- Vous êtes français ? Trop génial, ça fait longtemps qu’on n’en a pas vu !
- Ah bon ? Vous faites quoi ?
- En fait, moi et mon frangin, on fait le tour du monde, on a déjà passé un mois au Sénégal et on est arrivés il y a trois jours au Mali.
- Le tour du monde ? C’est marrant ça, parce que nous aussi…
Rencontre sympa, surtout que ce soir c’est la demi-finale de rugby. Nous leur proposons aussitôt de venir regarder le match chez Léopold et Emma.
Le lendemain, nous nous retrouvons tous les quatre dans la gare de bus Somatra pour un départ en direction de Djenné, LA ville Malienne à voir, classée au patrimoine mondial de l’humanité (certes il y a des centaines de trucs classés ne cesse de me répéter
Nous faisons plus ample connaissance avec Laurent et Fredo au cours de ce trajet. Ils nous racontent leurs aventures au Sénégal auprès des Baïfals, des « mecs trop cools, trop gentils, le cœur sur la main, qui vivent en communauté, et donnent leur vie pour leur marabout auxquels ils vouent une admiration sans borne ». Leur marabout est un quasi-dieu d’après ce qu’ils nous racontent, « ils seraient capables de faire n’importe quoi pour lui s’il le demandait, mais rassure toi ils sont plutôt pacifistes, très cools, fument un peu… »
Peut-être n’aurions nous pas passé autant de temps auprès des Baïfals, mais c’est un grand plaisir de pouvoir discuter avec Laurent et Fredéric de l’organisation du tour du monde, de nos envies, nos attentes, nos peurs, nos coups de blues, nos trajets respectifs, etc… Après avoir bien sympathisé lors du trajet, nous décidons d’aller dans le même hôtel. Coup classique : les prix sont 30% plus chers que ceux annoncés par le Petit Futé… On s’y attendait, mais c’est notre premier hôtel depuis le départ ! Il faut se réhabituer à la routine du voyage : négocier, s’installer pour une seule nuit, profiter des douches communes, et parfois de l’odeur du trou servant de cabinet dans la même pièce. Séparé d’une cloison, on a son intimité quand même ! C’est un peu dur pour nous de nous remettre en mode « baroudeurs », et nous avons une petite chute de moral en pensant qu’un an est bien long…
Cependant, les humeurs changent vite en voyage, et après une bonne douche, une bière et un bon plat de pâtes, tout va mieux ! Enfin, presque. Nous découvrons à Djenné le Mali touristique au tout début de la haute saison (novembre-décembre). Les touristes sont donc rares, et Djenné, ville la plus touristique du pays, est gangrenée par celui-ci.
Deux philosophies sommaires se conjuguent
Toubab = riche = je-dois-le-harceler-jusqu’à-ce-que-le-toubab-me-donne-un-cadeau-ou-de-l’argent. Voilà pour les gamins.
Concernant les guides touristiques, qui pullulent, l’équation serait plutôt la suivante :
Toubab = riche = je-dois-l’arnaquer-le-plus-possible,-d’autant-qu’il-n’a-aucune-idée-des-prix-du-pays… Notez que dans tous les cas nous sommes riches.
Ce soir là nous avons pris une petite revanche. Un guide censé être Dogon (allez savoir !) nous propose une excursion de 4 jours dans le pays du même nom pour 22 500 FCFA (=35€) par jour et par personne… Malheureusement, voyageurs à petits budgets et étudiants en école de commerce, nous nous sommes quelque peu renseignés sur les prix, salaires et conditions économiques du pays. Un seul chiffre suffit : le salaire moyen mensuel au Mali est de 40 000 FCFA ! Nous congédions notre « guide » après lui avoir démontré par A+B l’absurdité de son prix. Il est furieux ! Il a perdu la confiance de la moitié des toubabous de la ville en une seule fois.
Le lendemain, visite de Djenné en compagnie d’un guide plus sympathique que compétent. Laurent et Frédéric sont emballés par les constructions en banco, les ruelles plus étroites qu’à Venise. Il est vrai que Djenné est une ville de caractère.
Les vues des terrasses de ces maisons sont assez incroyables : maisons en terre tout autour, rizières et fleuve qui entourent la ville, pirogues et pêcheurs… Djenné est une ville exceptionnelle par son mode de construction : toutes les maisons sont entièrement en banco (terre, paille, beurre de karité et son de mil pour faire coller la pâte… des armatures en bois à l’intérieur des murs assurent la solidité de la maison). Cependant elle reproduit le mode de vie d’un village avec autant d’habitants qu’une ville et sur une surface très restreinte. Tout le monde se connaît et se salue chaleureusement, mais tout le monde jette aussi ses ordures devant chez lui.
Nous sommes relativement choqués par la saleté et l’insalubrité de cette ville, censée récolter la manne touristique du pays… (On y paye une taxe touristique à l’entrée). C’est le Moyen-âge avec des déchets du XXIe siècle : les égouts consistent en des rigoles non bétonnées au milieu des ruelles en terre battues. Il faut marcher un pied de chaque côté, dans des odeurs d’eau croupie insupportables, où les larves des moustiques prolifèrent. Les gamins jouent au bord, fesses nues pour les plus petits. Nous croisons un enfant en pleurs, il vient de tomber dans la rigole. Tous ces « égouts » s’écoulent vers l’extérieur de la ville dans le fleuve où se lavent les enfants. Nous sommes effarés, c’est bien pire que ce que nous avons vu au Burkina et en Inde.
Laurent et Frédo ont leur point de vue : ils nous conseillent de « passer au dessus », disant qu’ils se sont habitués à la crasse et aux déchets depuis un mois. « C’est comme ça ici, c’est leur mode de vie ».
Nous ne le partageons pas vraiment : les conditions d’hygiène adaptées au mode de vie spartiates du à l’habitat en banco n’impliquent pas forcément de vivre au milieu des ordures ; la vie dans les villages nous l’a suffisamment montré. D’ailleurs chacun s’efforce de tenir sa courette propre. Mais ils mettent tout dans la rue faute de système efficace.
4 commentaires:
à mes Toubabous préférés, merci pour ces récis qui éclairent nos journées de taf...
LNpôchou
je sais qu'il y a un "t" à récit...mais je ne sais pas relire mes msg...
LNpôchou
pas grave, on sait que dans le ciment on ne fait pas dans la dentelle...
et pour apporter mon grain de selle, la salete et les egouts c'est la meme chose ici a Kabul, on ne s'y fait pas vraiment mais suffisamment pour vivre l'annee... et moi si,ca me rpelle certains villages indiens.
Laurent
je viens de m'inscrire avec l'aide de Geoffroy et pourrai ainsi plus tard vous écrire
Enregistrer un commentaire