mardi 11 mars 2008

Manille

Tous les pires adjectifs sont là pour qualifier Manille, répugnante, miséreuse, suffocante, irrespirable, polluée, assourdissante, dangereuse…

Même si nous nous rendons vite compte de la véracité de ces descriptions, nous parvenons cependant à trouver notre compte. Les Philippins sont extrêmement accueillants et souriants ce qui permet de compenser largement. Alors que nos trois semaines de Nouvelle-Zélande nous avaient quasiment privé de contacts avec la population, nous retrouvons ici les conversations de rue si étonnantes et enrichissantes. Parfois tristes. Dans le principal parc de Manille, refuge des sans-logis le jour, nous rencontrons Paul, sans logis depuis maintenant 4 ans. Son histoire est aussi simple qu’elles est triste. Il nous raconte dans un anglais impeccable sa vie d’avant, lorsqu’il travaillait dans la publicité et la communication. Il a été surpris par un grave problème de santé, mais cotisait heureusement à une assurance privée. Il a donc eu les moyens de se faire soigner, mais maintenant il n’a plus rien et vit d’expédients avec sa femme et ses deux jeunes enfants.

Son niveau d’études, sa connaissance de l’actualité internationale et sa maîtrise de l’anglais nous étonnent et nous rendent un peu sceptiques sur le fonctionnement du marché du travail philippin. Il nous raconte ce que nous avions déjà lu dans notre guide, mais de la bouche d’un local, cela prend une autre proportion. Evidemment le gouvernement est corrompu, mais il mène aussi une politique court-termiste parfaitement suicidaire. Il encourage très vivement l’émigration de son personnel qualifié (infirmières, électriciens, maçons, …) afin de récupérer des devises. Ils manquent cependant cruellement de cette main d’œuvre et le pays se vide de plus en plus. Mais le gouvernement salue publiquement ceux qui « ont eu le courage de partir ».

Triste politique mais qui fait le bonheur de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande ou des Etats-Unis qui bénéficient d’une main d’œuvre formée, expérimentée (les émigrants doivent avoir au moins une année d’expérience) et prête à travailler sans trop rechigner.

A la différence paraît-il d’autres grandes villes d’Asie toutes aussi sales et assourdissantes, Manille n’a plus beaucoup de trésors culturels à offrir. Elle a été intégralement détruite en 1945 lors de la bataille qui y a opposé Japonais et Américains. Les voyageurs la décrivaient comme le Paris de l’Asie, mais elle a perdu sa splendeur. Il reste quelques bâtiments coloniaux espagnols dans Intramuros cœur historique de la ville. Ils sont en piteux état et ne présentent pas grand intérêt. Il n’y a donc pas de beaux endroits qui puissent être des refuges pour les sens sans cesse agressés par la laideur, la saleté, les bruits et les odeurs.

Mais il y a les malls.

Les Américains n’ont pas passé beaucoup de temps aux Philippines, beaucoup moins que les espagnols mais leur marque est bien visible. L’anglais est assez répandu. Mac Donald’s, KFC et Pizza Hut ont envahi Manille. Et l’on fait ses courses dans des Malls. Edith qui a été au Canada en avait déjà vu, mais c’était pour moi la première fois. Il y a des dizaines de ces gigantesques complexes commerciaux on l’on peut à la fois faire ses courses, aller chez le coiffeur, au restaurant et au bowling, dispersés dans Manille. Ces immenses bâtiments sont des havres de propreté et de richesse (pas de paix…) au milieu de la saleté et de la pauvreté ambiante. Ils sont parfois installés à quelques centaines de mètres d’un bidonville et les prix des objets qui y sont en vente les réserve à 10% des habitants de la capitale. Selon nos standards cela reste tout de même très abordable.

Le quartier des affaires, Makati, est le seul endroit vraiment présentable de la ville, du niveau de Buenos Aires ou de Sao Paulo.

Le Tagalog, langue locale, utilise beaucoup de mots en anglais et en espagnol, parfois en les mélangeant, cela donne nous un petit sentiment de familiarité mais qui ne peut nous servir qu’à l’écrit. C’est de toutes façons assez confus : on donne le prix avec les chiffres anglais, mais l’on dit l’heure ou l’âge en espagnol !

C’est en effet eux qui sont arrivés les premiers (Magellan, encore lui, en 1521) et ils s’installèrent vraiment en 1571 après quelques démêlées avec les Portugais et les locaux .

Malgré d’importants mouvements autonomistes dès le XIXe siècle, les philippins ne se libèrent de l’emprise des espagnols qu’en 1898, pour tomber dans l’escarcelle des américains à l’issue de la guerre hispano-américaine. Ceux-ci restent jusqu’à la deuxième guerre mondiale et l’occupation japonaise. Ensuite, c’est une succession de dictature (Marcos) et de gouvernements corrompus. Tout cela avec la présence de l’importante VIIe flotte américaine jusqu’en 1991.

Cette présence de soldats américains explique l’une des choses les plus consternantes que nous ayons constatées. Les grandes bases de Clark et Subic Bay ont donné lieu au développement d’une véritable ville entièrement dépendante de la base et consacrée à la prostitution. Angeles City a vu jusqu’à 100 000 personnes travailler dans cette industrie. Ceci fait des Philippines une des destinations favorites du tourisme sexuel. Nous avons croisé très peu de touristes à Manille et ceux que nous avons vus sont à 90% des hommes seuls, la cinquantaine pas très heureuse. L’hôtel où nous venons nous connecter au Wi-Fi en est rempli. Il propose trois services de cars par jour pour Angeles, ville absolument sans intérêt par ailleurs. Un certain nombre d’entre eux a refait sa vie aux Philippines et s’affiche avec leur compagne locale de 30 ans leur cadette. Un peu dur, déprimant et vraiment pesant.

1 commentaire:

Laurent b. a dit…

otez moi d'un doute : en déclarant qu'on dit l'heure en espagnol puisque ce sont eux qui ont réussi à s'imposer grace a Magellan, et ce malgré des démêlés avec les locaux et les portugais, sous-entendez-vous que le fier Ferdinand de Magellan, était espagnol et non Portugais ? J'ai dû mal comprendre : il s'en retournerait dans sa tombe ;-)