Nous retrouvons 3 volontaires autrichiens, dont un séminariste, qui s’occupent du programme garçons des Sœurs Missionnaires de Marie. Nous accompagnons tous Marine dans son emploi du temps hebdomadaire du lundi : animation dans un centre pour enfants handicapés dans le bidonville de Payatas.
Après trois jeepneys grâce auxquelles nous nous enfonçons vers des quartiers toujours moins engageants de la banlieue de Manille, nous arrivons à Payatas au CBR, Community Based Rehabilitation centre. Cette structure s’occupe de plusieurs centaines d’enfants handicapés mentaux ou physiques de milieux défavorisés. Deux fois par semaine, ils passent quelques heures avec leur institutrice à jouer et progresser ensembles dans un programme de pré scolarisation. Le but est de les pousser au maximum de leurs capacités et d’envoyer ceux qui en sont capables à l’école.
Nous passons donc quelques heures à jouer avec eux. Finalement, malgré des apparences physiques parfois étranges ou impressionnantes, ils sont très mignons et actifs, et nous passons ensembles de très bons moments à faire des collages.
Nous leur présentons Ti’Marsu, et celui-ci leur raconte son histoire et leur souhaite bonjour de la part d’enfants en France.
Pour ceux qui ont des difficultés à marcher, des kinésithérapeutes leurs font faire des mouvements et des séances de musculation grâce à des électrodes pour leur muscler les jambes et leur apprendre à marcher.
Les parents sont très impliqués dans ce programme de réhabilitation, et accompagnent leurs enfants chaque jour. Certains sont véritablement un modèle de courage et d’amour. Il est très impressionnant de voir repartir ces gens souriants, portant leurs enfants handicapés physiques, alors que nous savons qu’ils vivent dans le bidonville voisin et ont peu d’espoir ne serait-ce que d’obtenir un jour une chaise roulante.
(Le professeur)
Nous préparons ensuite le repas « Français » pour les parents les plus impliqués, et l’équipe du centre (maîtresse, kinés). Au programme : des spaghettis avec buffet de sauces au choix : thon, crème, pesto, tomate… Un régal ! La sauce tomate a été achetée spécialement pour les Filipinos, il s’agit en fait du fameux Banana Ketchup, leur sauce préférée dans les spaghettis : du ketchup rouge mais fait à base de banane, très sucré et à l’arrière goût de banane. Peu fameux ! Mais les Autrichiens adorent eux aussi. Les Français sont vraiment difficiles !
Pour ceux qui ne connaissent pas l’Asie, sachez qu’ici le riz est sacré. On en mange évidemment trois fois par jour. Ou plutôt 5 fois par jour, les philippins prennent petit-déjeuner, en-cas matinal (vers 9h), déjeuner, merienda et dîner tous les jours où ils le peuvent. Le petit déjeuner est salé ici aussi (nous commençons à comprendre que nous sommes vraiment une exceptions de ce côté-là !), et aussi à base de riz.
Le riz pourrait être comparé au pain chez nous il y a 50 ans ou plus : c’est la base indispensable de l’alimentation. On ne peut s’en passer même pour un repas. Et nos chers Filipinos se servent donc de riz après avoir englouti leur plâtrée de pâtes.
D’ailleurs, Mac Do a adapté ses menus et propose évidemment du riz en accompagnement du burger-frites. Et les menus proposés par les restaurants philippins proposent parfois du riz en tant qu’accompagnement pour des spaghettis !
Après avoir joué avec les enfants et cuisiné pour l’encadrement, nous partons nous enfoncer un peu dans le bidonville. Payatas est un bidonville en restructuration, quelques rares bâtiments sont donc en béton, et elle possède une rue principale goudronnée : celle qui mène à la décharge. Cette ville tire en effet ses maigres revenus de la décharge si voisine que des maisons de tôles et leurs occupants sont régulièrement engloutis par la montagne d’ordures lorsque celle-ci s’effondre. Nous nous efforçons d’effectuer une description sans complaisance de notre demie heure à l’intérieur du bidonville mais la réalité est difficile à accepter.
Le tri des ordures est assez différent de chez nous et ce que les habitants de Payatas peuvent espérer du recyclage est limité. Les poubelles des riches sont d’abord inspectées sur place par des gens vivant le plus souvent dans la rue avant d’être ramassées par le camion poubelle qui se sert au passage et donne à certains de ses amis (contre rétribution) le droit d’inspecter le camion à son arrivée à la décharge. Ce qui reste s’amoncelle sur le décharge et des enfants dont les plus jeunes doivent avoir 8 ans se disputent qui une bouteille de plastique trouée, qui un couvercle de boîte de conserve. Ceux-ci rentrent chez eux après une dure journée de labeur, 3 tôles pour les murs, une pour le toit, rien qui ressemble vraiment à une maison. Et tout cela baigne dans une puanteur difficilement supportable lorsque l’on se rapproche de la décharge et des habitations les plus précaires. Les rues sont alors un champ de boue et d’immondices à travers lesquelles il faut naviguer, mais qu’eux traversent souvent en tongs par habitude. (Là, par respect, on ne prend plus de photos. Les précédentes nous ont déjà demandé un grand effort)
La politique de réhabilitation a cependant permis de couvrir une bonne partie de la décharge avec de la terre, et de la renforcer pour éviter les éboulements, une petite centrale récupère le gaz issu de la fermentation pour produire de l’électricité. (voir photo ci-dessus: la montagne est constituée de déchets et terre mélangés, et le tuyau jaune est la conduite qui récupère les gaz de fermentation).
Dans toutes les grandes rues, il y a des paniers de basket de fortune qui font la joie des enfants (le basket est sport national chez eux) et malgré leur admiration pour les 4 géants que nous sommes (taille moyenne 1,93m), nous ne méritons pas les interrogations que nous suscitons : « Are you a basket-ball team ? » Nous sommes de bien piètres joueurs.
La vie suit son cours à Payatas, les nombreux enfants sourient (lorsqu’ils ne sont pas à la décharge), les petites filles reviennent de l’école dans leur bel uniforme tout propre, il y a des petites échoppes où l’on peut acheter coca, barres de céréales et autres produits de première nécessité, un coiffeur s’est installé, l’excellent cordonnier n’est pas loin, et les habitants semblent heureux de vivre.
(Ces chaussures sont maintenant à mes pieds et en pleine forme)
Bien sûr, nous ne nous y aventurerions pas de nuit et à plus de 500m de la rue principale. Et même en plein jour, à six dont quatre grands gaillards, les regards interrogateurs des habitants créent parfois un léger stress.
Trois à quatre millions des douze millions d’habitants de Manille vivent dans des bidonvilles. (Près de deux fois Paris intramuros.) Ce qui est impressionnant, c’est de voir l’extrême facilité avec laquelle on arrive dans un bidonville, Payatas est dans la banlieue immédiate de Manille, mais certains sont dans l’enceinte même. Les gens que l’on croise sur le chemin sont pour la grande majorité vêtus normalement. Confronter cette réalité avec la proportion d’habitants dans les bidonvilles à Manille aide à se rendre compte du caractère dramatique de la situation. Il n’y a pas besoin d’être très pauvre, marginal, alcoolique ou violent pour y vivre, c’est le lot du quart ou du tiers des habitants de cette ville. En revanche, beaucoup de ces problèmes s’y concentrent.
Ce bidonville correspond aux descriptions que nous avions lues auparavant, mais tant qu’on n’a pas vu, on ne comprend pas tellement ce que peuvent signifier vraiment « des enfants qui trient les ordures » et « des rues couvertes d’immondices », ou « une odeur insoutenable ». Ce court aperçu d’une demi-heure nous permet, nous semble-t-il, de ne pas tomber dans le voyeurisme, sentiment qui arrive très vite lorsqu’on n’est ni volontaire dans une association, ni photographe reporter.
4 commentaires:
hello, comment avez vous rencontrer ces volontaires et ces religieuse, était-ce une adresse que vous aviez en partant ?
Maman-Méyame
Chers amis,
tant que nous avons compris par vos recits, votre voyage a change de caractere. Plus la comtemplation des paysages plus ou moins magnifiques, mais la confrontation a des societes tres differentes de celles d'Europe. Vous allez decouvrir plus de ca en Inde.
Nous vous souhaitons une bonne poursuite de votre tour
4-arbres
Bonjour vous deux,
Merci encore pour vos récits, vos aventures sont incroyables et surtout très instructives.
J'ai eu la chance de rencontrer Geneviève Le Bour qui venait parler de son expérience associative à Lyon la semaine dernière. Elle nous racontait que certains étudiants faisant le tour du monde rédigaient des articles sur leurs expériences. Nous avons donc évoqué Ti Marsu ensemble. Rassurez vous, vous n'êtes pas du tout oubliés en France!
Bises
Bonjour les amoureux !
Votre voyage a l'air d'être sublime. Nous pensons à vous souvent et vos photos nous font rêver.
Avez-vous appris qqs mots dans chacun des pays où vous êtes passés ?
Quel pays avez-vous préféré jusqu'à maintenant?
De notre côté nous avons fait un petit saut à Hawaii à noel. Ce n'était pas le tour du monde mais un bel aperçu.
De gros bisous à tous les 2.
Elodie Miche et Jean-Marie
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