lundi 29 octobre 2007

La condition des femmes



Ces quelques heures de marche et d’observation sont l’occasion de discuter avec Nouh, assez bavard, avec qui nous débattons sur la condition des femmes africaines. On dit souvent que « la femme africaine porte l’Afrique sur son dos ». Les hommes semblent en effet passer leurs journées à discuter sous les Togunas (abris à palabre, dont le toit est très bas pour rappeler à celui qui s’énerve et se lève que c’est un lieu de discussion), à boire du thé, et à dormir.

Ce sont néanmoins eux qui récoltent le mil dans les champs. Nous n’avons jamais croisé une femme assise et encore moins allongée ! Elles pilent le mil du matin au soir, c’est le pire et le plus bête esclavage du monde. Elles y passent leur vie semble-t-il. Mais il faut également aller chercher du bois, de l’eau, aller au marché si c’est le jour, s’occuper des enfants, préparer le mil une fois celui-ci pilé, travailler dans les plantations de maraîchage si elles en ont.

(Les femmes africaines n'aiment pas du tout qu'on les prenne en photo...)


Nouh nous explique pourtant que les hommes travaillent autant si ce n’est plus (oui il a dit plus) que les femmes, qui ont pour seule tâche de faire la cuisine. L’homme est chargé de trouver les moyens de nourrir sa famille, et tout ce qu’il gagne revient à sa famille. La femme, si elle tire quelques revenus de ses ventes au marché, peut conserver son argent. Car évidemment ils sont en séparation de biens TOTAL. Rien n’est commun. Le mari donne tous les jours à sa femme la mesure de mil nécessaire pour la journée.

En fait les tâches sont très clairement réparties entre hommes et femmes, et il est hors de question de changer. Les hommes cultivent le mil (cela dure trois mois par an, et les femmes participent aussi), et refont les maisons en banco (une fois par an). Dans certaines régions, ils font parfois du maraîchage, mais en pays Dogon ce sont seulement les femmes. Le reste ce sont les femmes. En plus des tâches citées ci-dessus, elles cultivent l’arachide si elles le peuvent, les haricots (mais aussi les hommes). Ce sont les hommes qui s’occupent des filets et pêchent.

Bref, ce qui est sûr c’est que les femmes sont associées à toutes les tâches répétitives, mais les hommes ne touchent qu’à certaines, limitées dans le temps, et qui demandent un gros effort physique ou un savoir-faire particulier (chasse, forgerons, tailleurs…)

Notons que dans les villes la répartition est beaucoup plus égale, les hommes bossent énormément pour assurer la vie de leurs familles.

Un autre guide croisé sue le chemin, nous explique les rapports au sein du « couple » : ils sont de toute façon polygames… Il est bon d’avoir plusieurs femmes, cela fait de la main d’œuvre pour le mari. Certes il faut régler les disputes, mais « chacune a sa nuit tu sais, ça fonctionne très bien » nous dit le guide. Il nous dit respecter chaque femme comme sa propre mère. Les Maliens ont vraiment un amour et un respect immense pour leurs mères. « Je ne frappe jamais ma femme, mais si elle me manque de respect, je la balaye avec mon pied et elle tombe par terre. Si elle m’énerve beaucoup, je prend toutes ses affaires, je les jette devant la porte et je lui dit : Sors de chez moi ! »

Il est très choqué par nos relations occidentales, disant que chez nous ce sont les femmes qui dominent. La preuve, les femmes donnent des claques à leurs maris (il a dû regarder trop de feuilletons américain). Si sa femme lui donnait une claque, il perdrait sa « dignité d’homme ». Guillaume lui explique que chez nous, quand on frappe une femme on perd sa dignité… Il n’en revient pas !

Une ancienne pratique nous a été relatée par notre guide Nouh (ancienne… il a 30 ans et y a participé étant jeune). Les jeunes garçons, s’ils tombent amoureux d’une fille du village voisin réunissent leurs amis pour organiser son enlèvement. Ils la ramènent dans leur propre village, et le lendemain des négociations entre les parents s’engagent afin de célébrer le mariage. « Parfois la fille ne veut pas et donc il faut tout le temps la garder, il y a toujours quelqu’un avec elle pour l’empêcher de fuir. Parfois, elles se marient, et au bout de deux ans, une fois la surveillance relâchée elles s’enfuient ».

Cette pratique n’est pas possible si la fille, sans le savoir, a été fiancée dès sa naissance à un proche.

1 commentaire:

naima a dit…

coucou les ptis loup,

je suis régulièrement vos aventures et suis ravie de voir que tout se passe bien. Je pense souvent à vous et si vous regrettez le confort d'ici je vous assure qu'en vous lisant je vous envie.

Quand à la condition de la femme, heuresement que je n'étais pas présente je n'aurai pas aussi bien géré que vous . Lol tu connais mon calme légendaire sur ce sujet edith !!!

plein de bisous . Naima