lundi 21 avril 2008

Les montagnes du Nord-Vietnam


Un train de nuit nous conduit vers le nord du Vietnam dans la région de Sapa. Il ne restait que des places en classe intermédiaire, à savoir des « hard sleeper » ou couchettes dures sans matelas… Cette expérience purement Vietnamienne nous confirme que ces derniers n’ont pas les mêmes notions d’attention à l’autre que nous. Parler très fort et allumer la lumière lorsqu’on monte dans le train à 3h du matin fait évidemment partie du voyage.


Le lendemain, frais et dispos comme vous l’imaginez, nous prenons ensuite la navette pour parvenir à Sapa. Une fois de plus nous constatons le sens du commerce sans pareil des Vietnamiens, surtout lorsqu’il s’agit d’arnaquer des touristes. Nous avons droit à une mascarade destinée à nous faire croire que nous payons le bon prix : tous les passagers du minibus soutiennent le chauffeur et jouent la comédie pour nous tromper sur le prix. Nous sommes effarés !

Finalement, nous nous installons à Sapa et attendons Ronan de Pins et Arnaud Fouché qui doivent nous retrouver. De belles retrouvailles à célébrer au restaurant, c’est vraiment très étonnant et un peu irréel de retrouver au fin fond des montagnes du Vietnam un ami qui arrive de Chine et un autre de Thaïlande, en passant par le Laos…

Dès le lendemain nous nous mettons en quête de motos pour notre tour de 8 jours dans le nord du Vietnam. Après maintes hésitations, nous optons pour les Minsk de l’armée Russe, antiques et très stylées, mais qui sont, paraît-il, peu fiables. Pas un de nous ne s’y connaît en mécanique mais Arnaud, qui a son permis moto depuis un mois est nommé chef réparateur.

Nous nous préparons à faire face à une panne par moto et par jour, mais la « mule des montagnes » devrait nous permettre de nous sortir de n’importe quelles conditions.

Ca, c’est que nous nous étions dits, chaud bouillant, avant de voir l’épave et d’entendre les histoires des Vietnamiens. La raison nous fait choisir des Honda « Wave » 110cc, LA moto des Vietnamiens, sans classe, rouge pétard, boîte automatique au bruit de mob trafiquée mais que tout Vietnamien qui se respecte sait démonter et remonter en 10mn les yeux bandés le jour de son 10ème anniversaire. Une crevaison est réparée en moins de trois minutes chrono.

Ce premier jour d’essai est un succès. Les Honda sont automatiques ce qui facilite notre apprentissage. Nous commençons fort en explorant les petits villages de minorités alentours sur des chemins très cahoteux. Les hill tribes ou Montagnards comme on les appelle ici sont des minorités Thai, Hmong, ou Dzao vivant souvent pauvrement et de façon traditionnelle dans cette partie du Vietnam. Ils ont notamment gardé leurs tenues étonnantes, et leurs maisons en bois, en torchis ou en bambous tressés au milieu de superbes terrasses de riz. Evidemment fortement influencés par le tourisme de masse à Sapa, désormais ils parlent tous quelques mots d’anglais et vendent de l’artisanat de façon parfois un peu pressante.

Le jour suivant, c’est le grand départ. Nous arrimons nos petits sacs à dos à l’arrière de nos motos grâce à des lanières en chambre à air de moto, et c’est parti. Obectif : Dien Bien Phu.

Le premier jour, nous franchissons le fameux Tram Ton Pass, un col censé offrir des vues époustouflantes lorsque le brouillard se dissipe enfin. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous apprenons très vite l’importance du klaxon dans les virages, car ici les gens doublent sans visibilité s’ils le peuvent. Très vite nous comprenons aussi qui sont nos maîtres, les rois de la route, les camions ! Si l’un d’eux s’approche à l’horizon ou dans votre rétroviseur, la seule conduite sensée à tenir est de piler et de se ranger sans tarder sur le bas côté de la route. L’expérience nous permettra par la suite de rester parfois sur la route lors de leur passage. En revanche, on frémit toujours un peu… Sauf Ronan qui n’a peur de rien. ;-)

Les paysages sont sublimes, montagnes, terrasses, villages. Nous finissons l’après-midi à jouer aux cartes au bord d’une rivière au milieu des rizières. Instants mythiques ! (J’en profite pour saluer les anciens membres de copain des bois…)

Nous arrivons dans une petite ville Vietnamienne et expérimentons notre premier hôtel pour touristes Vietnamiens. Personne ne parle anglais et nous devons faire appel à toute notre créativité pour nous faire comprendre par dessins et par gestes.

Nous avons d’ailleurs été surpris de la difficulté à communiquer par gestes. Certains gestes mimant des actions aussi simples que manger (en portant la main à sa bouche, ou même en imitant les baguettes piochant du riz dans un bol) sont apparemment incompréhensibles de la plupart des Vietnamiens. En revanche « dormir » en mettant les mains jointes sous la joue et en inclinant la tête est assez bien compris. Notre problème principale est de demander le prix : frotter ses doigts ne marche jamais, et à part sortir des billets, nous n’avons pas trouvé le mime adapté. A l’inverse, des Vietnamiens qui voulaient nous emprunter notre jeu de carte ont mis 10 min à nous faire comprendre ce qu’ils voulaient car ils battent les cartes d’une manière différente de chez nous ce qui nous perdait complètement… Bref, la gestuelle est loin d’être universelle, et Ronan qui arrive de Chine est surpris des difficultés que nous rencontrons ici.

Au moment de dîner, un orage d’une rare violence éclate. Les tôles du toit de l’hôtel vibrent sous la violence du vent. Nous nous félicitons d’avoir choisi un hôtel et non la cabane du village voisin pour passer la nuit. Notre chambre est inondée, l’eau rentre par la porte fenêtre même fermée.

Le 2e jour, nous monnayons quelques informations à un soi-disant guide local qui souhaite nous emmener visiter un village authentique des environs. Il nous vend donc une carte relativement mal dessinée nous indiquant la route pour ce village. Nous nous perdons évidemment, mais passons par de superbes petits villages où nous faisons sensation, et nous emplissons les yeux. La route nous oblige à traverser un gué, puis un autre d’une taille toute différente. Bilan : cinq pieds mouillés sur huit au total.

Les deux aventuriers qui n’ont peur de rien (Ronan et Arnaud bien sûr) traversent avec succès sans noyer leur moteur alors qu’à certains endroits, le pot d’échappement de la moto est intégralement sous l’eau.

Guillaume et moi, moins casse-cou, optons pour le bac, qui reste en lui-même une expérience typique du pays. On se console comme on peut.

Nous traversons aussi un pont suspendu dans un état critique : les bambous et autres morceaux de planches mal joints laissent parfois des espaces de 80cm à franchir comme on peut. Vous imaginez bien que pendant tous ces passages techniques, les locaux sont au spectacle!

Le 3e jour, nous devons rouler plus vite pour atteindre Lai Chau, dernière ville étape avant Dien bien Phu. La veille, la tempête désormais « habituelle » a projeté une tôle du toit sur la moto de Ronan, crevant son pneu avant. Et au moment de partir, nous nous apercevons que notre atlas du Vietnam a disparu…

Nous avons en effet investi avant de partir dans la meilleure carte possible du Vietnam (elle n’est pas extraordinaire, mais bien utile). S’orienter est devenu encore plus compliqué à cause des changements de noms fréquents intervenus depuis 2 ou 3 ans dans la région. En effet, le parti a prévu de construire un immense barrage, noyant toute une vallée, et pour éviter la disparition de certaines villes, d’autre bourgades hors de cette vallée on été rebaptisées des noms des villes futures noyées…

Notre carte n’est bien sûr pas actualisée, et ce casse-tête nous vaudra quelques mésaventures, comme de ne pas savoir pendant deux jours de suite à combien de kilomètres de Dien Bien Phu nous sommes réellement ni où nous avions dormi la nuit précédente à 50km près…

Cette carte cependant nécessaire nous manque donc, et après plusieurs minutes de recherches, Ronan finit par l’apercevoir dans la chambre de la gérante de l’hôtel. Au moment où il veut récupérer notre bien, elles fait mine de lui accorder le privilège de consulter son propre atlas. Furieux, Ronan lui montre les traces de stylo bille que nous avions fait sur une des pages pour pouvoir enfin le récupérer.

C’est la goutte d’eau, qui s’ajoute à une note trop salée au restaurant de l’hôtel la veille, et aux arnaques quotidiennes des semaines précédentes. Nous cherchons attentivement dans notre phrase book vietnamien comment dire « voleur » en vietnamien, et déclenchons un petit scandale contre cette bonne femme malhonnête. Tant pis si elle perd la face, ras le bol des arnaques vietnamiennes !

La journée se poursuit sans encombres dans de superbes paysages. La route est moins perdue, mais le goudron n’est pas de refus après les pistes éprouvantes de la veille. Les gens des villages traversés sont charmants, nous font des signes de la main, les gamins sont surexcités de pouvoir tenter un « hello » longuement répété à l’école. Même si nous passons parfois un peu trop vite, nous contemplons quelques scènes de vies toujours extraordinaires mais qui se prennent peu en photo.

Au déjeuner, nouvelles surprises sur le Vietnam et ses habitants qui n’en finissent pas de nous étonner… Nous entrons affamés dans un boui-boui pour commander notre Pho habituel (soupe aux nouilles très parfumée, plat de base Vietnamien surtout au petit-déjeuner). Alors que des marmites bouillent sur le feu, le patron nous fait comprendre qu’il ne sert plus, que nous pouvons aller voir ailleurs pour déjeuner. Il est vrai qu’il est un peu tard (14h) pour les locaux mais de là à refuser de servir quatre touristes...

Nous optons donc pour le restaurant de l’hôtel chic flambant neuf de Sin Ho, petite ville perdue en montagne. Deuxième surprise : nous devons faire des pieds et des mains pour obtenir la carte, et ensuite impossible de commander. Nous comprenons finalement qu’un des plats commandés manquait, ce qui les rendait muets et désorientés car selon leur culture ils ne peuvent pas dire non… Comme c’est compliqué de se comprendre !

Le soir, arrivée à Lai Chau assez tard (Arnaud a crevé lui aussi, et nous finissons la route quasiment de nuit, à l’heure où les nuages de moustiques se lèvent, et sans visières sur nos casques de moto basiques, nous vous laissons imaginer l’état de nos yeux).

Notre hôtel est assez luxueux ce qui nous vaut de retrouver les groupes organisés. Soirée cartes et bière, notre habitude depuis le début de cette virée à quatre. Guillaume et moi avons été initiés à la Coinche, très amusant.

4e jour : nous fonçons sur Dien Bien Phu. La route quasi parfaite (à part les buffles régulièrement au milieu de la route et la rencontre avec le camion le plus fou du Vietnam, qui s’amuse à nous doubler en klaxonnant comme un demeuré, ralentir pour se faire dépasser, avant d’essayer à nouveau de nous terroriser avec sa corne de brume…) nous permet de rouler assez vite et d’arriver à Dien Bien pour le déjeuner.

En début d’après midi, sous une chaleur accablante, nous visitons le site d’Eliane, une des dernières collines sur laquelle se sont repliés les Français avant de se rendre. Pour rétablir une vérité historique parfois mal enseignée dans les livres d’histoire, Dien Bien Phu n’est pas la petite cuvette qu’on imagine. C’est plutôt proche d’une immense plaine, certes cernée par des montagnes, mais sans l’artillerie lourde fournie par les Chinois, les Viet n’auraient jamais pu défaire les Français en un mois.

Le musée à la gloire de la victoire de Dien Bien Phu est à l’image des précédents musée Vietnamiens que nous avons pu voir : propagande communiste, anticolonialisme, aucune pédagogie, et des pièces de musée qui n’en sont pas forcément (gamelle de soldat viet, chaussures portées par M. truc Machin qui a héroïquement fait rempart de son corps pour protéger tel autre, morceau de bois de la charrette qui a servi à tracter les canons dans les montagnes…) C’est toujours aussi étonnant à voir.

Le film final intégralement en Viet permet cependant grâce à une maquette du site illuminée de diodes de couleurs de comprendre la stratégie utilisée par le Viet Minh contre les Français.

Ce que le musée ne dit évidemment pas, c'est que sur les 11 000 prisonniers français, plus de 70% meurent en captivité en seulement quatre mois. Ils préfèrent vanter l'intérêt que prennent ceux-ci aux cours d'éducation politique obligatoires.

Nous dormons un peu plus loin après une heure de route intégralement de nuit sur une très mauvaise piste : le lendemain, nous mettrons le réveil une heure plus tôt !

Soirée haute en couleur : le village où nous nous arrêtons ne voit certainement que rarement des blancs, les gens sont charmants et étonnés. Une dame me touche les cheveux pour essayer la texture. Nos voisins de table bien éméchés à l’alcool de riz lancent défi sur défi à notre tablée. Nous nous éclipsons lorsqu’ils deviennent un peu trop énervés par tant d’acool.

Avant dernier jour, encore beaucoup de kilomètres, de buffles, de chèvres, de terrasses de riz, de maisons en bois, de routes en travaux, de chaleur, de sourires et de coucou…

Et une des pires arnaques du voyage, le genre de choses qui vous fait détester d’un coup tous les Vietnamiens sans pouvoir vous empêcher d’amalgamer… En bref, en attendant un vrai pont, la route est coupée par une petite rivière au fond d’une petit vallée encaissée.

Deux options : descendre par une très mauvaise route, très raide, jusqu’au ruisseau, passer à gué, et remonter une pente abrupte (cela veut dire faire monter sa moto en 1e tout en la poussant à côté). Ronan et Arnaud ont bien sûr essayé, et une des moto est tombée, cassant un rétroviseur…

Ou bien payer le péage d’un des Vietnamiens les plus détestables et malhonnête de l’histoire qui garde l’entrée d’une sentier avec un petit pont plus praticable et moins dangereux. Le type tente de nous faire payer 4 fois le prix, Guillaume va se renseigner auprès de la maison d’à côté qui lui donne d’abord le prix réel avant de se raviser et de le poursuivre à moto pour avoir son pourcentage sur l’arnaque. « Mais non, mais non, le prix qu’on t’a donné c’est pour les hommes à pied, pas en moto… » Guillaume était rentré fort impoliment dans leur maison avec son casque…

Ils sont deux et nous ne pouvons forcer le passage… Hors de nous et après les avoir copieusement traité de voleurs (maintenant, nous maîtrisons ce mot de Vietnamien ce qui est bien triste…), nous nous exécutons, pris au piège. C’était la fois de trop, nous sentons que nous arrivons au point de rupture et qu’il faut vite passer au Laos… Cela peut vous paraître bête car la somme en jeu était ridicule, mais lorsqu’on voyage longtemps, on aime bien payer le même prix que tout le monde car on a eu le temps d’apprendre le coût de la vie, c’est une question de principes. Que ceux qui peuvent comprendre nous soutiennent.

Le soir, petit apéritif et partie de carte au bord d’un lac, puis l’éternel Pho (nous commençons à saturer un peu…)

Dernier jour, beaucoup de route, et une pluie asiatique, inhabituelle en cette saison, nous surprend dès le matin. Nous poursuivons malgré tout pendant un moment, le temps d’être intégralement trempés. Heureusement, elle s’arrête, et le vent nous sèche vite.

Nous arrivons plut tôt que prévu à Sapa, retrouvant le brouillard de cette ville trop haut perchée. Un bon goûter chez Baguette et Chocolat, nous récompense de cette semaine sportive.


Notre loueur, un filou presque honnête, ne veut pas prendre en compte le fait que nous lui avons rendu avec le plein des motos que nous avions prises vides. Après maintes palabres, il finit par nous proposer de siphonner les réservoirs, croyant nous décourager... Mal lui en a pris, nous avons récupéré l'essence dans des bouteilles d'eau minérales revendues par la suite à des Viets hilares...


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bon courage dans la poursuite de vos aventures ! Je suis une amie des D'Estaintot vivant à Phnom Penh. Si vous voulez loger chez nous lors de votre passage à PP, nous vous accueillerons avec plaisir. Anne Feron. anfe2003@yahoo.fr