jeudi 31 juillet 2008

Jaisalmer


Nous quittons Jodhpur pour Jaisalmer, la ville dorée aux portes du désert du Thar. Six heures de bus, notre dernier bus si tout se passe bien. Nous prendrons une voiture en Afrique du Sud. Après des centaines d’heures passées dans ce type de véhicule, nous sommes presque émus, et surtout soulagés !! Pour l’occasion je suis malade, sinon ce ne serait pas drôle, mais heureusement tout se passe bien. Le trajet paraît quand même interminable… On ne s’habitue jamais à des moyennes aussi lentes.

(Philippe, Guillaume, Guillaume)

Nous avions réservé un hôtel contrairement à l’habitude, mais celui-ci ne correspond pas à ce qui nous avait été promis. Nous étions au demeurant très étonnés par notre expérience à Jodhpur : tant de fiabilité chez des indiens tenait du miracle.

Nous finissons par dégotter la perle rare, un hôtel tout neuf d’un certain standing, dont nous sommes les premiers clients.

Malgré le standing, plusieurs choses rappellent l’approximation indienne. L’évacuation du lavabo crée une mousse abondante qui vient recouvrir les pieds de l’utilisateur, l’enduit a été fait après l’installation de la baignoire, celle-ci en est donc recouverte, le ventilateur est mal équilibré et commence à grincer au bout de deux jours, et par un étrange miracle de tuyauterie, lorsqu’on tourne le robinet d’eau chaude de la douche, l’eau coule…du lavabo distant de deux mètres !


(Philippe)

La chaleur est étouffante mais sèche, donc plus supportable. La petite ville est franchement calme pour une ville indienne, et même si le Fort est envahis de vaches sacrées et de leurs bouses, les havelis (maisons traditionnelles finement ouvragées) en grès doré sont superbes.

Nous visitons les temples jaïns de la ville. Ici comme ailleurs, les yatis (moines) de cette religion sont tous disposés à vous guider dans le temple ou à vous apposer un tilak (point de couleur) sur le front, mais toujours en échange d’une offrande qu’ils réclament avec insistance. Pour des occidentaux, cela ne colle pas tellement avec la définition d’un « saint homme ». Les moines jaïns font pourtant vœu de renoncer à tout don superflu mais ils semblent flexibles de ce côté là. D’ailleurs les troncs à offrandes recommandent de ne pas leur donner de pourboire.

(Pierre et Axelle)

Philippe ressuscité, c’est au tour de Claire, de Julie puis d’Axelle d’être victimes de l’Inde, sa nourriture et ses microbes.

Nous sommes assez convaincus d'avoir acquis un bon sens de l’économie de soi en voyage, et le rythme soutenu du groupe depuis que nous les avons rejoint n’est pour nous pas étranger à ces troubles.

Je pars donc seule avec les garçons le lendemain pour faire un tour en moto. Nous visitons le temple de Lodhruva ainsi que des cénotaphes (tombes) très jolis mais malheureusement cernés par d’immenses champs d’éoliennes.


Nous faisons ensuite un aller-retour express jusqu’à Khuri et ses dunes de sable, à 40km de là. Nous avons présumé de la puissance de nos motos et ne pouvons passer qu’une demi-heure sur place (il est trop dangereux de rouler de nuit). Cela nous permet quand même à Guillaume et moi de faire une balade en dromadaire de 10 minutes, juste le temps de trouver ça drôle sans se lasser pour fêter un peu en avance mon anniversaire.

Cette « expédition dans le désert » est néanmoins un peu décevante même si nous nous en doutions : les dunes sont environnées de végétation, et parsemées de détritus laissés par les touristes. A notre arrivée en moto, dix chameliers font la course au grand trot pour nous rattraper et se battent presque pour nous parler, deux petits vendeurs de chips, un vendeur de tam-tam, et un manchot mendiant viennent ensuite nous importuner… hum, le coucher du soleil romantique dans le désert sera pour une autre fois !

Le lendemain matin, réveil en fanfare pour Edith avec un « joyeux anniversaire » bien sympathique ! Nous nous offrons un bon petit déjeuner, suivi presque immédiatement d’un dernier déjeuner tous ensembles. Nous quittons la joyeuse bande avec un pincement au cœur : c’était tellement sympa d’avoir un avant-goût du retour et des retrouvailles anticipées !

Mais ces dix jours en bonne compagnie nous ont regonflés à bloc; il est tellement plus reposant de voyager à plusieurs. Nous nous sommes largement reposé sur les autres pour l’organisation, et trouvons qu’il est vraiment miraculeux que des billets de bus, des réservations d’hôtels, des choix de restaurants, des achats de chips et de bouteilles d’eau se fassent « tous seuls » sans que nous ayons besoin de nous en occuper personnellement ! Pouvoir être un bon petit mouton, suivre les yeux fermés : le bonheur. Le luxe suprême du groupe consiste à pouvoir former un cercle de protection dans les gares de bus, sacs à dos méchamment tournés vers les rickshaws et autres solliciteurs excités afin de réfléchir dans une bulle de tranquillité.


(Pierre, Philippe, Guillaume et Guillaume)

Quelques mots sur le Rajasthan

La région du Rajasthan (terre des rois) que nous avons visitée est connue pour ses superbes palais et son histoire glorieuse. Les Rajputs, de fiers guerriers avec un grand sens de l’honneur en étaient les bâtisseurs, et préféraient se suicider plutôt que de capituler face à l’ennemi.

Dans la même veine, selon la tradition du sati, les femmes rajputes, comme d’ailleurs dans le reste de l’Inde jusqu’à ce que les anglais abolissent cette pratique, se jetaient dans le bûcher funèbre de leur mari pour l’accompagner dans la mort.

Sous l’influence des Moghols musulmans qui dominaient le nord de l’Inde du XVIe au XVIIIe, les Rajput adoptèrent la tradition du purda qui veut que les femmes soient cachées du regard des hommes. Elles étaient donc voilées, se déplaçaient dans des palanquins voilés, et vivaient à part dans le zénana, la partie du palais réservée aux femmes. Les fenêtres des palais, comme dans l’architecture arabe, étaient joliment ornées de l’équivalent des moucharabiehs, appelés ici jali.

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