mardi 11 mars 2008

Le côté obscur des Philippines

Nous revenons vers Manille pour retrouver Marine. En l’attendant dans le Mall, nous cherchons à brancher l’ordinateur à court de batterie pour actualiser le blog. A peine installés, un policier du mall accoure accompagné du manager pour nous demander de cesser de squatter les facilities. Le courant électrique ne se partage pas ici. Mac do et d’autres fast food proposant des wi-fi gratuits, nous cherchons des prises dans les restaurants… impossible !

Nous ressayons de nous brancher en cachant le fil avec nos gros sacs à dos : peine perdue l’un des cents vigiles qui surveillent le mall nous attrape. Cela fait une demi-heure que nous tournons pour trouver une prise à un endroit où l’on capte les wi-fi gratuits ! Nous proposons au policier de payer pour la prise, mais celui-ci, incapable de donner un prix, nous dirige vers le deuxième étage et d’hypothétiques prises gratuites qui se révèlent bien sûr inexistantes. Nous échouons dans un Starbucks, et le temps de nous rendre compte que le wi-fi ne marche pas, Marine nous retrouve… Cela fait une heure que nous tournons avec nos gros sacs sur le dos dans ce mall où un karaoké géant à été organisé et les baffles hurlent comme à un concert.

Nous sommes dans une forme olympique !

Quel travail de parfois de rester connectés et de vous donner des nouvelles.

Heureusement, Marine vit dans un séminaire, avec un jardin calme, ce qui au milieu de Manille est un luxe incomparable. Nous profitons d’une des chambres utilisées normalement pour accueillir des retraitants. D'où la photo suivante...

Marine fait un stage dans l’administration de Fondacio (mon frère Benoît ;-) ), association Française de laïcs qui organise diverses missions humanitaires dans le monde entier. A Manille, des formations d’un an sont proposées à de jeunes asiatiques qui veulent s’engager dans l’Eglise dans leur pays. Ils étudient la théologie et ont également des cours plus pratiques d’organisation, de communication, etc.

(Blandine et Marine)
Dès le lendemain matin nous partons avec Marine pour Balanga afin de découvrir la mission de Violaine et Blandine avec les Sœurs Missionnaires de Marie. Trois heures de bus plus tard, nous déjeunons avec les sœurs, les volontaires, et les 17 jeunes filles dont elles s’occupent. Les 5 sœurs mènent en parallèle plusieurs projets depuis plus de 10 ans avec l’aide de volontaires et de salariés.

(Violaine)

L’Ecole de Vie est un foyer pour jeunes filles aux histoires personnelles très dures, qui ont été placées là par la DASS Philippine. La plupart d’entres-elles ont grandi dans la rue et ont été victime d’abus. Les sœurs reconstituent au maximum un esprit de famille, et tentent d’aider ces filles à se reconstruire à travers un suivi psychologique et spirituel. Ces dernières sont également scolarisées pour leur assurer autant que possible un avenir.

Le programme garçon comporte lui deux axes : visites aux jeunes garçons dans les prisons, et, à leur sortie, programme de réinsertion en deux ans au cours duquel ils reçoivent une formation professionnelle et un soutien. Ils vivent chez eux contrairement aux filles, mais sont pris en charge toute la journée et rejoignent les filles le week-end à Balanga.

Nous passons l’après-midi à jouer avec les filles (contrairement aux ados de chez nous, elles sont ravies de jouer à des relais, tomates et autres bérets) .

Je pars à la recherche de cordes de guitares avec une des jeunes filles et l’aide à accorder sa guitare. Moments simples mais géniaux.

Nous regardons ensuite un documentaire très connu des ONG aux Philippines : Bunso. Réalisé par l’UNICEF en 2003 pour pousser les sénateurs à changer la loi, il dénonce les conditions dans les prisons. Jusqu’à 2005, les enfants Philippins délinquants n’étaient pas distingués des adultes. A partir de huit ans, ils pouvaient donc aller en prison, au milieu des adultes. Le film est véritablement bouleversant, il fait mal au cœur. Des gamins de 10 ans sont emprisonnés au milieu des chefs de gangs tatoués aux crânes rasés. Tous les prisonniers dorment par terre, se lavent épisodiquement, ne mangent pas à leur faim. La prison est tellement surpeuplée que tous les prisonniers ne peuvent s’allonger pour dormir la nuit.

Au milieu de tout ça, des gosses de 10 ans qui ont la plupart du temps fuit leur « maison » (de tôles) car leur père alcoolique les battait, et se sont fait prendre alors qu’ils volaient pour survivre. Tellement classique et consternant. Ils passent un temps indéterminé dans cet enfer, selon le bon vouloir du juge qui suit leur cas (les Philippines est le pays le plus corrompu d’Asie). Le pire est que parfois, les parents font en sorte que leurs enfants restent plus longtemps en prison, se disant qu’au moins là ils seront nourris, et aussi parce qu’ils estiment que leur gamin est une tête de mule, et qu’un petit passage en prison lui mettra un peu de plomb dans la cervelle et le fera changer en bien.

Heureusement la loi a changé, désormais les mineurs de moins de quinze ans ne peuvent pas être enfermés, et les jeunes de 15 à 18 ans sont envoyés dans des centres de réhabilitations. Cependant il est difficile d’affirmer que la loi est appliquée partout aux Philippines, et les centres de réhabilitations s’apparentent parfois étrangement à de simples prisons. De plus, cette loi a provoqué un effet pervers : les moins de 15 ans sont de plus en plus recrutés par les gangs car ils ne peuvent aller en prison. De nouvelles modifications de la loi sont en discussion.

Quelques conversations avec les sœurs et les volontaires finissent de nous ouvrir les yeux sur les horreurs qui peuvent arriver aux plus démunis dans les bidonvilles ou dans la rue. Les garçons sont souvent entraînés très jeunes dans des gangs, où pour monter en grade il faut relever des défis aussi constructifs que de se tatouer le symbole du gang, tuer quelqu’un à l’arme blanche, achever une personne blessée par un autre membre du gang, etc… Les sœurs nous font comprendre que ces garçons sont eux aussi des victimes, et travaillent soit à les aider à se remettre des gestes terribles qu’ils ont pu commettre, soit au contraire à réaliser la gravité de ce qu’ils ont fait auparavant. Les histoires de filles sont toutes à base d’abus sexuels subis plus ou moins jeunes. Les incestes ne sont pas rares. Elles ont alors fuit le domicile familial pour vivre dans la rue.

Les quelques exemples qu’on nous donnent font froid dans le dos, et nous révoltent profondément face à cette violence terrible qui règne dans la rue. La violence est étroitement liée à la pauvreté. L’un va rarement sans l’autre.

Ce côté noir des Philippines que nous découvrons est vraiment très dur à avaler. Tout le monde est au courant de ce genre de réalités, mais les avoir en face de soi à travers des jeunes est vraiment autre chose. Et voir un film sur les enfants en prison en compagnie de jeunes ados qui ont tous au moins quelques mois de prison derrière eux dans les mêmes conditions fait résonner le message avec plus d’acuité.

Heureusement, l’Ecole de Vie redonne espoir. On sent beaucoup d’amour au sein de cette jolie maison. Le prière du samedi soir est très vivante et joyeuse, les sœurs sont issues de la communauté des béatitudes, nous avons donc droit à des chants de louanges avec guitares et djembés.

On sent que tous ces ados sont très mûrs, et conscients que leur vie dépend d’eux-mêmes, de leurs choix. Ils sont à l’école de vie pour en changer, et les sœurs mettent vraiment l’accent là-dessus. Les sœurs sont vraiment impressionnantes, elles portent ces jeunes et leurs histoires si difficiles.

Comme nous l’avions entendu au Brésil et au Pérou, ici aussi on essaie de renouer les liens familiaux, et les sœurs passent beaucoup de temps à rechercher les familles des jeunes dont elles s’occupent, et leur rendent visite régulièrement.

Elles sont en lien avec beaucoup d’autres ONG qui font un travail similaire, et les rencontrent régulièrement.

Le samedi soir, nous leur faisons une petite présentation de nos six premiers mois de voyage.

Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre mais elles semblent intéressés. Elles ont la chance d’avoir régulièrement des présentations très diverses qui les aident à s’ouvrir sur le monde.


1 commentaire:

Laurent b. a dit…

C'est étonnant il y avait àKaboul, avec Ronan et moi, un certain Charles Raudot, qui était venu un an dans cette communauté pour aider dans les prisons. Il en a sorti un livre d'ailleurs. C'est intéressant d'en entendre reparler ; évidemment les échos sont bien différents, en un an il a eu le temps de devenir plus désabusé, notamment sur cette communauté des béatitutdes.