mardi 24 juin 2008

Arrivée en Inde


Depuis Bangkok, nous rejoignons Bombay pour une correspondance le lendemain matin pour Delhi. Nous comptons dormir à l’aéroport.

Très vite, nous sommes fixés sur ce qui nous attend pour le mois et demi à venir. Difficile d’être objectif sur mes souvenirs d’Inde qui datent d’il y a trois ans et de mon premier voyage dans un pays en développement. Outre les nombreux aspects positifs, je m’en souvenais comme d’un pays extrêmement sale, bruyant et pour tout dire assez fatigant. L’arrivée à l’aéroport international de Bombay nous démontre, même après huit mois de voyage, que ces impressions passées étaient assez vraies.


L’aéroport international est dans un état lamentable, tout défraîchi et assez mal organisé. Après de nombreux couloirs, nous passons la douane et nous dirigeons vers ce qui semble être la navette pour l’aéroport domestique. Au bout d’un couloir perdu, nous tombons sur une sorte de guichet qui nous remet un numéro d’attente… Premier contact avec la paperasserie indienne (Deuxième pour être plus précis, l’Inde est aussi un des rares pays à demander un délai minimal de 5 jours pour l’obtention d’un visa depuis l’étranger, le temps d’envoyer un fax en France pour vérifier nos antécédents judiciaires…)

Une bonne vingtaine de personnes attendent comme nous la mystérieuse navette qui arrive tranquillement 45mn plus tard. Pour la rejoindre, il faut longer un égout bordant un bâtiment sale et noir, sous la pluie. Le chauffeur demande l’aide d’un passager pour ouvrir la porte du bus, bloquée ce jour là.

Rien de bien grave, vous nous direz, mais les aéroports constituent pour nombre de pays en développement des vitrines de leurs récents succès. Le géant indien n’en a cure.

L’aéroport domestique, tout neuf, équilibre un peu l’impression. Nous nous rendons cependant rapidement compte que l’énorme poubelle au milieu du terminal est en fait un seau destiné à recevoir l’eau de pluie infiltrée dans les plafonds. Un garde nous bloque l’entrée au terminal, sous prétexte que notre vol est le lendemain. Il veut nous faire poireauter dehors sous la pluie et par 30 degrés. Il est buté, nous changeons de porte et trouvons un bonhomme plus complaisant.

Là encore, rien de bien grave mais un indien buté en vaut deux.

Après une nuit difficile dans l’aéroport, nous retrouvons mon frère Geoffroy et un de ses amis à Delhi. Ils sortent tout juste d’une arnaque classique et prévisible qui leur a coûté leur budget hebdomadaire. Arrivés de nuit à Delhi, ils ont pris un taxi à prix cassé qui les a emmené d’endroits glauques en endroits glauques tout en prétendant que tous les hôtels des guides étaient complets de manière à les faire loger pour un prix exorbitant chez l’un de ses amis…

(Geoffroy et Audren)

Ils se sont relogés dans le quartier bon marché et un peu mal famé de Delhi : Pahar Ganj, tout près de la gare de train.

L’arrivée est donc un peu sportive, la foule grouillante qui nous dévisage avec une insistance et une ostentation unique au monde, les vaches bien sûr, les klaxons assourdissants mais surtout les égouts à ciel ouvert et les urinoirs aux odeurs infectes. La saleté indienne bat largement l’Afrique noire (c’est dire), mais surtout à cause de la densité de population.

La chambre qu’il reste pour nous est envahie de petits cafards, les draps sont infects, et la salle de bains répugnante. Pour parachever le tout, nous avons des voisins indiens, trois hommes dont un ado qui m’espionne dans la douche depuis la sienne. Nous nous faisons déjà dévisager toute la journée, et aspirions à un minimum d’intimité, vocable manifestement inexistant en hindi.

Nous sommes donc plutôt contents, et prévoyons de changer d’hôtel dès le lendemain, après avoir servi de repas à des puces logeant dans notre matelas. Cela nous ne la savions pas encore, sinon nous aurions changé tout de suite !

Pour paraphraser Mollus, un célèbre poète philosophe, l’Inde, ça se prend dans la gueule.

Je (Edith) suis très impressionnée du choc ressenti : même après 8 mois à bourlinguer dans des pays en développement, l’Inde reste largement à part. Je ne m’attendais pas à un pays aussi extrême : bruit excessif, saleté excessive, regards intrusifs excessifs, pauvreté excessive… Tout est excessif dans ce pays.

On m’avait tellement vanté le modèle Indien, ce géant économique sur le point de nous bouffer, avec ses ingénieurs mondialement connus, ses prouesses informatiques, ses conglomérats puissants... Quelle blague, pas de problème, ils ont suffisamment de boulot en interne pour ne pas nous bouffer tout de suite !

Nous partons visiter le vieux Delhi et la mosquée Jama Masjid, la plus grande du pays. La circulation dans la vieille ville est dantesque, et nous sommes quasiment dans le seul rickshaw à moteur, les autres étant cyclistes. Là encore nous sommes assaillis par des odeurs désagréables provenant des ordures qui jonchent le sol. Vraiment, de tous les pays en développement que nous avons traversé, l’Inde est de loin le plus sale, et il est difficile de s’en affranchir, même lorsque l’on contemple les trésors que sa civilisation a produits. Le fort rouge d’Agra par exemple, véritable merveille architecturale, regorge de coins sombres où il ne fait pas bon aventurer son nez.

Nous sommes dans un bazar spécialisé dans l’imprimerie et la vente de livres, les petites échoppes se collent les unes aux autres et nous nous glissons avec curiosité et un brin d’appréhension dans le dédale qui les dessert. Nous sommes l’attraction, peu de touristes doivent s’aventurer au-delà de la rue principale. Un autre aspect de l’Inde. Nulle part ailleurs nous ne nous sommes autant sentis la cible de regards appuyés, insistants, parfois presque gênants. Tant que nous ne sommes pas sortis de leur champ de vision, ils continuent à nous observer, sans agressivité mais avec une constance étonnante. Ils ne voient pas du tout ce que de tels regards ont d’intrusifs dans notre culture. Je (Edith) subis les « matages » les plus scandaleux qui soient. Les voyageuses solitaires suscitent encore plus qu’ailleurs mon admiration : les indiens sont carrément lourds et il est épuisant de subir leurs assauts continuels.

Nous nous réinstallons le lendemain de notre arrivée dans un hôtel au double du prix mais qui a le mérite d’être propre, calme, sans voyeurs et même avec l’air conditionné : nous revivons !

Marcher dans les rues de Delhi est tellement physique (on manque de se faire écraser à chaque pas, de se faire uriner dessus par une vache sacrée, de devenir sourd…) qu’il nous faut avoir au moins un refuge, notre chambre d’hôtel.

Nous partons donc visiter avec Geo et Audren le Fort Rouge de Delhi, joli exemple d’architecture Moghole. Cette construction du XVII est relativement bien conservée, elle utilise le grès rouge et e marbre blanc, matériaux nobles de l’époque. Il reste les traces de superbes jardins moghols avec de nombreuses fontaines, malheureusement peu restaurées. C’est dommage car ces jardins devaient beaucoup ajouter à l’ensemble.

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