mercredi 9 juillet 2008

Vallée de la Nubra


Après deux semaines de repos, nous décidons de faire un petite expédition dans cette vallée réputée magnifique située à une centaine de kilomètres de Leh. Il ne sera pas dit que nous aurons passé trois semaines dans le Ladakh sans rien en voir !

Nous avons testé quelques jours auparavant une moto Pulsar 150cc pour aller au Gompa de Hemis, un des plus vastes et des plus beaux monastère de la région et qui offre une vue superbe. Cette moto nous portait avec difficulté en montée : si nous voulons franchir le col carrossable le plus haut du monde qui conduit à la vallée de la Nubra, nous devrons donc prendre cette fois une Royal Enfield, énorme moto anglaise super stylée de 500cc… un monstre de plus de 200kg !

Nous nous mettons donc en quête d’une Enfield Thunderbird (celle qui a le frein a droite et le changement de vitesse à gauche, ce qui est notre habitude, alors que les Royal Enfield classiques, en bonne moto anglaises, sont inversées !). Les loueurs ne possèdent pas un nombre infini de ces motos qui sont très recherchées. Finalement, seul le loueur qui nous avait loué la mauvaise Pulsar possède encore une de ces motos ce qui nous laisse peu de choix.

Après l’avoir testée trois fois (le temps d’apprendre à peu près comment la conduire pour Guillaume), nous décidons de partir avec, même si le changement de vitesse est très capricieux et le point mort difficile à trouver. Elle fera l’affaire.

Départ le matin sous les yeux gentiment envieux du réceptionniste de notre hôtel : Guillaume rate trois fois le démarrage et cale, ce qui réduit légèrement l’effet de ce départ ! La moto ne veut pas démarrer correctement et ne cesse de caler. Nous retournons voir le loueur qui nous démontre que tout va très bien : nous devions démarrer en seconde (il existe un faux point mort entre toutes les vitesses : 1e et 2de, 2de et 3e, etc… ce qui ne facilite pas l’apprentissage !).

Nous voilà enfin partis après un énorme petit déjeuner pour grimper à l’assaut de la route la plus haute du monde, 5602m d’altitude au point culminant, le col de Kardung-la.

La moto est vraiment lourde et la conduite de cet engin n’a rien à voir avec les petites Honda que nous pratiquions au Vietnam. De plus, il faut faire attention de ne pas bouger pour ne pas gêner le conducteur, mais comme la moto n’a pas de rétroviseurs (on ne peut pas tout avoir), c’est le passager qui fait rétroviseur en se tordant le cou toutes les minutes pour prévenir le conducteur de ce qui se passe derrière. Heureusement la route n’est pas très passante.

Dès le début de la route, nous nous retrouvons bloqués derrière un convoi de 14 gros camions militaires (la région est entièrement sous contrôle militaire, ils sont partout (150 000 hommes) pour faire de la présence face à la Chine et ses velléités expansionnistes). La route est si peu large que des horaires d’ouverture réglementent la circulation à sens unique : dans un sens le matin, dans l’autre sens l’après-midi. Mais enfin nous sommes en Inde et certains camions s’affranchissent de cette règle, il faut donc être vigilant. Mais les militaires sont heureusement plutôt sympas et se décalent volontiers pour nous laisser passer !

Ensuite commencent les travaux : la route est réduite de moitié et envahie pas les gravas. Nous frôlons les pelleteuses et les ouvriers en zigzagant entre les pierres tombées sur la route..

Les lacets de la route sont impressionnants et plus nous montons, plus la vue sur Leh et les montagnes derrière est magique, malgré l’aridité.

Nous passons le poste de contrôle militaire où nous devons montrer le permis spécial pour circuler dans la zone (sensible comme vous le voyez). L’officier nous prend notre permis en nous assurant que nous n’en aurons plus besoin par la suite.


Nous approchons du col, et au fur et à mesure que nous montons, la route se dégrade, devenant bientôt une piste très cahoteuse, traversée de ruisseaux, envahie de grosses pierres qu’il faut éviter tant bien que mal.

A ce moment là, la moto commence à témoigner des signes de faiblesse : par moment, l’accélérateur ne fonctionne plus, on a beau tourner la poignée, il ne se passe rien. Lors d’un arrêt photo, au moment de redémarrer, la moto n’a pas assez de puissance, la passagère doit descendre pour pousser l’engin et remonter dessus en marche. La moto cale à nouveau, trop faible pour gravir la pente. Nous répétons l’opération. A chaque grosse pierre ou bosse, la moto souffre. Je finis par descendre de la moto et laisse Guillaume avancer tant bien que mal, poussant avec ses pieds de chaque côté…

Un groupe de Belges en voyage organisé me prend dans leur voiture pour atteindre le col où nous espérons trouver des mécaniciens tandis que Guillaume sue et pousse derrière (rappel : nous sommes à 5200m, l’air est très rare !) en pédalant de plus belle… L’un des belges m’explique que le manque d’oxygène affecte les véhicules autant que nous : la combustion se fait probablement mal à cause de cela. L’organisateur du voyage est impressionné de notre côté aventureux lorsqu’il apprend que nous ne savons pas encore exactement dans quelle guesthouse nous allons dormir ce soir. S’il savait que nous sommes deux gros touristes en Enfield, et ce qui nous arrivera ensuite !

Arrivée en haut du col, je me poste sur une montagne pour guetter mon mari qui n’apparaît toujours pas à l’horizon. Les Belges gentiment demandent régulièrement des nouvelles. Je finis par aller voir un beau militaire et lui explique la situation. Une cérémonie officielle est en cours, un général au moins, qui reçoit des cadeaux et pose pour faire des photos avec sa femme. Je sens bien que tant que le grand manitou ne sera pas parti, impossible d’envoyer qui que ce soit aider Guillaume !

Pendant ce temps-là, Guillaume a réussi tant bien que mal à faire avancer la moto mais elle s’arrête définitivement à un peu plus d’un kilomètre du col. Plus rien à faire. Epuisé, il part faire le reste de la route à pied, laissant la moto sur le bord de la route et se demandant bien ce que sa femme, qu’il a quitté presque une heure auparavant, est en train de faire. Nous nous retrouvons au col pour faire activer les miloufs. Grand Manitou est encore là, donc nous profitons de la vue et d’un bon thé. Les gentils militaires ayant du mal à prendre une femme au sérieux, Guillaume entame les tractations et après une demi-heure supplémentaire passée à les regarder prendre leur casse croûte et gérer le passage d’un convoi, il part me rejoindre en camion. (Je me suis en attendant postée à côté de la moto pour prévenir une chute de 1000m qui lui serait fatale).

Nos deux compères auscultent la moto, la tripote, la démonte puis la remonte mais les essais ne sont pas concluants. Passent 2 indiens montés aussi sur deux Enfield que nous arrêtons désespérés. Gentiment ils proposent aussi de nous aider. Ils diagnostiquent facilement un problème de respiration et enlèvent tout bonnement le filtre à air. La moto va mieux et Guillaume peut l’amener seul jusqu’au col. Nous y retrouvons nos deux sauveurs qui nous conseillent tout de même de redescendre jusqu’à Leh pour la faire réparer : le manque d’air ne suffit pas à tout expliquer !

Nous décidons la mort dans l’âme de suivre leur conseil, peu enchantés à l’idée d’avoir un peu perdu notre journée. Mais au bout de 10mn de descente, trouvant que le moteur fait un bruit beaucoup plus sympathique, nous la testons en montée et … remontons finalement jusqu’au col, à 2 sur la moto. Nous décidons alors de prendre le risque de descendre de l’autre côté du col. Nous espérons trouver un réparateur dans la vallée au besoin.

Ce qui nous attend notre pauvre moto de l’autre côté du col n’a encore rien à voir avec ce que nous lui avions fait subir côté Leh. La route mérite difficilement ce nom, la neige de la paroi sur notre gauche fond à toute allure créant d’innombrables ruisseaux sur la route qui s’est encore rétrécie. Les nombreuses pierres sur la route s’avèrent beaucoup plus dangereuses en descente qu’en montée et nous avançons donc très lentement pour rester prudents (le précipice à notre droite est vertigineux). Croiser les camions venant en sens inverse n’est pas non plus une partie de plaisir.

Nous glissons sur des cailloux à 5km/h et accompagnons gentiment la moto pour qu’elle ne nous tombe pas dessus. Ouf !

Nous réussissons tout de même à atteindre le poste de contrôle militaire, 15km plus au Nord.

Et là, alors que nos mésaventures nous ont fait perdre un temps précieux (plusieurs heures), et que la journée avance, les militaires nous redemandent notre permis que nous avons laissé, confiants, au poste précédent. Après moult argumentations, ils nous laissent finalement passer, mais ils ont bien failli nous renvoyer à Leh (alors que la moto n’aurait jamais refranchi le col en sens inverse…) !

Nous roulons de plus belle, la lumière commence à baisser, parant les montagnes de couleurs douces et dorées, mais nous sommes encore à 50km de l’endroit où nous comptons dormir. Nous nous arrêtons exténués (surtout le chauffeur-pousseur !) dans un petit village, Khardung, pour prendre un thé et une soupe aux nouilles.

Deux autres couple de motards montés sur des Enfields nous rejoignent, mais ils ont eux aussi des problèmes avec leurs motos et ne peuvent pas s’occuper de la notre !

Nous repartons, bien décidés à atteindre Diksit à 40 km de là. Une petite côte à la sortie du village fait peiner la moto et nous convainc que c’est une mauvaise idée de partir alors que le jours baisse de plus en plus et que les véhicules sauveteurs potentiels se font de plus en plus rares. Aucun village n’existe entre Khardung et Diskit… Nous retournons donc à Khardung.

La seule guesthouse du village est fermée, le propriétaire étant parti à Leh pour quelques jours. Finalement c’est la fille de la maison de thé qui nous propose de loger chez elle. Une expérience chez l’habitant, une vraie !

Elle nous conduit dans une chambre propre et mignonne à l’étage d’une maison de torchis. Nous avons ensuite droit à un dîner de riz aux herbes du jardin, et nous effondrons sur nos matelas.

Le lendemain réveil tardif. Nous pensions dormir comme des masses mais à cause de l’altitude (4000m) nous avons été réveillés très régulièrement.

Après de bons chapatis maison et une omelette, nous partons pour Diskit. Heureusement, la route descend presque tout le temps. Nous parvenons à Diskit après quelques heures de routes sinueuses accompagnées de superbes vues sur la vallée qui se révèle aussi splendide que les descriptions le laissaient croire. Contrastant avec le désert alentour, l’irrigation fait des miracles et les villages sont entourés de verdure.

Une fois à Diskit, nous trouvons une guesthouse en deux minutes et conduisons aussitôt la moto chez le réparateur : la boutique est fermée, le gars est parti pour plusieurs jours à Leh ! Heureusement, il y en a un deuxième qui règle le problème pour un prix modique en une heure et demie.

Nous sommes sauvés et pourrons remonter passer le col ! Nous avions envisagé en cas de problème sérieux d’abandonner la moto dans un village et de revenir en stop. Le problème venant clairement d’un manque d’entretien du véhicule (le carburateur était encrassé, le filtre à air détérioré et l’embrayage en mauvaise forme), nous avions des sentiments peu tendres envers le loueur…

Nous pouvons donc faire quelques kilomètres supplémentaires dans la vallée pour aller admirer les dunes de sable. J’essaie alors de conduire le monstre, ce qui n’est pas évident ! La moto est tellement lourde qu’assise dessus à l’arrêt, j’ai du mal à la maintenir en équilibre. Finalement avec un peu d’habitude et beaucoup de concentration cela va mieux, et dès qu’on roule c’est plus facile. Nous faisons les idiots (prudemment) dans la piste sablonneuse qui mène aux dunes. C’est superbe.

Le lendemain il faut déjà repartir vers Leh. Nous resterions bien un jour supplémentaire mais nous n’avons la moto que pour trois jours. Au moment de démarrer la moto : impossible de démarrer le moteur. Au bout de 20 coups de kick, je fini pas pousser Guillaume dans une descente. Toujours rien !

Nous commençons à en avoir légèrement assez de cette sacrée moto. Un indien s’approche alors gentiment, pousse un bouton, et en un coup de kick, démarre la moto. Nous sommes verts : le bouton qui coupait le moteur était en marche !

Enfin c’est le départ. Je « prends le volant » pour les premiers kilomètres afin de préserver un peu Guillaume (et lui permettre de profiter du paysage ce qui est impossible autrement vu l’état de la route): 120 km nous attendent, dont le col et la piste que vous savez. Les militaires à l’arrière des camions sont fans de voir une femme conduire son mari sur une Enfield, nous avons beaucoup de succès, Guillaume subit quelques moqueries et moi quelques vivats… Rigolos mais pas très modernes ces indiens !

Le retour se passe sans encombres, la moto se comporte très bien et passe le col sans problèmes. Nous retrouvons les Belges de l’aller ce qui nous amuse pas mal. Nous voyons des vrais yacks (mais avec leur poil d’été ils sont un peu moins impressionnants).

Nous arrivons exténués à Leh (surtout Guillaume) où nous trouvons de l’eau chaude par miracle dans la douche : génial ! Nous sommes fatigués mais super fiers et heureux de notre aventure… et désormais nous sommes de vrais bikers !

Le loueur nous a laissé la moto un jour de plus gratuitement pour compenser…

Nos impressions en direct!!

N

4 commentaires:

Unknown a dit…

Voilà de l'aventure qui donne envie de vous rejoindre...
Les photos sont très belles, je vous demanderai quelques détails à votre retour...
Pour moi, ce sera un we du 14 Juillet dans les chateaux de la Loire, moins haut mais surement très beau "aussi" !

Bisous,

Amélie

Anonyme a dit…

la vidéo est folle ! allez courage !
Alexis

Anonyme a dit…

Un des plus beaux reportages depuis le début du voyage. Ceci nous donne envie de nous y rendre à notre tour; Peut être un autre jour!!
Merci pour toutes ces belles photos et pour la vidéo et à bientôt sur le blog dont nous apprécions beaucoup l'humour et l'écriture.
On vous aime

Les Pitchouns

Anonyme a dit…

oufissime le treck de 2 roue!!!ca a l'air bien digne dela route face au Huarascan a Santa Cruz ca!j'en profite pour te resouhaiter un mega super bon anniv Edith!hope vs avez eu mon text about it!
jvous embrasse bien fort!!Pril