mercredi 28 novembre 2007

Retour au lac Titicaca (prononcer Titikahrka)



Après cette belle marche au Cañon del Colca, nous partons pour Puno, port Péruvien du lac Titicaca, le lac navigable le plus haut du monde (3 820m) que nous avions tant aimé l’année dernière du côté Bolivien.

Puno ne présente guère d’intérêt, c’est une grande ville assez moche et nous souhaitons donc nous évader au plus vite vers d’autres lieux. Les îles du lac sont particulièrement belles (nous l’avions vu en Bolivie) et nous décidons donc d’y passer deux jours et une nuit. Nous souhaitons à la fois voire les fameuses « Islas flotantes » et une grande île plus traditionnelle. Mais le programme est chargé puisque nous devons encore aller à Cuzco et dans toute la vallée sacrée. N’ayant donc que deux jours à notre disposition et donc peu de temps pour nous organiser, nous nous inscrivons, après moult tractations et contrairement à nos principes, à un tour organisé… Celui-ci présente quelques avantages, outre le transfert de l’hôtel au port et un bateau privé, nous bénéficierons des lumières d’un guide bilingue. Le pied.

(Promis les parents, je viens de me couper les cheveux...)

Comme promis, on vient nous chercher pour nous faire rencontrer tous les « amis » (comprendre les autres touristes) et nous partons en direction des « Islas flotantes ».

Pour se protéger des agressions Collas et Incas, les Uros s’installèrent il y a quelques siècles sur des îles flottantes, construites en roseau, qu’ils peuvent déplacer à leur guise. 2 000 personnes vivent encore sur ces 40 îles.

Elles ont beau être très, trop, touristiques c’est assez fascinant. Les Uros découpent d’abord sous l’eau et par blocs, la terre mêlée de racines de totora (sorte de roseau-bambou). Les blocs ainsi libérés flottent à la surface, ils les recouvrent ensuite de totora en superposant des couches perpendiculairement jusqu’à deux mètres d’épaisseur. Le résultat flotte, est très moelleux et est accroché par des ancres pour ne pas dériver. L’île a une durée de vie de 15 ans environ mais l’on doit ajouter de nouvelles couches tous les 15 jours.

Malheureusement pour nous, le temps est très gris et les photos ne sont pas aussi belles que dans les magazines mais c’est tout de même étonnant.

De plus, les îles sont très petites et faire débarquer 20 touristes d’un coup dessus rompt un peu la magie du lieu… Les Uros semblent vivre aujourd’hui principalement du tourisme et nous échappons de peu à un spectacle désolant donné aux touristes ayant choisi de faire une promenade dans un bateau typique (que les Uros n’utilisent plus depuis un moment).

Les femmes, qui auparavant vendaient des souvenirs aux gringos, se mettent en rang pour chanter d’une voix lasse (comme toutes les demi-heures, à chaque nouveau groupe) un chant traditionnel vite remplacé par « Vamos a la playa » plus connu des touristes.

Etonnant donc, cela valait vraiment le détour (il y a 20 ans ils vivaient uniquement de pêche et n’allait en ville que rarement pour faire un peu de troc) mais vraiment surexploité. Nous avions la désagréable impression d’être à l’exposition coloniale au rayon « indigènes » ou dans un drôle de zoo.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Isla Amantani, où les habitants, malgré les touristes, conservent un mode de vie traditionnel. Nous sommes divisés en groupe de deux pour être accueillis par des familles de l’île, coup de chance, nous nous retrouvons ensemble…

Nos hôtes sont très sympathiques, parlent un peu espagnol, et nous partageons leur repas quotidien : soupe (pommes de terre, quinoa, et parfois carottes en option) et plat principal : riz et pommes de terre. Seul le riz est acheté en dehors de l’île, le reste est cultivé sur place. Edith aide bien sûr à la préparation du repas mais a du mal à se retrouver dans la cuisine.

Nous montons ensuite au sommet de l’île et le ciel se découvre enfin pour un coucher de soleil splendide, à peine gâché par un groupe de touristes braillard.

Ce soir, notre guide nous l’a promis, nous allons faire la fête. Nous nous déguisons donc en locaux, et partons pour la salle des fêtes accompagnés par notre famille d’accueil. Nous sommes un peu inquiets et craignons que nos pauvres hôtes ne soient plus ou moins forcés de venir et qu’ils s’ennuient ferme. Mais, à notre grand étonnement, les dix familles d’accueil semblent ravies de profiter du groupe de jeunes musiciens et de danser un peu n’importe comment mais avec beaucoup de cœur à grand renfort de rondes et farandoles. La mère de famille est venue m’inviter quatre fois à danser et vraiment avec plaisir. C’est moins complexant que de danser avec des africaines…


Nuit fraîche sous une tonne de couvertures, même au printemps, le vent glacial transperce les murs de la maison.

Quelle récompense au réveil ! Un temps splendide nous attend pour toute la journée et l’autre île que nous partons visiter : La Isla Taquile.

En dehors des superbes paysages que vous pouvez contempler, l’île est célèbre pour ses vêtements traditionnels, encore portés très largement aujourd’hui. Les hommes par exemple portent systématiquement un couvre-chef, un bonnet le plus souvent. Celui-ci, selon sa forme et sa couleur indique si l’on est célibataire, marié ou occupado. Une ceinture vient redoubler le message.

(A l’extrême gauche, le monsieur est marié (bonnet rouge) et à l’extrême droite il est célibataire ou veuf.)

Pour les femmes, c’est la manière d’empiler les jupons qui indique l’état marital.

Après un déjeuner imposé dans un attrape-touristes, qui créé des tensions entre la moitié du groupe et le guide nous devons repartir pour Puno et en profitons pour nous perdre en chemin et faire attendre tout le monde dans le bateau. Ce la nous a tout de même donné l’occasion de monter tout en haut de l’île et de profiter du paysage ; nous nous excusons donc essoufflés mais le sourire aux lèvres.

Nous n’aurions certainement pas pu voir autant de choses en organisant notre séjour tous seuls avec le peu de temps que nous avions donc nous sommes finalement assez contents d’avoir, cette fois, pris une agence. Mais nous avons tout de même la désagréable impression d’être trimbalés comme de vulgaires bovins (ou des enfants de 5 ans) ce qui ne correspond qu’assez peu à notre tempérament. De plus, le guide ne nous aura finalement pas appris grand-chose à part sa théorie, très personnelle, sur le transfert d’énergie cosmique de l’Himalaya vers les Andes, qui devrait déclencher, dans un avenir proche, (merci Paco Rabane) le réveil de la Pachamama (Terre-Mère) ! Nous laissons échapper un fou-rire poliment retenu mais sommes ébahis par l’acquiescement passif des autres membres de l’auditoire : le type « gros cool en recherche » est très répandu en Amérique du Sud. Moins qu’au Népal ? Question d’énergie cosmique sans doute.

Ses digressions permanentes et son auto-traduction simultanée en anglais nous tapent un peu sur le système, mais nous restons, au moins pour lui, ses amigos

A part cela, nous discutons agréablement avec des Québécois fort sympathiques et rien ne peut entamer la beauté du lac… Nous reviendrons, Inch’allah.


El Cañon del Colca



Nous partons donc d’Arequipa pour un trek de trois jours dans ce fameux cañon. La grosse différence avec le trek de Santa Cruz est que nous pourrons dormir et nous restaurer dans des hospedaje dans les villages sur le chemin, ce qui permet de ne presque rien porter… Les treks comme les dada les aiment ! La prudence nous oblige tout de même à emporter, outre les duvets et les tapis de sol, mille petites douceurs pour améliorer l’ordinaire.

Les cinq heures de bus nécessaires pour parvenir au Cañon sont avalées comme si de rien n’était (cinq heures de bus ? c’est à côté ici !). La route est magnifique car nous longeons sur la dernière portion le cañon naissant, et les terrasses qui sculptent la montagne et la vallée.

Déjeuner express à Cabanaconde (3 500 m d’altitude), nous nous faisons expliquer par le serveur comment rejoindre le sentier. C’est le moment de vérité : avons-nous bien fait ou non de ne pas prendre de guide pour ce trek ? Nous nous perdons dès les premières minutes, mais un gentil péruvien nous réoriente. Nous demandons uns troisième explication à une charmante dame, puis une quatrième à un gamin tant les instructions des uns et des autres sont précises et ressemblantes… Nous suivons un sentier censé nous amener au départ du chemin qui conduit à San Juan, notre première étape. Stupeur, le sentier al frente (tout droit) que nous sommes censés emprunter est terriblement à pic et semble plutôt adapté pour les animaux. Il se perd dans la montagne assez rapidement, et semble mener à un goulet étroit. Bref, nous avons le sentiment que si nous posons le pied dessus nous allons nous rompre le cou !

Notre instinct de conservation nous pousse à héler d’autres péruviens pour nous faire préciser pour la 5e fois le chemin ! Cette fois c’est la bonne, nous trouvons enfin le camino beaucoup plus engageant et bien dessiné. Toutes ces hésitations nous ont fait perdre une précieuse demi-heure, il est déjà 15h45, la nuit tombe à 18h et nous avons normalement entre deux et trois heures de descente (1100 m de dénivelé, presque quatre fois la tour Eiffel mais sans les marches et avec les pierres en plus … !). Après une descente rapide et éprouvante presque sans pause, véritable course contre la montre (prudente néanmoins), nous parvenons au pont suspendu qui traverse le Rio au fond du cañon. Ouf, la nuit tombe ! Il reste une demi-heure de montée jusqu’à San Juan, mais heureusement une jeune fille dont les parents tiennent une hospedaje nous a attendu et nous conduit chez elle. Chambre proprette et charmante dans une maisonnette au toit de chaume, le tout sans électricité. Nous nous éclairons donc à la bougie, douche comprise. C’est trop rigolo, même à 22 ans !

Le lendemain départ peu matinal (presque 10h), le temps est superbe et il fait déjà chaud ! Nous montons vers Tapay, petit détour qui permet de découvrir un village plus reculé. Aucune route ne le dessert, le seul accès est par le sentier du cañon, les denrées non produites sur place sont apportées à dos d’âne de Cabanaconde… Normalement il ne pleut jamais dans ce Cañon, mais nous jouissons aujourd’hui d’une chance particulière, et nous faisons sérieusement saucer. Nous arrivons trempés et transis dans le restaurant conseillé par nos hôtes de la veille. La vue censée être magnifique est bouchée par d’énormes nuages… Pas de chance !

Le repas devrait nous remonter heureusement. Après le traditionnel maté de coca pour nous réchauffer, notre hôtesse, en superbe tenue traditionnelle, nous sert une sopa de corazon de vaca, une soupe au cœur de vache, plat traditionnel du coin. D’habitude, les péruviens font de très bonnes soupes, que Guillaume apprécie moyennement mais je les adore. Cette soupe là est mal passée pour les deux. Le cœur de vache bouillie a une consistance caoutchouteuse désagréable, en plus du malaise provoqué par l’idée même de manger du cœur. Le goût n’est vraiment pas terrible mais assez prononcé… Bref, cette mixture nous donne des nausées pour tout l’après-midi !

Le ragoût de mauvais morceaux d’alpaca servi par la suite vient compléter ce repas de rêve.

Nous essayons, en vain, de faire passer le goût à l’aide d’un sachet entier de chouchous, mais peine perdue ! Lors de cette néanmoins très sympathique pause déjeuner nous rencontrons trois policiers péruviens de l’unité recherche et secours en haute montagne à la recherche d’un touriste disparu depuis 15 jours… Cela nous fait un peu froid dans le dos, mais nos hôtes nous offrent un coup de Pisco (le marc de raisin pur cette fois) pour nous remettre ! Nous n’avons pas osé goûté la chicha, bière de maïs artisanale, dont la fermentation commence grâce à la mastication des grains de maïs…

La pluie s’est heureusement calmée, et nous reprenons une marche agréable pour descendre à nouveau au fond du cañon vers « L’Oasis ». En chemin, nous croisons Panchito qui redescend avec ses mules vers son village, et nous faisons route avec lui pendant 20 passionnantes minutes. Il nous raconte un peu son boulot, ses cinq enfants qui coûtent cher à éduquer, nous interroge sur la France, nos fromages, notre mariage, etc. Très jovial et intéressant, il nous montre aussi quelques plantes du cañon, des cochenilles sur des cactus , et un poison très dangereux. Comme tout bon sud-américain, il ne parle évidemment qu’à Guillaume. Je suis une sorte de figurante passive devant laquelle on peut parler de tout, même de ce qui me concerne, comme si je n’étais pas là. C’est désagréable, mais il faut faire avec… ! Apprenant que nous sommes jeunes mariés, il n’hésite pas à demander à Guillaume en riant grassement « comment ça se passe avec ta femme », ou s’il me bat ou me traite gentiment !

Le soir nous arrivons à l’Oasis, appelé ainsi car trois sources créent de magnifiques cascades qui se jettent dans le Rio.

Des sources thermales (à 25°) remplissent les piscines des campements de ce lieu hautement touristique, et nous nous jetons sans hésiter dans la nôtre.

Notre charmant bungalow de bambous laisse malheureusement passer pas mal d’air froid, et la porte ne ferme pas. Edith se fait de petites frayeurs dues aux bruits dans la nuit… Nuit pas top !

Nous nous réveillons un peu plus tôt pour éviter la chaleur, et partons à 7h30 pour l’ascension des 1100m de dénivelé du Cañon… Il y en a normalement pour 3 ou 4 heures. Nous mettons trois heures et demie à monter la pente ardue. Les vues sont époustouflantes, et les à pic qui bordent le chemin également. Heureusement, Guillaume n’a pas le vertige pour des raisons inexpliquées ! Les photos ne rendent pas du tout la profondeur vertigineuse du Cañon.

Arrivés fatigués et très fiers à Cabanaconde, nous repartons presque illico pour Arequipa afin de profiter d’une dernière soirée dans cette jolie ville.

Trois jours géniaux, décidemment la marche a du bon et permet de sortir quelque peu des sentiers battus. Nous nous y remettrons dès que possible !


Arequipa


Après Nazca nous arrivons à Arequipa, deuxième ville du pays, magnifiquement située au pied du volcan « El Misti » et d’une chaîne de montagne enneigée. Belle ville coloniale fondée par Pizarro, nous sommes conquis tout de suite par la pierre volcanique blanche qui a value à Arequipa son surnom de « Ciudad Blanca ».

La cathédrale est superbe de l’extérieur, ainsi qu’une église Jésuite. La plaza de Arma qui constitue le cœur de toute ville péruvienne est la plus belle que nous ayons jamais vu. Bordée d’arcades, elle offre de superbes vues au coucher du soleil de la cathédrale avec pour toile de fond le Misti et les sommets enneigés. Ses alentours regorgent de belles bâtisses coloniales, la plupart occupées par des banques, ou l’Alliance Française…

Nous avons bien négocié notre hôtel ce qui nous ravit toujours car les prix au Pérou n’ont rien à voir avec la Bolivie. Ici, impossible de s’acheter de temps en temps une bouteille de vin argentin pour se prendre un petit apéro, les petits plaisirs si nombreux en Bolivie sont ici plus rares. Nous nous permettons tout de même de nous offrir un petit Pisco Sour de temps en temps, cocktail succulent découvert l’année dernière au chili à base de marc de raisin, de jus de citron, et de blanc d’œuf battu qui forme une mousse délicieuse au dessus… Le meilleur jamais goûté nous aura été conseillé par un chauffeur de taxi sympa. Moment de pur bonheur !

Nous visitons également le Monasterio Santa Catalina, incroyable par sa taille et son histoire. Construit en 1580, il n’accueillait que les jeunes filles espagnoles de bonnes familles qui devaient fournir une dot conséquente. Ces jeunes filles riches conservaient leur train de vie, leurs servantes (5 par sœur environ) et organisaient de grandes fêtes avec des musiciens… Le train de vie dément de ce « couvent » fut interrompu net en 1871 sous l’influence de la sœur Josefa Cadena, une dominicaine qui remit les choses en place. Vous verrez la taille des « cellules », c’est édifiant.

Les sœurs possédaient chacune leur petite maison avec chambre, petit salon, cuisine personnelle…

Le top ! Ce couvent immense, véritable ville dans la ville, constitué de petites ruelles colorées et de multiples cloîtres, est un petit bijou d’architecture remanié un nombre incalculable de fois suite aux tremblements de terres.

La gentille réceptionniste de notre hôtel, Kelly, nous fournit de nombreux conseils pour le trek que nous projetons en solo dans le Cañon del Colca, le cañon le plus profond du monde !!

Un musée mal fait...

Sur les conseils du Lonely planet, et à défaut d’une après-midi farniente piscine dans l’hôtel trop luxueux de la ville, nous visitons le petit Museo Didactico Antonini, espérant en apprendre plus sur la culture Nazca dont nous avons seulement survolé les mystérieuses lignes. L’entrée est un peu cher, mais la culture n’a pas de prix. Nous espérons le petit musée perle rare décrit par le Lonely. Les premières salles retracent l’histoire précolombienne du Pérou, mais les choses se gâtent très vite. Peu à peu nous nous apercevons que le musée est centré non pas sur la civilisation Nazca, leurs pratiques et coutumes, comme nous l’espérions, mais sur le déroulement des fouilles archéologiques des sites alentours. Ce musée est tout simplement un compte rendu abrupte et austère (mais avec panneaux photos s’il vous plaît !) des fouilles de la région Nazca. Nous vous laissons découvrir quelques perles de ce musée aux explications traduites par des étudiants en archéologie italiens… Du grand style, plus dû à l’original des légendes qu’aux traducteurs débutants :


« Parmi les anomalies squelettiques nous présentons ici un cas d’hypoplasie du radius et du cubitus (ulna) droit (photo N°5).

En 1948, dans le secteur appelé EXP13, dans un foyer de la zone X3, on a trouvé de la céramique rituelle Paracas T4 en fragments décelant des traces de combustion .

La cribraorbitalia ou hyperosthéose porotique a été relevée avec une certaine fréquence sur les squelettes examinés.

Au nombre des déformations intentionnelles du corps, nous présentons ici un cas de déformation tabulaire oblique .»

Bref vous voyez le ton. Bravo pour la vulgarisation !

Nous nous en tirons avec un bon fou rire et un commentaire assassin dans le livre d’or du musée. Une bonne pizza le soir nous réconforte de cet échec !

dimanche 18 novembre 2007

Les lignes de Nazca



Ce matin nous avons pris un petit avion de 4 places (et oui cela va devenir une habitude pour Edith à qui on avait offert un superbe baptême de l’air lors de son enterrement de vie de jeune fille) pour survoler les fameuses lignes de Nazca. Comme elles ne sont fameuses qu’au Pérou on va vous expliquer ce que c’est en deux mots et beaucoup de photos… La civilisation Nazca est une civilisation précolombienne (-900 à 600 environ), qui vivait près de la ville du même nom située au milieu du désert non loin de la côte, à 500km au sud de Lima. Le climat est tellement aride que les vestiges de cette civilisation ont été extrêmement bien conservés.

En plus des habituels poteries, tissus et momies retrouvés dans la zone, des formes géométriques ou biomorphes gigantesques ont été découvertes pour la petite histoire en 1939 par Paul Kosok, illustre inconnu, alors qu’il survolait le désert.

Nous avons donc eu la chance nous aussi de survoler ces « lignes » mystérieuses qui ont donné naissance à toutes sortes de théories plus ou moins farfelues (la pire faisant de la plus grande ligne une piste d’atterrissage pour soucoupes volantes…).

Photos à l’appui nous vous laissons admirer ces formes étonnantes et immenses : le condor que vous voyez fait 130 m d’envergure. Ces formes ont été réalisées en ôtant les pierres sombres, faisant apparaître le sol plus clair en dessous. Au niveau du sol, il est absolument impossible de distinguer autre chose qu’une sorte de sentier sinueux.

Les figures géométriques (lignes, triangles, trapèzes) font jusqu’à plusieurs kilomètres de long.

La théorie la plus plausible qui nous a été présentée donne les explications suivantes : les lignes géométriques pointeraient les sources d’eau, élément essentiel dans ce désert, et qui avait pour les Nazca une valeur rituelle. Les animaux et autres formes complexes seraient quant à elles des offrandes visibles uniquement par les dieux, et auraient servis de chemins pour des processions rituelles. Nous avons même réussi à retrouver Ti’Marsu parmi les formes, même si les péruviens ne veulent pas l’admettre et affirment qu’il s’agit d’un singe car les Nazcas ne connaissaient pas les Marsupilamis… Tant de mauvaise foi nous a fait douter de tout le reste des explications. Notez les deux lignes qui arrivent sous la queue de Ti'Marsu-singe et semblent être des chemins d’accès à ce labyrinthe rituel.

C’est assez fascinant ! Nous vous laissons découvrir en images, et on l’avoue, on a triché sur les photos en ajoutant du contraste pour vous permettre de mieux les voir (à travers la vitre de l’avion les photos ne sont pas géniales) ! Mais les dessins sont vraiment très nets en réalité, dès lors qu’on les a repérés.



Huanchaco et Mundo del Ninos

Après ce trek mémorable et très fatigant, nous reprenons le bus de nuit pour Trujillo, la 3e ville du pays (9h de bus au nord de Lima). Huanchaco (à 15 km), le paradis de surfeurs de mes cousines, est une station balnéaire très à la mode où beaucoup de volontaires « cools » se relaient… Maë et Prilou ne sont vraiment pas seules ! Mais la plupart ne parlent pas bien espagnol, et ont donc des expériences différentes de leur séjour au Pérou, d’autant que la majorité ne reste qu’un mois ou deux.

Nos cousines sont très occupées, et vivent à 300km/h même au bout du monde… Au programme animation dans une association « Mundo del Ninos », centre pour ex-enfants des rues. Elles y viennent tous les jours et organisent des foots et autres activités sportives pour 14 jeunes garçons entre 8 et 15 ans, qui ont été placés là après avoir vécu quelques années dans la rue. Lorsqu’ils arrivent, ils sont très violents, et souvent drogués à la colle, il leur faut réapprendre à avoir des relations normales avec les autres. Grâce à ce foyer, ils « retombent en enfance », et cela fait très plaisir à voir. Ils restent trois ans maximum au bout desquels ils sont envoyés dans d’autres foyers au milieu d’enfants ayant connu des situations très différentes. Le but est vraiment de les réinsérer rapidement, notamment en les renvoyant à l’école.

Le centre est financé par une association espagnole, et ne roule pas sur l’or. Les enfants ont des conditions de vie spartiates, mais décentes. Ils sont très affectueux pour certains, un peu violents pour d’autres, mais globalement, quand on joue au foot avec eux où qu’on assiste à un anniversaire, on a du mal à croire qu’ils aient pu voler au marché pour survivre et se shooter à la colle. Les enfants s’attachent très vites, et les cousines sont de vraies stars. Elles leur ont composé un hymne génial que les enfants chantent en cœur sans arrêt :

« Somos los chicos de Mundo del Ninos,

miran nos, amigos, donde vivemos !

Playa, partido y viva Huanchaco,

bailamos, cantamos, Mundo del Ninos ! »

Antonio est également très apprécié des enfants qu’il connaît depuis deux semaines seulement, car c’est un mec, un vrai, et costaud en plus, qui peut servir de portique ambulant : il leur fait faire l’avion, les jette en l’air, leur fait faire des galipettes en l’air en les tenants par les bras, et surtout, on peut faire des bras de fer contre lui (en y mettant les deux mains et la tête plus les copains, sinon il n’y a aucune chance… !)

Maëlys et Priscille donnent également des cours de sport dans une école gratuite (exceptionnel au Pérou) créée il y a cinq ans par un prêtre péruvien. Tout est financé par des dons (profs, matériel, construction de l’école…), mais les parents participent activement : les mamans se relaient pour faire la cuisine à midi et nourrir ainsi les enfants qui ne le seraient pas suffisamment chez eux ; les papas doivent chaque été participer pendant une semaine à la construction des nouvelles classes et à l’amélioration des locaux (beaucoup de classes n’ont pas encore quatre murs en dur, et sont à moitié faites de bout de cartons ou planches de bois mal ajustées). Le père est vraiment très gentil, et les enfants très affectueux. Mais il n’est pas toujours facile d’animer des cours de sport pour les petits de maternelle… Quel que soit le niveau, les cours reviennent souvent à de l’animation, et Priscille et Maë, super dynamiques, puisent largement dans leurs expériences scoutes pour trouver des idées de jeux …

Ici, Un, dos, tres, sol !

Après le cours de sport, elles sont parfois invitées à partager le repas du père et des professeurs, ce jour-là, c’était cochon d’inde… Une spécialité Péruvienne, le « Cuy ». Une viande blanche proche de la volaille en plus tendre. Se mange grillé comme un bon poulet.

Les cousines font également jouer des enfants d’une autre école assez éloignée, une heure par semaine, lors de la garderie du soir.

Elles nous disent préférer clairement leur action auprès de Mundo del Ninos, car c’est là qu’elles se sentent le plus utile, et qu’elles sont le plus proches des enfants.

Ce qui est sûr, c’est qu’elles ne chôment pas et ont très peu de temps libre, car après ces journées bien remplies, il faut aussi apprendre à faire du surf avec les potes péruviens, faire la fête, cuisiner de délicieuses Pie de Limon (prononcer « pied » de limon si vous voulez perpétuer la prononciation qu’a choisi Guillaume au Chili il y a deux ans).

Nous sommes ravis de découvrir leur petite vie à Huanchaco, et de passer un moment tous ensembles, avec cette fois, plus de facilité pour discuter qu’à 4000m d’altitude ! Nous visitons rapidement Trujillo guidés par les cousins, et goûtons le mythique Ceviche péruvien, du poisson cru et des crustacés marinés dans beaucoup de citron vert, d’oignons et d’épices… Un régal ! Cela nous change du Mali où rien n’était bon, et où nous devions nous forcer à nous nourrir… Le Pérou est le paradis des fruits de mer, du poisson, du lait concentré sucré et des pâtisseries crémeuses… Nous sommes en bonne voie pour rattraper nos kilos manquants, surtout en compagnie de Pril et Maë qui ne se limitent pas côté desserts et sucreries !

Ces trois jours à Trujillo passent très vite, et nous avons peu de temps pour nous reposer de nos deux nuits de bus encadrant quatre nuits de trek à dormir dans une tente trop petite pour cinq en altitude. Nous accompagnons en effet les cousines dans leurs différentes activités (enfin presque, on s’accorde une grasse matinée de plus). Elles ne sont pas complètement au top de leur forme, problèmes digestifs et fatigue (on se demande bien pourquoi elles sont fatiguées alors qu’elles ont enchaîné les cours de sport après le bus de nuit qui nous ramenait du trek) ! Quoi qu’il en soit, nous passons de très bons moments et le retour pour Lima prévu dès ce soir arrive trop vite. Nous prenons tous les cinq le bus de nuit pour raccompagner Antoine à son avion. Nous en profiterons pour continuer notre voyage vers le sud du Pérou.

Cet intermède familial aura été un vrai bonheur, et nous nous disons de plus en plus qu’il faudra trouver un endroit bien choisi et chaleureux pour passer Noël tous les deux seulement…

Nous nous rendons compte que le voyage avance à la vitesse de l’éclair, déjà un mois et demi d’écoulé… Il faut en profiter ! La suite du Pérou sera intense et sportive, et nous serons sans doute moins nomades au Brésil.

Une chose est sûre, c’est déjà très intéressant de pouvoir comparer le Mali et le Pérou, pays en développement mais qui n’ont rien à voir ! Nous avons le sentiment que le Pérou peut nous rattraper en 20 à 50 ans, le Mali plutôt en 120 à 150 ans… Ici il y a pêle-mêle:

- des entreprises,

- des égouts (évidemment !),

- presque toutes les rues sont pavées ou goudronnées,

- le choix dans les boutiques est incomparables

- il y a des distributeurs automatiques de billets, même à Huanchaco (inexistant en dehors de Bamako)

- des supermarchés dans toutes les grandes villes (2 au Mali),

- des excursions de classe,

- des loisirs pratiqués par les touristes péruviens (surf par exemple),

- du mobilier diversifié et de bonne qualité,

- des magasins high-tech (il y en avait un à Bamako, rien qu’à Trujillo nous en avons vu deux),

- 90% des gens savent écrire (rappel : 20% au Mali)

- des publicités qui donnent envie d’acheter

des policiers en qui l’on peut avoir confiance (…)