Les Philippines sont parmi les pays les plus corrompus de la planète, et grâce à un livre prêté par Marine, nous en avons appris un peu plus sur les rouages du système.
D’abord les Philippins ont une logique clanique qui dépasse l’imagination, et qui peut se rapprocher de la notion de famille africaine. La famille est tout, au sens très élargi du terme (parrains et marraines, famille par alliance, cousins au 2e degré…), et le plus important dans la vie n’est pas la réussite personnelle, mais celle de son clan familial.
Ensuite, la colonisation espagnole puis américaine s’est appuyée sur les élites traditionnelles pour asseoir son autorité, et les grandes familles ont ainsi pu prospérer démesurément, acquérant beaucoup de pouvoir. Comme en Amérique du sud, une logique latifundiaire liée à la colonisation espagnole a crée d’énormes inégalités dans le partage des terres, et depuis, pratiquement aucune réforme foncière digne de ce nom n’a pu régler le problème. Des milliers de paysans sont donc obligés de travailler comme journaliers souvent dans une situation de grande pauvreté, alors que quelques familles se partagent les terres cultivables de toutes les Philippines.
Aujourd’hui encore, les grandes familles aux Philippines représentent une part incroyable de l’économie du pays. A titre d’exemple, tout le quartier des affaire de Makati, à Manille, est possédé par la famille Ayala, qui représente 17% de la capitalisation nationale.
Les empires constitués par ces grandes familles leurs donnent un poids incomparable dans la vie économique, mais aussi politique du pays.
La logique clanique de la société Philippine a conduit les élites à élaborer en politique une logique clientéliste pour assurer leur réélection et ainsi faire mieux prospérer leurs affaires. Les électeurs Philippins obéissent eux aussi à cette logique ; ainsi, si le « chef » du clan familial (personne la plus influente et que tout le monde écoute, père ou grand père en général) a décidé de voter pour telle personne, tout le monde suit.
Une politique d’achat de voix généralisée s’est donc mis en place. Pour étendre leur pouvoir et leur richesses, les grands familles des Philippines se sont constitués tout un réseau de relations pyramidales, avec des ramifications au niveau local, qui permettent de conquérir le plus grand nombre d’électeurs. Une fois les élections remportées, il convient naturellement de récompenser ces fidèles alliés par des « cadeaux » fournit par les caisses de l’état évidemment.
Les campagnes électorales aux Philippines sont considérées comme des évènement festifs par excellence, et rappellent certainement plus les campagnes BDE d’école de commerce que la vie politique d’une démocratie comme la France. Le moyen de conquérir les électeurs est de leur offrir leurs cadeaux préférés : organisation de matchs de baskets, invitation de stars, organisations de concerts, ect. Si on ajoute à cela les sommes dépensées pour acheter les voix de tout son réseau de relation, on comprend que le prix des élections s’élèvent à des millions de pesos. A tel point que l’économie des Philippines est affectée par des récessions après chaque campagne électorale ! Les dépenses de campagne correspondent à 20% du budget de l’Etat.
On comprend que les « nouvelles têtes » dans la vie politique Philippine ne soient pas nombreuses. A moins d’être immensément riche, et donc d’appartenir à une des grandes familles, il est impossible de financer les campagnes électorales, et d’être élu.
Pour financer les campagnes, les candidats puisent dans les deniers familiaux. Lorsque les élections sont gagnées, il est donc « normal » de se renflouer en confondant « légèrement » caisses privées familiales, et caisses de l’état.
Un jeu proche du bingo, importé par les Chinois avant l’arrivée des espagnols, fournit également de belles recettes au clan parvenu au pouvoir, et est un moyen classique de s’enrichir un peu plus. Ce jeu extrêmement populaire est interdit, mais tout le monde y joue quand même grâce à un système bien rodé de corruption. Celui qui organiser le jeu doit payer les policiers et le maire du coin pour se couvrir et pouvoir continuer son activité illégale, et le clan au pouvoir s’approprie généralement un pourcentage systématique des gains.
Sans oublier pour certains l’argent tiré des trafics de drogues et d’armes, des kidnappings ou de la prostitution (au moins un des ancien président Philippin a baigné la dedans avec certitude).
Ainsi, lorsqu’ils accèdent au pouvoir, les dirigeants n’ont qu’un objectif en tête : profiter de leur position pour mieux asseoir le pouvoir et la richesse de leur famille. Ils se conduisent donc plus comme des pilleurs avec des logiques personnelles et court-termistes que comme des dirigeants véritables. Un certain nombre de présidents philippins ont bâti une véritable fortune lors que leur mandat (une dizaine de milliards de dollars pour le dictateur Ferdinand Marcos).
Le pire, c’est que l’influence de la colonisation américaine a plaqué par-dessus ces pratiques des mots et des concepts démocratiques et bien pensants, que les politiques utilisent à tour de bras.
Dans ce contexte, on comprend que le budget de l’état soit réduit au minimum, puisqu’il est très difficile de récupérer l’argent des impôts, déjà dilapidé et utilisé en pots de vins. Ce qui reste est une nouvelle fois pompé par les ministres et toutes les personnes qui peuvent y avoir accès de près ou de loin… Une fois arrivé là où il devrait servir, il ne reste plus beaucoup d’argent.
Avec ces quelques explications édifiantes, et l’impunité hallucinante dans laquelle se déroule toutes ces magouilles (seuls quelques uns des scandales politico-financiers qui ont été révélés dans la presse ont été suivis de procès… c’est plutôt l’exception), nous comprenons mieux tout ce qui nous frappait en arrivant aux Philippines : l’état désastreux des infrastructures, des routes en particulier, comparé au niveau de richesse et de développement ; les « petits chefs » qui pullulent dès qu’ils ont un pin’s les rattachant à une fonction un tant soit peu officielle (policiers, vigiles, etc) ; le fait que le moindre arrêt de bus ou panier de basket porte le nom en énorme du maire qui a participé à sa construction, etc…
En conclusion, ils ne sont vraiment pas sortis de l’auberge. On se demande comment un tel système, à l’œuvre depuis des centaines d’années, pourrait devenir une véritable démocratie sans révolution violente.
La présidente actuelle, Gloria Arroyo, qui s’était fait le fer de lance de la lutte contre la corruption est accusée d’avoir détourné des sommes atteignant des sommets dans l’histoire des Philippines. Pendant notre séjour, d’énormes manifestations et des grèves ont agité le pays pour tenté de la démettre de ses fonctions
Les Philippines sont un pays déroutant, car un joli vernis couvre pas mal de réalités d’une apparence organisée, propre, démocratique… mais celui-ci s’écaille souvent très vite.
5 commentaires:
Les amis quel courage! Quelle volonté! On peut dire que vous en aurez vu des vertes et des pas mûres. C'est bien amusant de lire vos tribulations et je pense que vous en rirez à votre retour. En tout cas vous serez parés. Bonne suite du voyage
Bises à vous deux
J'ai essayé de vous envoyer un message pour de Joyeuses Pâques, mais cela apris une tournure un peu compliquée.
Donc merci pour vos nouvelles si fidèles.
Nous vous embrassons très affectueusement.
Les Casati
Hello!
Joyeuses Paques les amis!
J'espère que vous êtes bien reposés après votre semaine paradisiaque. Vous avez bien raison de prendre un peu de temps pour vous...
Je vous embrasse
Claire
Et bien, comme d'habitude, les paysages sont magnifiques et vos expériences aussi diverses que variées! Vous commençez à nous manquer un peu, essayez de me dire quand vous êtes sur Skype.
Je suis en TD de Droit (Pardon les parents!), et je vous envie!
Groooooos bisous à tout les deux!
salut les amoureux, nous rêvons en voyant les paysages rencontés. Ne vous billez pas, la corrucption que vous découvrez semble règner dans une grande partie de cette asie du SE, vous allez être peu dépaysé dans les jours qui viennent, ? le vietnam si vous y passez.
Gros bisosus à tous les deux de la part de JMHPWA
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