Le train de nuit nous amène de Jaipur à Udaipur où nous attendons nos cinq compagnons en sirotant notre premier expresso depuis trois mois accompagné d’un Apfel Strudel…
Les villes touristiques ont du bon !
On nous a décrit Udaipur comme la cité la plus romantique du Rajasthan. Ce romantisme doit beaucoup aux deux palais installés sur les îles du lac artificiel d’Udaïpur : le lac Pichola. Malheureusement, les pluies de mousson sont peu abondantes et celui-ci n’est alors rempli qu’à moitié. Une partie de la magie s’évanouit en laissant les abords du lac entièrement découverts et jonché, comme il se doit, de détritus. En revanche, la fraîcheur apportée par la couverture nuageuse et la lumière dorée qui la traverse dans l’après-midi effacent largement cette petite contrariété. Notre hôtel a vue sur le lac et nous passons l’après-midi à lire au balcon en contemplant la vue et les variations de lumière.
Nous y faisons la connaissance d’un professeur d’allemand d’Henri IV proche de la retraite avec qui nous partageons quelques vues sur l’Inde. Cette dame revient tous les ans passer plus d’un mois en Inde depuis 4 ans, notamment dans le Ladakh où elle loge régulièrement chez des amis dans un village perdu et participe aux moissons. Plus routarde que nous !
(Axelle, Julie, Pierre)
Nous retrouvons enfin la bande, assez tard dans l’après-midi, qui a vécu quelques aventures. Les pauvres ont voulu prendre un taxi depuis Bundi pour s’économiser de la fatigue et ont fini avec un chauffeur roublard dans une voiture déglinguée. Après leur avoir fait payer des péages et une crevaison, le chauffeur perd sa roue et l’essieu avec. Le temps de s’arrêter (temps de réaction indien) le feu a pris avec l’échauffement. Ils le maîtrisent heureusement assez vite. A peine le dos tourné, ils se retrouvent abandonnés sur le bord de la route par leur chauffeur indélicat qui a pris soin de fermer sa voiture… avec leurs sacs dedans. Il s’agit heureusement d’une voiture indienne et ouvrir la fenêtre de l’extérieur n’est pas très compliqué, ils sautent alors dans un camion et finissent par trouver l’aventure amusante : après tout, ils n’ont pas payé le chauffeur ! Mais par une coïncidence typiquement indienne, dans ce pays d’un milliard d’habitants, l’homme qui leur ouvre la porte du camion à l’arrivée se trouve être précisément Jean-Paul, leur chauffeur malhonnête. Ils refusent de payer, un attroupement se forme (et 70 indiens autour de soi, c’est assez impressionnant), l’atmosphère s’échauffe, les filles veulent abandonner… Et la police arrive.
(Claire)
L’affaire sera finalement réglée par Pierre au commissariat. Ils transigent à moitié prix. Pas mal au bout de trois jours en Inde !
Nous finissons autour d’un bon dîner avec les autres amis retrouvés à Jaipur.
Nous sommes en basse saison et les indiens inoccupés nous sollicitent beaucoup. Udaipur fait partie des étapes prisées par les français ce qui nous vaut de nombreux « bonjour » intéressés, vite remplacés par les plus classiques « Come to my shop ». Nous aspirons de plus en plus à notre retour à l’anonymat. Cela fait presque un an que nous sommes de vrais phénomènes. Partout, nous sommes sollicités, rarement pour signer des autographes et plus souvent pour soulager notre porte monnaie : nous ne pouvons faire un pas dans une ville sans être abordés de toutes parts. Nous bénéficions d’une relative tranquillité en Amérique latine qui a disparu depuis les Philippines et l’Asie du Sud Est. Quand ce n’est pas intéressé, c’est moins pénible parfois même assez amusant mais souvent lassant à la longue. De manière à ne plus avoir à le répéter je mesure 1,93m, ce qui fait plus de 6 pieds et, oui, c’est assez grand mais en France les gens sont beaucoup plus grands qu’ici. Je suis français de France et habite à Paris et m’appelle Guillaume. Qu’on se le tienne pour dit !
En Inde, et particulièrement à Udaipur, les commerçants et chauffeurs de rickshaws sont TRES insistants. C’est souvent fatigant et nous nous en voulons de leur répondre parfois sèchement voire durement. Quand nous n’en pouvons vraiment plus, nous nous réfugions dans une ignorance que nous trouvons détestable. Nous avons beau savoir que leur voix mielleuse cache à peine une démarche manifestement intéressée, nous nous interrogeons sur l’intérêt de voyager dans un pays lorsque la partie de la population avec laquelle nous sommes, par la force des choses, le plus souvent en contact, nous inspire un rejet récurrent.
(Le City Palace)
Quel bonheur ce sera de marcher incognito dans les rues de Paris, que c’est difficile d’être une star !
A Udaipur, nous avons finalement décidé de rester avec nos amis jusqu’à Jaisalmer pour profiter de leur compagnie et éviter de nous retrouver perdus en Inde, au moment d’un léger coup de blues. Nous comptions d’abord rester quelques temps de plus dans cette ville mais nous nous sommes rendus compte, qu’à nos yeux, aucune ville d’Inde n’est agréable. On peut y voir de très belles choses, un palais, une forteresse, un temple, des bazars colorés et animés, mais on ne peut pas y déambuler sans but en profitant facilement du spectacle. Marcher dans une ville indienne et spécialement dans les centres historiques relève de la gageure. A chaque instant, on risque de s’étaler dans une bouse de vache, d’être éborgné par un rickshaw qui vous frôle à toute allure, de finir sourd à force d’endurer les klaxons surpuissants des motos et des mêmes rickshaws, d’être encorné par une vache car vous portez un polo rouge (vécu à Jodhpur), de vous retourner l’estomac à cause des effluves puantes qui vous entourent, enfin, il y a toujours un infirme ou un enfant sale pour s’agripper à votre manche et vous demander de l’argent avec un air de chien battu.
Tous les sens sont sollicités et l’on fatigue vite. Udaipur n’échappe que partiellement à cette règle et nous abandonnons donc l’idée utopique de promenades romantiques qui nous feraient déambuler dans de charmantes ruelles au coucher du soleil. Ces ruelles perdues sont en fait des égouts à ciel ouvert. Les autres du centre ville sont couvertes de boutiques à touriste (et puent aussi d’ailleurs). Enfin, plus loin du centre, c’est plus calme et relativement plus propre mais cela n’a pas beaucoup de charme.
Bref le romantisme se cantonne à la très belle vue sur le lac.
Comme nous avons besoin d’un peu d’action, trois jours pour la contempler nous suffisent et nous ne voyons pas bien ce que nous ferons en restant ici.
(Groom du lake palace)
Le petit coup de blues vient de deux choses, la première, cette impression que dans le circuit touristique du Rajasthan, aucune ville n’est vraiment agréable (même si on y voit des choses superbes), la deuxième, nous nous sommes beaucoup occupé de notre retour à Leh et le fait de revoir des amis nous rappelle encore plus la France. On habite tout de même dans un beau pays et nous serons heureux de le retrouver !
Comme prévu le blues passe cependant assez vite.
Cette description de l’Inde et de ses habitants doit vous sembler assez noire, mais il est vrai que ce pays est épuisant pour le voyageur, et avec dix mois dans les pattes, nous accusons un peu le coup. Ces critiques ne nous empêchent pas de profiter de tout ce que l’Inde propose au voyageur, un dépaysement inégalé, une architecture superbe, des costumes chatoyants, une cuisine agréable… Mais, en routard, tout ça se mérite un peu !
Nous partons alors pour Ranakhpur, un superbe temple Jaïn, sur la route de Jodhpur. Trajet presque sans histoires, nous ne perdons que 45mn à cause d’un camion renversé sur un pont. La dépanneuse pèse le quart du poids du camion et le traîne centimètres par centimètres. Nous sommes étonnés qu’en bons indiens ils ne l’aient pas jeté dans la rivière en contrebas.
Nous attendons la manoeuvre confortablement installés à l’indienne. Nous n’avons pas vraiment la technique…
(Guillaume et Philippe)
Les descendants des fiers guerriers Rajputs nous ignorent superbement.
Nous profitons de la cantine ouverte à tous les visiteurs. Elle sert pour un prix modique des plats très lourds en grosse quantité. Ce n’est pas fameux et nous reste un peu sur l’estomac. Philippe en sera malade pendant trois jours…
Le temple est en revanche absolument superbe, intégralement en marbre et porté par une forêt de 1444 piliers, tous sculptés. Les descriptions architecturales n’étant pas mon fort, je vous laisse admirer les photos. Nous n’avons pas étudié le jaïnisme donc nous n’en dirons rien ici, mais c’est une religion datant du VI eme siècle av J.C.
Une de ses particularités dans sa forme la plus rigoriste est le respect absolu de tous les êtres vivants : les jaïns portent donc un masque devant la bouche pour ne pas absorber d’insectes et balaient le sol devant eux pour éviter de marcher sur les fourmis et autres rampants.
Mauvaise nuit dans une mauvaise chambre sous une grosse chaleur. Lever (trop) tôt pour attraper le premier bus en direction de Jodhpur où nous passons l’après-midi à nous reposer.
Pour conclure nous voudrions souligner le sans-gêne des indiens qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Cependant, ces façons de faire sont tellement ancrées chez eux qu’ils le font simplement par habitude, sans méchanceté, et sans réelle impolitesse pourrait-on dire. Pour des occidentaux, c’est tout de même bien difficile à supporter !
Les asiatiques sont tous d’un sans-gêne qui n’a rien à voir avec ce qui peut se passer chez nous. Mais les Indiens obtiennent la palme haut la main.
(Axelle)
Exemples :
Vous voulez acheter un billet de bus. Aucune queue n’existe, et les comportements sont les mêmes que dans une école maternelle au moment de la distribution de chocolat : je pousse le voisin, lui écrase le pied pour passer devant lui, joue des coudes pour écarter celui qui veut me contourner par la droite, me faufile entre les deux grands de devant…et arrive le premier au guichet ! Pour réussir à contenir le flot des indiens louvoyants, les trois garçons ont été contraints de former une muraille afin d’obtenir nos tickets.
(Edith avec Julie)
Vous êtes tranquillement installé dans le bus, avec deux énormes sacs à dos installés sur le siège à votre gauche car il n’y a pas de soute à bagages. Comme ils vous tombent dessus dans les virages, vous vous levez pour les remettre en position et dégager plus de place. Pendant ce temps, une indienne plus fourbe que les autres vient tranquillement se glisser à votre place, sous vos genoux. Ravie de son coup, elle refuse de partir, avec un sourire jusqu’aux oreilles, et vous oblige à faire le voyage collé-serré entre elle et les fameux sac à dos. (vécu par Claire)
Vous êtes tranquillement dans un bus, fatigué comme de coutume, prêt à vous endormir sur votre siège, lorsque votre voisin décide d’écouter toutes les sonneries de son nouveau téléphone portable. Il branche son appareil à plein tube, et vous casse les oreilles. Puis il regarde un bollywood hurlant sur son téléphone super moderne. Personne n’est gêné sauf vous (les Indiens ne doivent pas avoir les mêmes oreilles que nous tant le bruit semble leur être indifférent pour ne pas dire agréable), mais si votre voisin n’a pas envie d’arrêter, impossible de rien faire. Heureusement la dernière fois, notre voisin gentil et compatissant a consenti à baisser le volume…
Vous montez dans le bus à un arrêt intermédiaire, et vous asseyez à une place vide dans un bus intégralement vide. Un homme d’un tempérament fort méchant, très grand et gras arrive et menace presque de vous mettre une claque, vous sommant de dégager comme s’il parlait à un chien galeux, prétendant que c’est sa place. (vécu par Julie)
Nous voulons revenir sur ce dernier point. La société Indienne est extrêmement violente, mais de façon plus cachée que ce que nous avion pu voir au Mali. Ce n’est pas vraiment par les coups mais par les comportements et les échanges verbaux qu’on s’en rend compte. Entre deux personnes, il y a toujours un rapport hiérarchique. Celui qui est supérieur (par sa caste, ou sa taille, ou la taille de son véhicule, etc) peut tout simplement traiter l’autre comme un chien, avec un dédain parfois indécent, et se prive rarement de le faire. L’inférieur n’a qu’à déguerpir sans demander son reste et s’estimer heureux ainsi.
Les blancs sont sans caste et donc on peut les ranger avec les intouchables. Théoriquement un brahmane pourrait être offensé d’avoir été touché par un blanc. Mais, le pouvoir de l’argent a aussi son petit effet en Inde, et souvent on est très bien traité.
2 commentaires:
Salut Edith, Salut Guillaume
J'espère que vous n'en m'en voudrez pas mais je ne peux résister à 'envie de défendre l'Inde et les Indiens... Je vous trouve extrêmement dur et je veux croire que vos 11 mois de voyage dans les jambes sont la raison de votre déception concernant ce pays... J'y ai passé deux mois fantastiques à vivre et à travailler avec des Indiens. Je reconnais leur côté envahissant, mais il est tellement dommage de s'arrêter à cela. Je suis passée par Udaïpur et Agra et il est vrai que ce sont des régions extrêment touristiques. L'Inde ne s'arrête pas à cela. Pour tous ceux qui seraient tentés par ce pays : j'espère que vous ne serez pas découragé par les impressions de nos globe trotters...
Je vous embrasse tous deux et vous souhaite de profiter de vos derniers instants à l'indienne !!!
Shanti ...
Camille B.
Chere Camille
Merci pour tes fidèles commentaires. C'est vrai qu'on y est allé un peu fort, dans le feu de l'action. On va tenter de nuancer ça, mais on maintient que c'est un pays bien étrange comparé au reste des pays en développement! Et puis y voyager ou y faire un stage ou de l'humanitaire sont des expériences bien différentes les unes des autres, on parle ici en tant que voyageurs fatigués vivant une expérience particulière qui ne reflète pas du tout la diversité de ce qu'on peut vivre dans ce pays.
Mais tu as bien raison, il faut y aller, c'est un endroit unique au monde!!
biz
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