Le lendemain, agressés par les guides, vendeurs de bijoux, et autres quémandeurs, nous fuyons vers le quartier des artisans. Nous rentrons par hasard dans la boutique d’un bijoutier fabricant.
Adama nous séduit tout de suite. Il nous laisse regarder ses colliers sans avoir l’air de vouloir nous vendre quelque chose à tout prix. Luxe extrême, il nous laisse tranquillement admirer ses créations, sans nous coller et nous pousser à l’achat !
Nous entamons la conversation sur les matières utilisées, les différents alliages de métaux, et de vieux souvenirs de cours de chimie nous reviennent par bribes au fur et à mesure qu’il nous explique son métier. Ravi de l’intérêt que nous portons à son savoir–faire, il propose de nous emmener voir une amie qui fabrique les perles en argile qu’il monte ensuite en colliers.
Après une heure de conversation passionnante avec ce guinéen très éduqué et parlant remarquablement français, nous avons très envie de lui acheter quelque chose pour lui faire plaisir. Je finis par me décider pour un modèle de collier, et lui commande le même pour le lendemain, avec un pendentif un peu moins gros. Il n’y voit aucun inconvénient, et nous invite à revenir le soir pour discuter encore.
A l’heure dite, nous avons un peu la flemme, mais sortons de l’hôtel pour aller le retrouver. Il arrive à l’instant avec un ami en moto pour nous chercher… Je teste ainsi pour la première fois les fameuses motos chinoises que tout le monde possède ! En arrivant, nous prenons le thé, puis il nous invite à venir chez lui pour le dîner.
Ses enfants sont trop mignons, ont l’air en excellente santé et heureux de vivre. Ils nous font craquer, et sont surexcités et fiers comme Artaban d’avoir des toubabs chez eux ! Nous suscitons des fous rires et des danses de joie des plus petits lorsque nous sortons notre appareil photo et les prenons avec le flash. D’autres gadgets les amusent : Ti’Marsu devient une star, et la lampe frontale de Guillaume décroche la palme ! Nous dînons de bouillie de manioc au poisson, très bon, avec Adama, seuls avec lui sur la terrasse. Ses enfants et sa femme nous servent, comme c’est la coutume. C’est toujours très bizarre pour moi de ne dîner qu’avec des hommes, et de voir la place de la femme ici… Vive la France !!
Après une super soirée, nous rentrons chez nous ravis de cette nouvelle amitié. Il faut dire aussi que chacun y trouve son intérêt évidemment, c’est bien normal ! Nous découvrons les traditions du pays, et Adama suit avec attention nos cours accélérés de commerce mêlés de marketing et d’économie… Il est ambitieux et intelligent, et nous tentons de le conseiller un peu pour développer son magasin. Nous écrivons au Petit Futé pour chanter ses louanges, espérant qu’il apparaisse dans la prochaine édition. Ce serait pour lui de la pub gratuite, et une bonne chance de développer une importante clientèle de toubabs. Il cherche à avoir des contacts avec des magasins français afin d’exporter ses créations. Nous le poussons dans cette voie qui paraît rentable.
Le soir nous « prêchons la bonne parole » à un ami d’Adama, tailleur de métier, qui attaque tout de go : « pourquoi vous ne donnez pas plus de visas pour la France ? ». Nous tentons de lui expliquer la position de la France, et de le convaincre qu’en se donnant du mal ici, il pourra bien mieux faire vivre sa famille qu’en tentant sa chance en France, où il ne pourrait pas trouver d’emploi qualifié. Il est bien moins volontaire qu’Adama, et nous demande tout simplement de le recommander et de l’inviter chez nous afin qu’il obtienne plus facilement un visa (nous le connaissons depuis 15min !), et ensuite de lui payer une nouvelle machine à coudre grâce à laquelle il pourrait mieux gagner sa vie… ! Nous lui conseillons d’économiser chaque mois pour se la payer, et tentons de lui expliquer que certes, les salaires en France sont très élevés, mais que le coût de la vie n’a rien à voir !! Cela vous paraît peut-être évident, mais d’autres conversations du même type nous montrent que les Maliens ne réalisent pas du tout cet écart. Ils ne croient pas plus à l’existence du chômage en France. Nos politiques devraient financer de larges campagnes de pub sur ORTM pour informer un peu les Maliens de tout cela !
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