samedi 22 mars 2008

La police

(Avant de vous abrutir en nous suivant dans nos démarches administratives, notez l'exquis raffinement de notre restaurant qui, pour conserver un Coca avec ses bulles, le couvre d'une feuille de PQ transpercé d'une paille. Chic!)

Nous désirons nous accorder une semaine qui soit vraiment reposante. Je sais, cela vous paraît étrange mais le fait d’être perpétuellement en voyage (et non en vacances) est assez épuisant, en plus bien sûr des décalages horaires et des changements de climat.

Nous décidons donc de voguer vers Mindoro, île au sud de Luzon (l’île principale) à laquelle on accède par bus et bateau et qui se veut un petit coin de paradis.

Le mardi, nous nous levons tôt pour prendre notre bus. Pas de bol, grève générale des transports ce jour là. Nous sommes bons pour une journée de repos forcé qui nous permet de mettre à jour le blog. Sur les huit jours de vacances prévus, il nous en reste 7.

Le mercredi, départ aux aurores et dans le taxi pour aller récupérer le bus, arrêt cash auprès d’un distributeur. Plus de carte bleue. Pas de bol ! Après une ou deux heures d’enquête, nous en arrivons à la quasi-certitude que celle-ci nous a été dérobée le seul jour où je mes sois séparé de mon portefeuille depuis le mois de septembre.

Le lundi, confiant dans la maison religieuse où nous sommes installés, et ne voulant pas nous trimbaler avec un portefeuille dans un bidonville, nous l’avons laissé dans notre chambre. Mal nous en a pris.

Mais c’est l’occasion d’une aventure amusante dans un des pays les plus corrompus de la planète. Après avoir fait opposition, et pour être tranquilles, nous partons effectuer une déclaration de vol à la police. Les personnes chez qui nous résidons nous accompagnent et cela facilite grandement les procédures. En effet, l’anglais des policiers est assez limité et leurs méthodes un peu particulières. Nous apprenons qu’ils peuvent par exemple diligenter une enquête sans votre avis explicite et vous en faire payer les frais.

Nous parvenons au premier poste de police qui ressemble plus à un bar qu’à autre chose. Sur la porte des inscriptions en jaune et bleu font état de la qualité des habitants, mais nous nous rendons compte que le bureau est squatté (ou gardé, c’est selon) par des hommes et des femmes en civil qui en profitent pour regarder la télé. Les policiers sont, eux, partis en vadrouille. On nous dirige vers un autre poste.

Un quart d’heure plus tard, nous débarquons au milieu d’un autre poste. L’homme qui nous reçoit est en pyjama, son uniforme bien plié et son arme de service sur la table devant lui. Quelques blagues plus tard, il nous apprend qu’il ne peut rien faire (pas d’ordinateur), pendant que son collègue nous lance des regards noirs derrière ses lunettes de soleil. On le dérange dans son émission préférée.

Rappelons que nous ne cherchons qu’une déclaration de vol bien officielle pour satisfaire les assurances !

Nous finissons au commissariat central de la ville, une bicoque flanquant un grand building administratif. De nouveau l’écriteau « I’m a member of the philippino national police, my job is to serve and protect ». Cela va sans dire, mais mieux en le disant! (Nous n'avons pas pu prendre cette déclaration en photo mais en avons retrouvé une du même crû quelques jours plus tard.)

Un policier nous accueille, hilare, et prend ma déposition sur un bout de papier. Reste à la taper et à l’imprimer. Mais une charge spéciale tout à fait officielle de 50 pesos s’applique. Nos amis philippins nous le confirme. Et nous recevons de sa main un « order of payment » que nous n’utiliserions pas comme brouillon.

Dix bureaux (où la préposée joue au rummikub, une folie ici), couloirs (glauques), indications contradictoires (avec grand sourire aux lèvres) plus tard, nous nous retrouvons au bureau d’encaissement. Une queue de deux heures nous attend. Nous sommes vaincus, la corruption a eu raison de nous.

Nous revenons au poste de police, ceux-ci nous proposent d’envoyer quelqu’un faire la queue. Si nous désirons le reçu, il nous faut attendre qu’il revienne. Nous partons avec notre déclaration en poche, sans illusions sur ce qu’il adviendra de nos 50 pesos… De toutes façons, le service des impôts est lui aussi corrompu…

Au fait, plus que 6 jours de repos finalement...

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