitch (avec des châles jaunes ou orange fluo bordés de petits miroirs), les indiennes sont en général superbes. Leurs boucles d’oreilles et leur piercings de nez sont impressionnants. Les hommes du Rajasthan aux turbans multicolores ont vraiment fière allure. L’Inde est clairement un pays multicolore aux traditions vivaces.

Les Indiens sont très fiers de leur pays, ce qui peut donner des conversations très divertissantes. Les anecdotes suivantes sont arrivées à Philippe.

Un Indien lui demande ce qu’il pense du niveau technologique en France. Philippe répond qu’il le trouve assez bon. L’Indien lui répond alors que selon lui, « the highest level of technology is Indian technology ». Rappelons que nous n’avons jamais eu autant de problèmes pour nous connecter à Internet en Inde que depuis notre séjour en Afrique…

Une indienne explique encore à Philippe que (à prononcer mentalement avec l’accent indien pour ceux qui connaissent) : « American people speak english with american accent, english people speak english with indian accent ; we speak the pure english »

En dehors de leur accent très attachant, les indiens font régulièrement ce mouvement très caractéristique de balancer la tête d’un côté et de l’autre. Cela ne veut dire ni oui ni non, et une fois qu’on l’a repéré on ne voit plus que ça ! Inoubliable pour tous ceux qui ont voyagé dans ce pays.

Dans le train de retour de Jaisalmer, nous avons sympathisé avec un businessman indien travaillant dans le textile. Il avait voyagé dans le monde entier (notamment en Amérique du Sud), habité à Londres pendant plusieurs années, et son anglais bien meilleur que le notre nous a permis de discuter pendant plusieurs heures. Très occidentalisé, il faisait preuve d’une logique et d’un esprit pratique exceptionnel dans ses questions sur notre voyage ou nos études : nous étions « du même monde ». Il nous a parlé un peu de « son » Inde : il vit dans la ville satellite huppée de Gurgaon qui sert aussi de quartier d’affaires de Delhi ; il a deux enfants qu’il destine (enfin son fils) à de hautes études, et dans son milieu, seulement 99% des mariages sont arrangés contre 100% dans le reste de l’Inde. Il a décidé de laisser ses enfants libres de leur choix, enfin, sauf si le/la prétendant(e) ne lui plaît pas du tout bien sûr.

La cuisine indienne nous a beaucoup plue et finalement se révèle moins épicée que ce que nous avions dû subir en Thaïlande (dans les restos à touristes de l’Inde du nord s’entend).

Nous ne nous sommes lassés qu’après deux mois, les plats proposés étant plus variés qu’ailleurs, et parfois à base de yaourts et de légumes (épinards, pommes de terre) que nous n’avions pas consommé depuis longtemps.

L’Inde est un de ces pays dans lequel on s’interroge sur nos croyances et les leurs. Nous n’avons pas pu pousser notre connaissance de l’Hindouisme très loin par rapport à ce que nous avons appris sur le bouddhisme et ne pouvons nous borner qu’à des observations : le panthéon Hindou qui regroupe des milliers de divinités est pour le moins déroutant ! Dans ce pays on se sent très proche des musulmans, alors que les multiples rituels (courbettes, agitation de bâtons d’encens, offrandes) et superstitions hindoues laissent perplexe. Ne parlons même pas des ascètes indiens (sadhus) à l’aspect reconnaissable (le front peint en blanc et jaune, à moitié nus dans des robes oranges ou blanches, avec des dread-locks immenses dont ils sont les inventeurs) qui se livrent parfois à des pratiques qui dépassent l’entendement pour s’affranchir de leur corps et le dominer (maintenir son bras en l’air toute sa vie jusqu’au dessèchement, se déplacer seulement à genoux, ablation du pénis …).

Pourtant l’indifférence à l’autre et à sa souffrance est un trait dominant de la société indienne, ainsi que des comportements très violents (voir précédent) et ces deux caractéristiques sont certainement liées aussi à la religion hindoue.

Voyant comme on se sent loin de cette spiritualité, nous nous demandons souvent pourquoi tant de paumés viennent chercher un sens à leur vie dans ce pays justement.

Enfin, nous avons beaucoup aimé les palais du Rajasthan organisés autour de cours, finement ornés de sculptures florales, de carreaux ou de mosaïques. C’est vraiment une région splendide !

Bref, de nombreuses belles découvertes dans ce pays comme vous pouvez le voir. Mais on avait besoin de dire :

- qu’ici on n’a rien sans beaucoup d’efforts, mais ça vaut carrément le coup !

- qu’on a du mal à excuser les indiens sur beaucoup de choses qu’ils sont absolument les seuls au monde à faire (nous avons maintenant un certain nombre de points de comparaisons) et dont ils sont seuls responsables (au hasard la saleté de leur pays, le nombre de gens vivant dans la rue, etc).


(Devant notre dernier bus de l'année)

Jaisalmer


Nous quittons Jodhpur pour Jaisalmer, la ville dorée aux portes du désert du Thar. Six heures de bus, notre dernier bus si tout se passe bien. Nous prendrons une voiture en Afrique du Sud. Après des centaines d’heures passées dans ce type de véhicule, nous sommes presque émus, et surtout soulagés !! Pour l’occasion je suis malade, sinon ce ne serait pas drôle, mais heureusement tout se passe bien. Le trajet paraît quand même interminable… On ne s’habitue jamais à des moyennes aussi lentes.

(Philippe, Guillaume, Guillaume)

Nous avions réservé un hôtel contrairement à l’habitude, mais celui-ci ne correspond pas à ce qui nous avait été promis. Nous étions au demeurant très étonnés par notre expérience à Jodhpur : tant de fiabilité chez des indiens tenait du miracle.

Nous finissons par dégotter la perle rare, un hôtel tout neuf d’un certain standing, dont nous sommes les premiers clients.

Malgré le standing, plusieurs choses rappellent l’approximation indienne. L’évacuation du lavabo crée une mousse abondante qui vient recouvrir les pieds de l’utilisateur, l’enduit a été fait après l’installation de la baignoire, celle-ci en est donc recouverte, le ventilateur est mal équilibré et commence à grincer au bout de deux jours, et par un étrange miracle de tuyauterie, lorsqu’on tourne le robinet d’eau chaude de la douche, l’eau coule…du lavabo distant de deux mètres !


(Philippe)

La chaleur est étouffante mais sèche, donc plus supportable. La petite ville est franchement calme pour une ville indienne, et même si le Fort est envahis de vaches sacrées et de leurs bouses, les havelis (maisons traditionnelles finement ouvragées) en grès doré sont superbes.

Nous visitons les temples jaïns de la ville. Ici comme ailleurs, les yatis (moines) de cette religion sont tous disposés à vous guider dans le temple ou à vous apposer un tilak (point de couleur) sur le front, mais toujours en échange d’une offrande qu’ils réclament avec insistance. Pour des occidentaux, cela ne colle pas tellement avec la définition d’un « saint homme ». Les moines jaïns font pourtant vœu de renoncer à tout don superflu mais ils semblent flexibles de ce côté là. D’ailleurs les troncs à offrandes recommandent de ne pas leur donner de pourboire.

(Pierre et Axelle)

Philippe ressuscité, c’est au tour de Claire, de Julie puis d’Axelle d’être victimes de l’Inde, sa nourriture et ses microbes.

Nous sommes assez convaincus d'avoir acquis un bon sens de l’économie de soi en voyage, et le rythme soutenu du groupe depuis que nous les avons rejoint n’est pour nous pas étranger à ces troubles.

Je pars donc seule avec les garçons le lendemain pour faire un tour en moto. Nous visitons le temple de Lodhruva ainsi que des cénotaphes (tombes) très jolis mais malheureusement cernés par d’immenses champs d’éoliennes.


Nous faisons ensuite un aller-retour express jusqu’à Khuri et ses dunes de sable, à 40km de là. Nous avons présumé de la puissance de nos motos et ne pouvons passer qu’une demi-heure sur place (il est trop dangereux de rouler de nuit). Cela nous permet quand même à Guillaume et moi de faire une balade en dromadaire de 10 minutes, juste le temps de trouver ça drôle sans se lasser pour fêter un peu en avance mon anniversaire.

Cette « expédition dans le désert » est néanmoins un peu décevante même si nous nous en doutions : les dunes sont environnées de végétation, et parsemées de détritus laissés par les touristes. A notre arrivée en moto, dix chameliers font la course au grand trot pour nous rattraper et se battent presque pour nous parler, deux petits vendeurs de chips, un vendeur de tam-tam, et un manchot mendiant viennent ensuite nous importuner… hum, le coucher du soleil romantique dans le désert sera pour une autre fois !

Le lendemain matin, réveil en fanfare pour Edith avec un « joyeux anniversaire » bien sympathique ! Nous nous offrons un bon petit déjeuner, suivi presque immédiatement d’un dernier déjeuner tous ensembles. Nous quittons la joyeuse bande avec un pincement au cœur : c’était tellement sympa d’avoir un avant-goût du retour et des retrouvailles anticipées !

Mais ces dix jours en bonne compagnie nous ont regonflés à bloc; il est tellement plus reposant de voyager à plusieurs. Nous nous sommes largement reposé sur les autres pour l’organisation, et trouvons qu’il est vraiment miraculeux que des billets de bus, des réservations d’hôtels, des choix de restaurants, des achats de chips et de bouteilles d’eau se fassent « tous seuls » sans que nous ayons besoin de nous en occuper personnellement ! Pouvoir être un bon petit mouton, suivre les yeux fermés : le bonheur. Le luxe suprême du groupe consiste à pouvoir former un cercle de protection dans les gares de bus, sacs à dos méchamment tournés vers les rickshaws et autres solliciteurs excités afin de réfléchir dans une bulle de tranquillité.


(Pierre, Philippe, Guillaume et Guillaume)

Quelques mots sur le Rajasthan

La région du Rajasthan (terre des rois) que nous avons visitée est connue pour ses superbes palais et son histoire glorieuse. Les Rajputs, de fiers guerriers avec un grand sens de l’honneur en étaient les bâtisseurs, et préféraient se suicider plutôt que de capituler face à l’ennemi.

Dans la même veine, selon la tradition du sati, les femmes rajputes, comme d’ailleurs dans le reste de l’Inde jusqu’à ce que les anglais abolissent cette pratique, se jetaient dans le bûcher funèbre de leur mari pour l’accompagner dans la mort.

Sous l’influence des Moghols musulmans qui dominaient le nord de l’Inde du XVIe au XVIIIe, les Rajput adoptèrent la tradition du purda qui veut que les femmes soient cachées du regard des hommes. Elles étaient donc voilées, se déplaçaient dans des palanquins voilés, et vivaient à part dans le zénana, la partie du palais réservée aux femmes. Les fenêtres des palais, comme dans l’architecture arabe, étaient joliment ornées de l’équivalent des moucharabiehs, appelés ici jali.

vendredi 25 juillet 2008

Jodhpur, la ville bleue

La ville qu’on nous avait décrite comme très agitée se révèle finalement assez calme : le centre n’est pas colonisé par les boutiques à touristes et nous sommes donc relativement tranquilles.

Philippe est au fond du trou, malade comme un chien, et tout le monde (sauf nous qui connaissons bien le problème après quelques mois dans l’étouffante Asie) finit par admettre que sans la climatisation, on dort peu et mal (il aura fallut quatre jours pour convertir le reste du groupe qui ne voyait au départ pas vraiment la nécessité de s’offrir « ce luxe » que nous recherchons avec insistance).

Jodhpur est une ville idéale pour déambuler et observer des scènes de vie charmantes, le marché est un modèle du genre.

Les filles s’achètent des bracelets en verre que les indiennes portent pas douzaines, chacun vaque, lit et discute.


Nous retrouver en compagnie d’amis change agréablement de nos deux seules activités calmes : la lecture, et le blog. Nous pouvons ajouter à cela des discussions infinies idiotes ou plus sérieuses (qui nous manquaient beaucoup) et des parties de tarot bien agréables !

Guillaume de V., un autre ami, nous rejoins lui aussi ce qui constitue un groupe de huit très sympathique.

Finalement sur le groupe, les deux Guillaume, Claire, Axelle ont fait une mission avec Inde Espoir il y a trois ans, et Philippe avait passé trois mois à Delhi en stage. Nous ne sommes donc que trois à être des novices de l’Inde, et le plus drôle est que tous ceux qui connaissaient déjà se sont demandés ce qui avait bien pu les pousser à retourner dans ce pays si difficile ! Ils en gardaient des souvenirs pour le moins contrastés… Incredible India comme dit le slogan touristique ! Tous sont unanimes : on n’aime jamais tant l’Inde que depuis son canapé une fois de retour en France.

Les divinités hindoues laissent souvent perplexes, en voici une illustration.

Le lendemain après-midi nous visitons Meherangarh, le fort de Jodhpur admirablement mis en valeur par le maharaja, un homme qui paraît moderne et intelligent.

Il a crée une fondation pour entretenir l’édifice, fait embaucher du personnel vêtu de costumes traditionnels qui jouent de la musique et gardent le palais, et l’audio guide qui accompagne la visite est tout à fait remarquable : tout ceci en Inde ??

Nous sommes ébahis du professionnalisme ambiant qui contraste largement avec les autres forts. Un certain nombre de maharajas laissent même tomber leur palais en décrépitude et utilisent l’argent récolté auprès des touristes pour financer leur trépidante vie londonienne…


Udaïpur et quelques impressions indiennes


Le train de nuit nous amène de Jaipur à Udaipur où nous attendons nos cinq compagnons en sirotant notre premier expresso depuis trois mois accompagné d’un Apfel Strudel…

Les villes touristiques ont du bon !

On nous a décrit Udaipur comme la cité la plus romantique du Rajasthan. Ce romantisme doit beaucoup aux deux palais installés sur les îles du lac artificiel d’Udaïpur : le lac Pichola. Malheureusement, les pluies de mousson sont peu abondantes et celui-ci n’est alors rempli qu’à moitié. Une partie de la magie s’évanouit en laissant les abords du lac entièrement découverts et jonché, comme il se doit, de détritus. En revanche, la fraîcheur apportée par la couverture nuageuse et la lumière dorée qui la traverse dans l’après-midi effacent largement cette petite contrariété. Notre hôtel a vue sur le lac et nous passons l’après-midi à lire au balcon en contemplant la vue et les variations de lumière.

Nous y faisons la connaissance d’un professeur d’allemand d’Henri IV proche de la retraite avec qui nous partageons quelques vues sur l’Inde. Cette dame revient tous les ans passer plus d’un mois en Inde depuis 4 ans, notamment dans le Ladakh où elle loge régulièrement chez des amis dans un village perdu et participe aux moissons. Plus routarde que nous !

(Axelle, Julie, Pierre)

Nous retrouvons enfin la bande, assez tard dans l’après-midi, qui a vécu quelques aventures. Les pauvres ont voulu prendre un taxi depuis Bundi pour s’économiser de la fatigue et ont fini avec un chauffeur roublard dans une voiture déglinguée. Après leur avoir fait payer des péages et une crevaison, le chauffeur perd sa roue et l’essieu avec. Le temps de s’arrêter (temps de réaction indien) le feu a pris avec l’échauffement. Ils le maîtrisent heureusement assez vite. A peine le dos tourné, ils se retrouvent abandonnés sur le bord de la route par leur chauffeur indélicat qui a pris soin de fermer sa voiture… avec leurs sacs dedans. Il s’agit heureusement d’une voiture indienne et ouvrir la fenêtre de l’extérieur n’est pas très compliqué, ils sautent alors dans un camion et finissent par trouver l’aventure amusante : après tout, ils n’ont pas payé le chauffeur ! Mais par une coïncidence typiquement indienne, dans ce pays d’un milliard d’habitants, l’homme qui leur ouvre la porte du camion à l’arrivée se trouve être précisément Jean-Paul, leur chauffeur malhonnête. Ils refusent de payer, un attroupement se forme (et 70 indiens autour de soi, c’est assez impressionnant), l’atmosphère s’échauffe, les filles veulent abandonner… Et la police arrive.

(Claire)

L’affaire sera finalement réglée par Pierre au commissariat. Ils transigent à moitié prix. Pas mal au bout de trois jours en Inde !

Nous finissons autour d’un bon dîner avec les autres amis retrouvés à Jaipur.

Nous sommes en basse saison et les indiens inoccupés nous sollicitent beaucoup. Udaipur fait partie des étapes prisées par les français ce qui nous vaut de nombreux « bonjour » intéressés, vite remplacés par les plus classiques « Come to my shop ». Nous aspirons de plus en plus à notre retour à l’anonymat. Cela fait presque un an que nous sommes de vrais phénomènes. Partout, nous sommes sollicités, rarement pour signer des autographes et plus souvent pour soulager notre porte monnaie : nous ne pouvons faire un pas dans une ville sans être abordés de toutes parts. Nous bénéficions d’une relative tranquillité en Amérique latine qui a disparu depuis les Philippines et l’Asie du Sud Est. Quand ce n’est pas intéressé, c’est moins pénible parfois même assez amusant mais souvent lassant à la longue. De manière à ne plus avoir à le répéter je mesure 1,93m, ce qui fait plus de 6 pieds et, oui, c’est assez grand mais en France les gens sont beaucoup plus grands qu’ici. Je suis français de France et habite à Paris et m’appelle Guillaume. Qu’on se le tienne pour dit !

En Inde, et particulièrement à Udaipur, les commerçants et chauffeurs de rickshaws sont TRES insistants. C’est souvent fatigant et nous nous en voulons de leur répondre parfois sèchement voire durement. Quand nous n’en pouvons vraiment plus, nous nous réfugions dans une ignorance que nous trouvons détestable. Nous avons beau savoir que leur voix mielleuse cache à peine une démarche manifestement intéressée, nous nous interrogeons sur l’intérêt de voyager dans un pays lorsque la partie de la population avec laquelle nous sommes, par la force des choses, le plus souvent en contact, nous inspire un rejet récurrent.

(Le City Palace)

Quel bonheur ce sera de marcher incognito dans les rues de Paris, que c’est difficile d’être une star !

A Udaipur, nous avons finalement décidé de rester avec nos amis jusqu’à Jaisalmer pour profiter de leur compagnie et éviter de nous retrouver perdus en Inde, au moment d’un léger coup de blues. Nous comptions d’abord rester quelques temps de plus dans cette ville mais nous nous sommes rendus compte, qu’à nos yeux, aucune ville d’Inde n’est agréable. On peut y voir de très belles choses, un palais, une forteresse, un temple, des bazars colorés et animés, mais on ne peut pas y déambuler sans but en profitant facilement du spectacle. Marcher dans une ville indienne et spécialement dans les centres historiques relève de la gageure. A chaque instant, on risque de s’étaler dans une bouse de vache, d’être éborgné par un rickshaw qui vous frôle à toute allure, de finir sourd à force d’endurer les klaxons surpuissants des motos et des mêmes rickshaws, d’être encorné par une vache car vous portez un polo rouge (vécu à Jodhpur), de vous retourner l’estomac à cause des effluves puantes qui vous entourent, enfin, il y a toujours un infirme ou un enfant sale pour s’agripper à votre manche et vous demander de l’argent avec un air de chien battu.

Tous les sens sont sollicités et l’on fatigue vite. Udaipur n’échappe que partiellement à cette règle et nous abandonnons donc l’idée utopique de promenades romantiques qui nous feraient déambuler dans de charmantes ruelles au coucher du soleil. Ces ruelles perdues sont en fait des égouts à ciel ouvert. Les autres du centre ville sont couvertes de boutiques à touriste (et puent aussi d’ailleurs). Enfin, plus loin du centre, c’est plus calme et relativement plus propre mais cela n’a pas beaucoup de charme.

Bref le romantisme se cantonne à la très belle vue sur le lac.

Comme nous avons besoin d’un peu d’action, trois jours pour la contempler nous suffisent et nous ne voyons pas bien ce que nous ferons en restant ici.

(Groom du lake palace)

Le petit coup de blues vient de deux choses, la première, cette impression que dans le circuit touristique du Rajasthan, aucune ville n’est vraiment agréable (même si on y voit des choses superbes), la deuxième, nous nous sommes beaucoup occupé de notre retour à Leh et le fait de revoir des amis nous rappelle encore plus la France. On habite tout de même dans un beau pays et nous serons heureux de le retrouver !

Comme prévu le blues passe cependant assez vite.

Cette description de l’Inde et de ses habitants doit vous sembler assez noire, mais il est vrai que ce pays est épuisant pour le voyageur, et avec dix mois dans les pattes, nous accusons un peu le coup. Ces critiques ne nous empêchent pas de profiter de tout ce que l’Inde propose au voyageur, un dépaysement inégalé, une architecture superbe, des costumes chatoyants, une cuisine agréable… Mais, en routard, tout ça se mérite un peu !

Nous partons alors pour Ranakhpur, un superbe temple Jaïn, sur la route de Jodhpur. Trajet presque sans histoires, nous ne perdons que 45mn à cause d’un camion renversé sur un pont. La dépanneuse pèse le quart du poids du camion et le traîne centimètres par centimètres. Nous sommes étonnés qu’en bons indiens ils ne l’aient pas jeté dans la rivière en contrebas.

Nous attendons la manoeuvre confortablement installés à l’indienne. Nous n’avons pas vraiment la technique…

(Guillaume et Philippe)

Les descendants des fiers guerriers Rajputs nous ignorent superbement.

Nous profitons de la cantine ouverte à tous les visiteurs. Elle sert pour un prix modique des plats très lourds en grosse quantité. Ce n’est pas fameux et nous reste un peu sur l’estomac. Philippe en sera malade pendant trois jours…

Le temple est en revanche absolument superbe, intégralement en marbre et porté par une forêt de 1444 piliers, tous sculptés. Les descriptions architecturales n’étant pas mon fort, je vous laisse admirer les photos. Nous n’avons pas étudié le jaïnisme donc nous n’en dirons rien ici, mais c’est une religion datant du VI eme siècle av J.C.

Une de ses particularités dans sa forme la plus rigoriste est le respect absolu de tous les êtres vivants : les jaïns portent donc un masque devant la bouche pour ne pas absorber d’insectes et balaient le sol devant eux pour éviter de marcher sur les fourmis et autres rampants.

Mauvaise nuit dans une mauvaise chambre sous une grosse chaleur. Lever (trop) tôt pour attraper le premier bus en direction de Jodhpur où nous passons l’après-midi à nous reposer.

Pour conclure nous voudrions souligner le sans-gêne des indiens qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Cependant, ces façons de faire sont tellement ancrées chez eux qu’ils le font simplement par habitude, sans méchanceté, et sans réelle impolitesse pourrait-on dire. Pour des occidentaux, c’est tout de même bien difficile à supporter !

Les asiatiques sont tous d’un sans-gêne qui n’a rien à voir avec ce qui peut se passer chez nous. Mais les Indiens obtiennent la palme haut la main.

(Axelle)

Exemples :

Vous voulez acheter un billet de bus. Aucune queue n’existe, et les comportements sont les mêmes que dans une école maternelle au moment de la distribution de chocolat : je pousse le voisin, lui écrase le pied pour passer devant lui, joue des coudes pour écarter celui qui veut me contourner par la droite, me faufile entre les deux grands de devant…et arrive le premier au guichet ! Pour réussir à contenir le flot des indiens louvoyants, les trois garçons ont été contraints de former une muraille afin d’obtenir nos tickets.

(Edith avec Julie)

Vous êtes tranquillement installé dans le bus, avec deux énormes sacs à dos installés sur le siège à votre gauche car il n’y a pas de soute à bagages. Comme ils vous tombent dessus dans les virages, vous vous levez pour les remettre en position et dégager plus de place. Pendant ce temps, une indienne plus fourbe que les autres vient tranquillement se glisser à votre place, sous vos genoux. Ravie de son coup, elle refuse de partir, avec un sourire jusqu’aux oreilles, et vous oblige à faire le voyage collé-serré entre elle et les fameux sac à dos. (vécu par Claire)

Vous êtes tranquillement dans un bus, fatigué comme de coutume, prêt à vous endormir sur votre siège, lorsque votre voisin décide d’écouter toutes les sonneries de son nouveau téléphone portable. Il branche son appareil à plein tube, et vous casse les oreilles. Puis il regarde un bollywood hurlant sur son téléphone super moderne. Personne n’est gêné sauf vous (les Indiens ne doivent pas avoir les mêmes oreilles que nous tant le bruit semble leur être indifférent pour ne pas dire agréable), mais si votre voisin n’a pas envie d’arrêter, impossible de rien faire. Heureusement la dernière fois, notre voisin gentil et compatissant a consenti à baisser le volume…

Vous montez dans le bus à un arrêt intermédiaire, et vous asseyez à une place vide dans un bus intégralement vide. Un homme d’un tempérament fort méchant, très grand et gras arrive et menace presque de vous mettre une claque, vous sommant de dégager comme s’il parlait à un chien galeux, prétendant que c’est sa place. (vécu par Julie)

Nous voulons revenir sur ce dernier point. La société Indienne est extrêmement violente, mais de façon plus cachée que ce que nous avion pu voir au Mali. Ce n’est pas vraiment par les coups mais par les comportements et les échanges verbaux qu’on s’en rend compte. Entre deux personnes, il y a toujours un rapport hiérarchique. Celui qui est supérieur (par sa caste, ou sa taille, ou la taille de son véhicule, etc) peut tout simplement traiter l’autre comme un chien, avec un dédain parfois indécent, et se prive rarement de le faire. L’inférieur n’a qu’à déguerpir sans demander son reste et s’estimer heureux ainsi.

Les blancs sont sans caste et donc on peut les ranger avec les intouchables. Théoriquement un brahmane pourrait être offensé d’avoir été touché par un blanc. Mais, le pouvoir de l’argent a aussi son petit effet en Inde, et souvent on est très bien traité.