jeudi 31 juillet 2008

L'Inde vue par des africains


Nous avons eu la chance de vivre un grand moment, une après-midi passionnante en compagnie de Moussa (Burkinabé vivant et travaillant en Belgique depuis deux-trois ans, joueur de balafon dans un groupe de musique africain), Jean-Paul (Camerounais vivant à Paris depuis quelques années), et Prof (Camerounais, nous ne savons pas son nom mais il a fait des études d’anthropologie et est un intellectuel à lunettes parlant un français très soutenu si on enlève quelques fautes de construction).

Nous renouons pour un temps avec cet accent africain si extraordinaire pour lequel nous avons une grande affection.

Rencontrés au hasard dans un restaurant, ces trois touristes noirs nous ont fait partager leur expérience et leur vision de l’Inde. Attention âmes sensibles accrochez vous -nous ne faisons que rapporter leurs propos- et les Africains ne connaissent pas le politiquement correct…

Jean-Paul et Prof sont en Inde depuis deux mois, et ils le disent d’emblée, ils détestent les indiens et attendent leur départ proche avec impatience. Ils trouvent scandaleux l’état du pays, disant qu’ils n’ont jamais vu une telle crasse (oui mesdames messieurs, et ils viennent d’Afrique Noire), que des gens vivent dans ce pays à la rue dans des situations incompatibles avec la dignité humaine, que tout cela est scandaleux et les révolte profondément !

Prof est plus nuancé que son camarade vraiment excédé. Ce dernier les traite même « d’animaux » tellement il est choqué par leur racisme, leur indifférence aux pauvres, la misère de ces derniers, et leur manque de solidarité.

Puis viennent les anecdotes sur le racisme indien :

Jean-Paul est dans un train de nuit, et sympathise avec une française de son compartiment. Alors que la conversation va bon train, un indien du compartiment d’à côté vient s’installer sur la demi-place que Jean-Paul laissait à côté de lui sur la banquette. En bon camerounais sympathique, il lui souhaite la bienvenue en anglais et continue à discuter avec sa voisine.

Devant les coups d’œil appuyés de l’indien, la française mal à l’aise prie Jean-Paul de le faire sortir, car ce n’est pas son compartiment. Les demandes polies et répétées de JP sont reçues soit par de l’indifférence soit par un « No » déterminé. Finalement à bout d’arguments, notre camerounais feint de vouloir dormir et demande à l’Indien de déguerpir pour libérer sa couchette. Celui-ci lui réponds alors « sale nègre c’est toi qui va aller là-bas dans le compartiment voisin et moi je reste ici ». Jean-Paul, diplomate, sort son billet pour montrer sa bonne foi et justifier sa place. Rien à faire, et finalement c’est seulement sous les menaces du contrôleur que l’indien finira par les laisser discuter tranquillement.

Sous-entendu : si ce noir (presque un singe, un sous-homme) parle avec cette blanche, j’ai toutes mes chances avec elle…

Le même genre d’événement se produit dans un bar où ils discutent avec une amie blanche. Tous les indiens font cercle autour d’eux, s’assoient à leur table sans demander aucune permission, et tentent de les exclure de leur propre table pour concentrer leur attention sur la femme blanche. Ils leur interdisent de danser au milieu de la piste, etc.

Jean-Paul ajoute : « en plus ce sont des lâches, ils sont pitoyables, ils nous virent mais ils ne sont même pas capables de parler à la blanche pour la charmer un peu. Ils sont nuls. »

(Jean-Paul est lui-même un de ces beaux gars africains assez dragueur et beau- parleur)

En passant l’après-midi avec eux notre proximité nous frappe, à la différence de la distance que nous ressentons par rapport aux indiens. Ces derniers sont déroutants dans leur façon de raisonner, leur gestuelle, leur mode de communication… alors qu’avec les noirs francophones, nous avons le même genre d’humour, un amour de la discussion en commun, des manières de se comporter « latines », une franche sympathie accompagnée de nombreux sourires, etc.

Nous poursuivons la discussion sur leur vie en Europe, sur ces noirs émigrés qui par fierté (bien compréhensible) font miroiter monts et merveilles à leurs familles de retour au pays pour ne pas dire qu’ils sont plongeurs dans un petit restau et habitent dans une barre HLM, ou de ceux qui pour ne pas se faire pomper l’intégralité de leurs économies par des familles sangsues coupent les liens avec leur pays d’origine.

Ils analysent le sous-développement de leur continent : « en Afrique on ne bosse pas assez, la nature est généreuse, mais on ne la met pas bien en valeur ».

Moussa confirme : « c’est vrai, en Europe si on veut vraiment y arriver, si on est bosseur, on finit par se faire une place et vivre sa vie. Mais en Afrique, les hommes parlent et ne bossent pas assez ».


Du bon sens ? A nos yeux, bien sûr, mais il nous a fallu parler à des africains vivant en Europe et voyageant en Inde pour entendre ce discours. Au Mali, nous ne comptions plus le nombre de discussions où nous devions rétablir quelques vérités sur notre beau pays. (Oui, il y a du chômage, non tout n’est pas gratuit, oui, c’est mieux de savoir lire pour vivre en France, non, on ne peut pas ouvrir une boutique de ferrailleur sur le trottoir des Champs-Elysées…)

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Hello les cousins !

Je viens de passer 3 heures ininterrompues à rattraper mon retard de 4 mois sur votre blog, c´est un pur bonheur ! Rien de mieux pour s´évader du bureau, au beau milieu du mois d´août, pendant lequel le monde automobile est au point mort...

Bonnes dernières semaines, on a vraiment hâte de vous revoir ! On vous embrasse super fort ! Tschüß !


Tonio & Maë