mercredi 7 novembre 2007

Visas et aventures d'un clandestin


De nombreux Maliens nous prennent à partie sur les visas français, et nous devons expliquer à plusieurs reprises que c’est seulement à cause des tricheurs que les honnêtes maliens qui souhaitent effectivement faire du tourisme ne peuvent pas entrer en France. Certains s’offusquent de se voir refuser un visa de tourisme, alors qu’ils nous déclarent ouvertement vouloir s’installer en France grâce à ça… Dur dur de leur faire comprendre que la France ne peut pas accueillir tout le Mali, tout le Sénégal, toute la Côte d’Ivoire, etc… !



Notre guide du pays Dogon, Nouh, nous raconte les trois années d’enfer qu’il a passé à tenter de rejoindre l’Espagne clandestinement. Parti de son village avec un ami, il a traversé le désert du Sahara dans des conditions effroyables, portant les 10L d’eau nécessaires à sa survie pendant les trois jours et deux nuit de l’expédition. Toutes les nuits, cinq des 20 clandestins du groupe montaient la garde pour vérifier que le guide Touareg, évidemment payé d’avance, ne les abandonne pas en plein désert. Une fois arrivé au Maroc il a terriblement souffert du racisme des marocains, du manque de travail, de la faim. De petits boulots en combines, il a fini par se faire attraper par la police marocaine, a passé 20 jours en prison, puis a menti prétendant être originaire du Niger pour ne pas être bêtement réexpédié au Mali. Il s’était fait le serment de ne pas donner de nouvelles à sa famille avant d’avoir réussi à pénétrer en Europe. A nouveau au Niger, petits boulots, il faut apprendre le langage du pays… Finalement il tente sa chance en allant vers le sud, en Côte d’Ivoire, et se retrouve au cœur du conflit. Les rebelles le poussent à s’engager auprès d’eux, car il est jeune et sera bien payé. Pas fou, Nouh refuse, et après trois ans de galère, s’en retourne finalement dans son village, se jurant de ne plus jamais essayer de quitter son pays ! Il conseille la même chose aux jeunes qu’il croise autour de lui.



Son histoire nous a vraiment impressionné par la détermination dont il a fait preuve et les risques qu’il a pris pour y arriver à tout prix ! Quand on dit que les immigrés sont les plus tenaces et les plus courageux… la preuve est là ! Finalement il s’en sort aujourd’hui au Mali avec son job de guide touristique occasionnel.


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