mercredi 28 novembre 2007

El Cañon del Colca



Nous partons donc d’Arequipa pour un trek de trois jours dans ce fameux cañon. La grosse différence avec le trek de Santa Cruz est que nous pourrons dormir et nous restaurer dans des hospedaje dans les villages sur le chemin, ce qui permet de ne presque rien porter… Les treks comme les dada les aiment ! La prudence nous oblige tout de même à emporter, outre les duvets et les tapis de sol, mille petites douceurs pour améliorer l’ordinaire.

Les cinq heures de bus nécessaires pour parvenir au Cañon sont avalées comme si de rien n’était (cinq heures de bus ? c’est à côté ici !). La route est magnifique car nous longeons sur la dernière portion le cañon naissant, et les terrasses qui sculptent la montagne et la vallée.

Déjeuner express à Cabanaconde (3 500 m d’altitude), nous nous faisons expliquer par le serveur comment rejoindre le sentier. C’est le moment de vérité : avons-nous bien fait ou non de ne pas prendre de guide pour ce trek ? Nous nous perdons dès les premières minutes, mais un gentil péruvien nous réoriente. Nous demandons uns troisième explication à une charmante dame, puis une quatrième à un gamin tant les instructions des uns et des autres sont précises et ressemblantes… Nous suivons un sentier censé nous amener au départ du chemin qui conduit à San Juan, notre première étape. Stupeur, le sentier al frente (tout droit) que nous sommes censés emprunter est terriblement à pic et semble plutôt adapté pour les animaux. Il se perd dans la montagne assez rapidement, et semble mener à un goulet étroit. Bref, nous avons le sentiment que si nous posons le pied dessus nous allons nous rompre le cou !

Notre instinct de conservation nous pousse à héler d’autres péruviens pour nous faire préciser pour la 5e fois le chemin ! Cette fois c’est la bonne, nous trouvons enfin le camino beaucoup plus engageant et bien dessiné. Toutes ces hésitations nous ont fait perdre une précieuse demi-heure, il est déjà 15h45, la nuit tombe à 18h et nous avons normalement entre deux et trois heures de descente (1100 m de dénivelé, presque quatre fois la tour Eiffel mais sans les marches et avec les pierres en plus … !). Après une descente rapide et éprouvante presque sans pause, véritable course contre la montre (prudente néanmoins), nous parvenons au pont suspendu qui traverse le Rio au fond du cañon. Ouf, la nuit tombe ! Il reste une demi-heure de montée jusqu’à San Juan, mais heureusement une jeune fille dont les parents tiennent une hospedaje nous a attendu et nous conduit chez elle. Chambre proprette et charmante dans une maisonnette au toit de chaume, le tout sans électricité. Nous nous éclairons donc à la bougie, douche comprise. C’est trop rigolo, même à 22 ans !

Le lendemain départ peu matinal (presque 10h), le temps est superbe et il fait déjà chaud ! Nous montons vers Tapay, petit détour qui permet de découvrir un village plus reculé. Aucune route ne le dessert, le seul accès est par le sentier du cañon, les denrées non produites sur place sont apportées à dos d’âne de Cabanaconde… Normalement il ne pleut jamais dans ce Cañon, mais nous jouissons aujourd’hui d’une chance particulière, et nous faisons sérieusement saucer. Nous arrivons trempés et transis dans le restaurant conseillé par nos hôtes de la veille. La vue censée être magnifique est bouchée par d’énormes nuages… Pas de chance !

Le repas devrait nous remonter heureusement. Après le traditionnel maté de coca pour nous réchauffer, notre hôtesse, en superbe tenue traditionnelle, nous sert une sopa de corazon de vaca, une soupe au cœur de vache, plat traditionnel du coin. D’habitude, les péruviens font de très bonnes soupes, que Guillaume apprécie moyennement mais je les adore. Cette soupe là est mal passée pour les deux. Le cœur de vache bouillie a une consistance caoutchouteuse désagréable, en plus du malaise provoqué par l’idée même de manger du cœur. Le goût n’est vraiment pas terrible mais assez prononcé… Bref, cette mixture nous donne des nausées pour tout l’après-midi !

Le ragoût de mauvais morceaux d’alpaca servi par la suite vient compléter ce repas de rêve.

Nous essayons, en vain, de faire passer le goût à l’aide d’un sachet entier de chouchous, mais peine perdue ! Lors de cette néanmoins très sympathique pause déjeuner nous rencontrons trois policiers péruviens de l’unité recherche et secours en haute montagne à la recherche d’un touriste disparu depuis 15 jours… Cela nous fait un peu froid dans le dos, mais nos hôtes nous offrent un coup de Pisco (le marc de raisin pur cette fois) pour nous remettre ! Nous n’avons pas osé goûté la chicha, bière de maïs artisanale, dont la fermentation commence grâce à la mastication des grains de maïs…

La pluie s’est heureusement calmée, et nous reprenons une marche agréable pour descendre à nouveau au fond du cañon vers « L’Oasis ». En chemin, nous croisons Panchito qui redescend avec ses mules vers son village, et nous faisons route avec lui pendant 20 passionnantes minutes. Il nous raconte un peu son boulot, ses cinq enfants qui coûtent cher à éduquer, nous interroge sur la France, nos fromages, notre mariage, etc. Très jovial et intéressant, il nous montre aussi quelques plantes du cañon, des cochenilles sur des cactus , et un poison très dangereux. Comme tout bon sud-américain, il ne parle évidemment qu’à Guillaume. Je suis une sorte de figurante passive devant laquelle on peut parler de tout, même de ce qui me concerne, comme si je n’étais pas là. C’est désagréable, mais il faut faire avec… ! Apprenant que nous sommes jeunes mariés, il n’hésite pas à demander à Guillaume en riant grassement « comment ça se passe avec ta femme », ou s’il me bat ou me traite gentiment !

Le soir nous arrivons à l’Oasis, appelé ainsi car trois sources créent de magnifiques cascades qui se jettent dans le Rio.

Des sources thermales (à 25°) remplissent les piscines des campements de ce lieu hautement touristique, et nous nous jetons sans hésiter dans la nôtre.

Notre charmant bungalow de bambous laisse malheureusement passer pas mal d’air froid, et la porte ne ferme pas. Edith se fait de petites frayeurs dues aux bruits dans la nuit… Nuit pas top !

Nous nous réveillons un peu plus tôt pour éviter la chaleur, et partons à 7h30 pour l’ascension des 1100m de dénivelé du Cañon… Il y en a normalement pour 3 ou 4 heures. Nous mettons trois heures et demie à monter la pente ardue. Les vues sont époustouflantes, et les à pic qui bordent le chemin également. Heureusement, Guillaume n’a pas le vertige pour des raisons inexpliquées ! Les photos ne rendent pas du tout la profondeur vertigineuse du Cañon.

Arrivés fatigués et très fiers à Cabanaconde, nous repartons presque illico pour Arequipa afin de profiter d’une dernière soirée dans cette jolie ville.

Trois jours géniaux, décidemment la marche a du bon et permet de sortir quelque peu des sentiers battus. Nous nous y remettrons dès que possible !


Aucun commentaire: