lundi 25 août 2008

Un peu d'Histoire

Histoire ancienne

Les premières traces de présence humaine en Afrique du Sud remontent à trois millions d’années. Mais les premiers habitants connus avec certitude sont la tribu des San, chasseurs-cueilleurs vers -25 000 ans. Certains d’entre eux migrèrent peu à peu vers le sud jusqu’à la côte pour devenir des bergers semi-nomades, les Khoekhoen, il y a 2500 ans. Ils furent rejoins à ce moment là par les Bantu issus du delta du Niger qui étaient des cultivateurs et travaillaient le fer.

Les premiers Européens

En 1487, Bartolomeu Dias, explorateur Portugais à la recherche d’une nouvelle route des épices vers les Indes double le Cap de Bonne Espérance (c’est lui qui l’a baptisé ainsi).

En 1498, Vasco de Gama poursuit la route jusqu’aux Indes avec succès. Mais lses Portugais s’intéressent plus au Mozambique qu’à l’Afrique du sud.

Les Hollandais aussi empruntent cette route commerciale, et en 1652, la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales décide d’établir un comptoir au Cap pour ravitailler les bateaux en chemin.

Les relations même commerciales avec les indigènes Khoekhoen étant très médiocres, les hollandais autorisent des fermiers blancs à s’installer pour produire eux-mêmes de quoi ravitailler les bateaux. Ces Burghers calvinistes sont pour la plupart d’origine hollandaise ou allemande et sont rejoints ensuite par des Huguenots Français fuyant les persécutions.

Les hollandais importent des esclaves d’Indonésie et de Madagascar, et les métissages entre blancs, esclaves étrangers et locaux Khoekhoen forment la base de la population « coloured » de l’Afrique du sud actuelle.

Peu à peu certains burghers pionniers (les Boers) s’enfoncent vers l’intérieur des terres, repoussant plus loin les Khoekhoen, et adoptant un mode de vie de pasteurs semi-nomades. Les familles se déplacent dans des chariots, et possèdent une tente et une Bible en plus de leur troupeau. Ce mode de vie isolé a forgé des gens aventureux, indépendants et souvent obscurantistes, leur seule source de savoir étant la Bible.

Les Anglais


Au XVIIIIe siècle alors que la puissance commerciale hollandaise décline, les Anglais s’emparent du Cap pour contrer les velléités Françaises. En 1814 ils proclament leur souveraineté sur la région. La nouvelle colonie qui les attend est basée sur une sévère hiérarchie entre blancs et noirs, le pouvoir au Cap est détenu par une petite élite tandis que le reste du pays est peuplé de bergers blancs ou noirs.

En 1820, 5000 colons anglais sont envoyés dans la nouvelle colonie, la plupart commerçants. Ils s’installent principalement dans les villes pour reprendre leurs activités.

Désormais une double culture blanche coexiste : les Boers peu éduqués sont pasteurs et fermiers dans les campagnes, tandis que la politique et le commerce sont largement aux mains dans Anglais urbains.

Les Boers calvinistes croient à la prédestination et ont le sentiment d’être un peuple élu par Dieu pour civiliser les noirs inférieurs. L’abolition de l’esclavage par les Anglais en 1833 va à l’encontre de leurs croyances et creuse encore le fossé entre les deux groupes de blancs.

Le Difaqane

A la même époque, (vers 1816) un puissant chef Zoulou prend le pouvoir dans la région Zoulou à l’est du pays et sème la terreur dans toute l’Afrique du Sud, tuant et réduisant en esclavage les populations noires. Cette triste période d’oppression est connue sous le nom de difaqane (migration forcée) dans un des dialectes africain du pays et a profondément déstabilisé les communautés noires.

Différends anglo-boer

A partir de 1836, des groupes de Boers de plus en plus mécontents des décisions anglaises partent pour une longue marche vers l’intérieur du pays à la recherche d’une plus grande indépendance. Ils rencontrent peu de résistance de la part des populations noires largement traumatisées et désorganisées par le récent difaqane. Les Zoulou sont les seuls à opposer une vraie résistance qui culmine lors de la guerre de 1838 à Ncome River. Le carnage aurait fait virer l’eau de la rivière au rouge.

Les Boers victorieux peuvent enfin établir la république dont ils rêvent, mais ils déchantent vite lorsque les anglais annexent la région en 1843. Certains Boers poursuivent la migration toujours plus loin vers le nord, tandis que les Anglais importent des milliers d’esclaves indiens pour travailler dans les plantations de canne à sucre de la nouvelle région. De 1860 au début du XXe siècle, plus de 150 000 Indiens seront déplacés dans la région, constituant la plus importante communauté indienne à l’étranger.

Finalement les Boers installent leur république dans la région autour de l’actuelle Johannesburg. Mais la découverte de diamants dans la région en 1869 conduit à des affrontements avec des tribus voisines. Pour régler le conflit, les Anglais annexent tout simplement les mines de diamant. La frustration Boer ne fait que s’accroître un peu plus envers les dirigeants Anglais.

Et en 1880 la première guerre anglo-boer éclate. Les Boers vainqueurs proclament l’indépendance de leur République désormais appelée ZAR (République Sud-africaine). Paul Kruger, un des leaders du mouvement, devient le premier président.

De nouvelles découvertes de diamants dans la région de Johannesburg font affluer les migrants, blancs ou noirs, dans la République Sud Africaine. Les Boers se retrouvent en minorité chez eux, et certains sont frustrés de voir des noirs s’enrichirent alors qu’eux-mêmes vivent assez pauvrement.

En 1899, les Anglais demandent le droit de vote dans la ZAR pour 60 000 étrangers blancs. Kruger refuse, et la deuxième guerre anglo-boer éclate. Mieux préparés, les Anglais triomphent, et les républiques Boer reconnaissent la souveraineté anglaise en 1902 avec le Traité de Vereeniging.

La paix est cependant fragile. Les Anglais se consacrent à la reconstruction du pays, notamment le secteur minier. Les Boers affirment leur identité et leur langue, l’afrikaans, devient un symbole de leur unité. Des organisations nationalistes voient le jour.

Les noirs et les coloured (=métisses, ni noirs ni blancs ni asiatiques) sont complètement marginalisés, les taxes sont lourdes, et les anglais font venir des milliers de chinois pour éviter tout problème. Les Zoulous se soulèvent en 1906 pour protester mais la rébellion est écrasée.

Naissance d’un régime raciste

Les anglais poursuivent leur œuvre d’unification des différentes régions par l’Acte d’Union en 1910 qui réunit toutes les provinces dans une sorte de fédération. Les Boers conservent une certaine autonomie dans leurs régions, les Anglais en administrent d’autres directement. Le droit de vote reste un privilège de blancs malgré des campagnes de protestation des noirs et des coloured. Les noirs qui représente 75% de la population se sentent trahis par les Anglais qui leur avaient promis lors de la guerre de les libérer de l’esclavage des Boers.

Deux partis dominent la vie politique :

Le SAP avec une ligne pro anglaise et pour l’unité des blancs

Le NP qui soutient les intérêts afrikaners et prône un développement séparé pour afrikaners, anglais et noirs et l’indépendance pour les régions afrikaners.

Des lois discriminatoires sont votées interdisant la grève et les travaux qualifiés aux noirs.

En 1913 le Natives Land Act réserve 8% du territoire pour les noirs, le reste pour les blancs.

Les noirs ne sont pas autorisés à acheter ou seulement louer des terres hors de ces territoires réservés et sont contraints de se tasser dans des réserves ou des villes toujours plus pauvres et peuplées.

Peu à peu les noirs s’organisent pour défendre leurs intérêts : en 1923 le African National Congress (ANC) est crée.

Gandhi entame ses campagnes de désobéissance civile à la même époque.

En 1924 le NP dirigé par Herzog arrive au pouvoir. L’Afrikaans remplace le Hollandais comme langue officielle aux côtés de l’Anglais. La « menace noire » est le thème de campagne principal en 1929.

Le nationalisme afrikaner ne cesse de se développer après la 2e guerre mondiale, une confrérie secrète défendant la culture afrikaner et d’autres organisations en plus du parti NP prennent de plus en plus de poids dans le pays.

Pendant ce temps la population noire explose, d’immenses bidonvilles se constituent aux portes des grandes villes, alors que le nombre de noirs travaillant dans le secteur des mines et de l’industrie manufacturière augmente.

L’Apartheid institutionnalisé

En 1948 le parti NP fait campagne sur le thème de l’apartheid, ou ségrégation (fait d’être séparés).

Sous Malan, l’apartheid est institutionnalisé :

les mariages mixtes sont proscrits

les rapports sexuels interraciaux illégaux

chacun est classé selon sa couleur de peau (blancs, noirs, coloured, asiatiques) en fonction de laquelle découlent des droits, des devoirs et des lois différents

Le Group Area Act de 1950 bannit les noirs des centres-villes ; ceux-ci sont relégués dans les townships.

Le Separate Amenities Act crée notamment des plages, des hôpitaux, des écoles, des bus et même des bancs publics différents.

Les lois racistes passées sont peu à peu renforcées, les noirs et les coloured sont obligés d’avoir leurs cartes d’identité toujours sur eux, ils ne peuvent pas séjourner dans les villes sans permis spécial, les enfants doivent rester à la campagne et les couples ne peuvent pas vivre ensembles à un endroit si seulement l’un des deux y a du travail.

Résistance et activisme

Devant ces évolutions, l’ANC entre en action pour la première fois en 1949 sous la forme de grèves, de manifestations et de campagnes de désobéissance civile. Dans les années cinquante, la lutte continue et l’ANC adopte une Charte de la Liberté, pour un pays multiracial et démocratique.

En 1959 une partie des membres déçus de l’ANC crée le Pan African Congress (PAC), mouvement à la ligne pus dure. Alors que celui-ci organise une manifestation le 20 mars 1960, la police tire sur la foule. Bilan : 67 morts et 186 blessés, la plupart ont reçu une balle dans le dos.

Cette évènement fait basculer l’opinion de beaucoup d’observateurs locaux et internationaux qui ne se font plus d’illusions sur la nature du régime blanc.

Suite à cet événement, des manifestations et de nouvelles grèves reprennent de plus belle dans le pays.

Verwoerd, premier ministre de l’époque surnommé pour son racisme forcené « l’architecte de l’apartheid » déclare l’état d’urgence et fait arrêter plus de 18 000 manifestants, dont presque tous les dirigeant de l’ANC et du PAC. Les deux organisations sont interdites.

Elles poursuivent la lutte à coup de sabotages par le bras armé de leurs organisations.

En 1963,17 dirigeants de l’ANC sont arrêtés et jugés dont Mandela, condamné à la prison à vie. Oliver Tambo réussit à s’exiler et poursuit la lutte de l’ANC depuis l’étranger.

Les années noires

Une fois la plupart des leaders de la résistance noire sous les verrous, l’Afrique du Sud connaît ses années les plus noires. Les lois de séparation sont encore aggravées, les homelands sont crées (sortes de réserves desquelles les noirs n’avaient pas le droit de sortir sans permis spécial, sous dimensionnées et trop peuplées, sans aucune infrastructures ni travail possible).

Pendant les années 70, la contestation noire connaît un regain de vigueur, d’abord avec les syndicats qui organisent des grèves, puis l’Organisation des Etudiants Sud-africains emmenés par Biko, étudiant en médecine. Lors d’une manifestation, les policiers tirent sur la foule entraînant des troubles de plusieurs mois (1000 morts en 12 mois).

En 1977, Biko est arrêté et battu à mort par des policiers.

Toute une génération de jeunes noirs révoltés, de plus en plus politisés, sont déterminés à en finir avec le régime.

L’Afrique du Sud assiégée

En 1980, l’Afrique du sud est de plus en plus isolée et subit des sanctions internationales qui coupent sa population blanche du reste du monde. Une mentalité de siège se développe parmi les blancs qui se sentent menacés à l’intérieur et à l’extérieur du pays, allant même jusqu’à développer des engins nucléaires. Ils ont le sentiment que le pays est menacé par le communisme, l’athéisme et l’anarchie noire.

La répression policière et même militaire à l’intérieur du pays est de plus en plus brutale et justifiée par cette sensation de siège. Beaucoup de blancs réalisent bien qu’une guerre civile contre les noirs ne peut pas être gagnée, mais ils préfèrent encore la répression au renoncement que constitueraient des réformes politiques.

De 1978 à 1988 l’Afrique du Sud entre en guerre avec presque tous ses voisins successivement, traumatisant une génération de jeunes blancs.

Les Blancs ne représentent plus dans les années 1980 que 16% de la population, et le Premier Ministre Botha, sentant bien que les réformes sont inévitables, invite les Sud-africains blancs à « s’adapter ou mourir ». Mais ses réformes n’iront pas bien loin, l’instabilité s’accroît. Des groupes néo-nazis d’Afrikaners se constituent alors qu’un nouveau parti blanc se crée réclamant l’abolition de l’apartheid.

Les sanctions internationales s’accroissent, le rand s’effondre, et l’agitation oblige le premier ministre à déclarer l’état d’urgence en 1985 (il durera cinq ans). Les médias sont censurés, et des dizaines de milliers de personnes sont emprisonnées sans procès, certaines torturées.

C’est à cette époque également que le Sida commence à se propager à une vitesse folle dans le pays, notamment à cause des conditions de travail dans les mines (les mineurs passaient plusieurs mois de suite loin de leurs familles). Aujourd’hui 4, 5 millions de personnes sont atteintes du sida (pays le plus touché au monde par l’épidémie), c’est la première cause de mortalité.

En 1989 Botha est finalement remplacé par De Klerk. Celui-ci légalise l’ANC et supprime les lois discriminatoires et la censure médiatique. Les prisonniers politiques, dont Mandela après 27 ans de prison, sont libérés.

En 1990 et 1991, tout l’appareil légal de l’apartheid est mis à bas, et lors d’un dernier vote pour blancs seulement, ceux-ci donnent au gouvernement l’autorisation de négocier une nouvelle constitution avec l’ANC et d’autres groupes politiques.

Reconstruction

Après des mois de négociation au sein de la Convention pour une Afrique du Sud démocratique, les différents groupes parviennent à un compromis et une date pour des élections. Mais pendant ce temps, la violence politique fait rage dans tout le pays. Le bilan humain est terrible, et on pense que des politiciens haut- placés ainsi que des militaires et des

policiers auraient lancé et entretenu ces violences.

En 1993 une Constitution est finalement publiée garantissant les droits fondamentaux de tous et interdisant explicitement les discriminations quelles qu’elles soient.

En 1994 les élections ont finalement lieu dans le calme, le nouveau drapeau arc en ciel et un nouvel hymne national sont les symboles de l’Afrique du sud moderne.

Mandela et De Klerk reçoivent le Prix Nobel de la Paix.

L’ANC remporte les élections largement.

Une Commission Vérité et Réconciliation sert de catharsis aux communautés victimes de l’apartheid de 1994 à 1999. Les victimes racontent leurs histoires et les coupables confessent leurs crimes ; l’amnistie est promise à tous ceux qui s’y soumettent honnêtement. Ceux qui choisissent de ne pas comparaître devant la commission peuvent être poursuivis et condamnés si leur culpabilité est prouvée.

Mbeki est président depuis 1999 et prendra sa retraite en 2009. Les problèmes d’inégalités économiques (parmi les pires au monde), d’éducation, d’insécurité et le Sida sont les principaux défis à venir pour l’Afrique du sud et ils ne sont pas des moindres.


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