Nous voyageons pendant quelques jours en compagnie de deux Québécoises (Carine et Catherine) et une Belge (Marie) d’une trentaine d’années, ravis de pouvoir parler français avec elles. Le contact est très bon, elles sont toutes en voyage pour de plus de 4 mois ce qui nous rapproche pas mal dans notre façon de faire.
Nous prenons ensembles un bus pour remonter vers le nord du pays et nous nous arrêtons, après 9h d’un trajet interminable, dans la ville de Thakek. Suivant leur envie, nous optons pour une guesthouse conseillée par le LP loin du centre-ville, qui évidemment a monté ses prix depuis notre édition du guide (il y a pourtant 6 mois seulement…). Trop fatigués pour changer, nous nous installons après avoir échoué dans nos négociations : on ne peut pas réussir à chaque fois !
Cette expérience nous ouvre les yeux : nous étions certains que tous les voyageurs longue durée détestaient ces repaires à backpackers, mais après une longue étude, ce sont surtout les couples qui évitent ces endroits. Evidemment, il est plus facile de rencontrer des compagnons de route temporaires dans ces endroits, et les voyageurs solitaires apprécient donc énormément.
Thakek ne présente en elle-même que peu d’intérêt. Notre arrêt ici a pour objectif de trouver un moyen de transport (de préférence rapide et amusant comme des motos pour changer) pour nous rendre à Tham Kong Lo, petit village à 100km de là qui abrite une fabuleuse grotte.
Malheureusement, louer une moto ici ne s’avère pas très adapté car cela oblige à faire l’aller-retour, et nous voulons ensuite remonter vers Vientiane. La route directe que nous imaginions n’existe pas.
Nous reprenons donc le lendemain un transport local pour nous rapprocher encore avant de louer les motos dans un endroit plus approprié. Pour les courtes distances, les bus sont remplacés par les sawngthaew. Ce nom bizarre et imprononçable désigne des mini-camions dont l’arrière a été bâché et pourvu de bancs pour les convertir en moyens de transports fret et passagers. L’idée est de bourrer le fond du véhicule et l’espace sous les bancs de sacs de riz, bouteilles de soda, bidons (ou barils) d’essence, plaques de tôles etc… et un fois qu’on a atteint le poids limite théorique supportable par le véhicule, on rajoute les passagers qui peuvent être jusqu’à trente tassés les uns sur les autres, sans oublier quelques poulets vivants, ou autre poissons encore frétillants… Les arrêts fréquents et la puissance fulgurante de ces Formules 1 laotiennes permettent de se déplacer à 35km/h en moyenne. Nous avons décidé de les appeler (très librement d’ailleurs) les Séwèneguétou, mais il paraît que cela se prononce plutôt Sungto… Trop tard, nous conservons notre prononciation comprise de nous seuls !
Apres cinq longues heures, alors que nos fesses paralysées par les cahots sont devenues insensibles, nous arrivons exténués à Na Hin. Après un rapide déjeuner en compagnie des trois filles, et malgré nos multiples propositions de faire route ensembles en moto, elles préfèrent se rapprocher encore de la grotte et dormir chez l’habitant
Ravis de pouvoir enfin nous poser après tant de trajets, nous lisons et nous reposons tout l’après-midi. Malheureusement il n’y a pas internet au village.
Le lendemain nous nous réveillons sous la pluie. Depuis quelques jours nous jouons de malchance et de gros orages annonciateurs de la mousson s’abattent sur le pays. Arrivés trempés et congelés à la grotte ne nous attire que moyennement, nous attendons donc que l’orage passe pour louer nos bécanes. Coup de chance, la pluie s’arrête rapidement.
Nous partons sur la piste encore glissante, demandant notre chemin à chaque croisement. Les habitants nous regardent passer amusés. Nous traversons des rizières et des villages dominés par les lointaines falaises de calcaire qui font beaucoup penser aux paysages de la baie d’Halong : c’est splendide, même s’il fait encore gris.
Au milieu de la route, surprise : une rivière très gonflée par la pluie du matin doit être traversée à gué. Nous sommes un peu désemparés : elle est clairement trop profonde pour passer moteur en marche. Nous nous déchaussons, et heureusement, comme toujours dans ces cas là (ce voyage nous a appris à nous en remettre avec confiance à la providence se manifestant sous forme de gentils passants), un local tout sourire vient nous montrer le meilleur passage et aide Guillaume à porter la moto à travers le fort courant. Je me charge de nos chaussures.
Nous arrivons sans encombres à la grotte. Enfin, nous avons été obligés de mettre nos quatre pieds dans la gadoue jusqu’à la cheville pour éviter à la moto un dérapage incontrôlé dans une énorme flaque. Bref, enfin à bon port, nous ne voyons personne. La distance qui sépare cette grotte de la civilisation semble clairement la préserver d’un tourisme de masse !
L’entrée de la grotte nous fait face, superbe, bordée par un joli lac bleu. Des villageois arrivent finalement et nous pouvons convenir d’une balade en bateau. En effet, cette fameuse grotte est exceptionnelle par plusieurs aspects. Non seulement elle mesure 7km de long, mais en plus une rivière souterraine navigable la traverse .
Nous embarquons sur un pirogue amarrée dans un petit lac à l’intérieur de la grotte. Le moteur est tout simple et actionne une minuscule hélice fixée au bout d’un immense bras de métal : c’est le genre d’engins qu’on voit depuis les Philippines sur toutes les embarcations.
Notre conducteur et son aide (qui scrute à l’avant pour éviter les rochers et les obstacles) sont équipés de lampes de poches frontales puissantes, comme celles de mineurs, portant la batterie à la ceinture. Nous avons emporté nos lampes de poches, mais leur faible lueur est presque inutile.
La grotte est immense, on a l’impression de rentrer dans le ventre de la terre. C’est vraiment impressionnant. Parfois les salles que nous traversons font 100m de haut et de large. La rivière est plutôt petite, et comme nous remontons le courant, à certains moments nous devons descendre de l’embarcation et tirer la pirogue pour remonter des sortes de marches de calcaire.
Le noir est total, et cela n’arrive pas si souvent d’être dans le noir complet. On se dit que nos vies ne tiennent qu’à un fil : les batteries de nos lampes de poche ! Sans lampes dans cette immense caverne, il faut certainement plusieurs heures voire jours pour sortir. Nous imaginons l’angoisse de se retrouver dans le noir total avec seulement des bruits d’eau pour compagnons, ayant l’impression à chaque instant d’être frôlés par des créatures mystérieuses et terrifiantes, obligés de nager pour trouver la sortie.
Car dans cette obscurité avec des formes de rochers bizarres et des formations calcaires partout, accompagnés de deux villageois qui ne parlent pas un mot d’anglais et ont nos vies entre leurs mains, nous ne faisons pas les malins… Lorsqu’il faut pour la première fois mettre les pieds dans l’eau pour pousser le bateau, nous sommes plutôt réticents, pleins de visions des créatures bizarres qui pourraient se développer dans cette eau obscure. Certainement des vers ou des bêtes monstrueuses, comme dans les abysses…
Mais à part une sorte de touffe d’herbe bien mystérieuse dans cette obscurité, nous ne voyons rien d’anormal, et finissons par nous habituer et nous détendre. Pourtant ce milieu sans lumière est profondément hostile. Au bout de 30 à 40 min de traversée dans les profondeurs, on finit par se demander si la grotte a bien une fin, et on se surprend à retrouver beaucoup moins enfouis qu’on ne croyait de vieux souvenirs de peur du noir. (Guillaume ne cautionne pas mais il n’était pas si fier) Dit-elle.
Par moments, des cascades d’eau tombent du plafond et notre chauffeur les évite tant bien que mal pour éviter que nous soyons trempés.
Lors d’un des arrêts un de nos deux guides nous emmène escalader les parois pentues et glissantes de la grotte pour admirer des formations calcaires (stalactites, stalagmites, piliers étranges et autre dégoulinades aux noms savants). Elles ne sont en fait pas si nombreuses, et la grotte est plus impressionnante par ses dimensions gigantesques de cathédrale de 7km de long.
Parfois des plages de sable et de galets déposés à l’intérieur des méandres semblent nous inviter à accoster.
Finalement on arrive de l’autre côté, soulagés et heureux de voir la lumière du jour ! Nous sommes passés sous l’immense falaise de calcaire. Après une petite pause pour permettre à nos deux guides de se reposer, nous repartons par le même chemin, cette fois en allant beaucoup plus vite : nous sommes dans le sens du courant. Une seule lampe est en fait nécessaire à notre chauffeur pour se repérer dans sa grotte qu’il connaît par cœur. Nous croisons deux autres bateaux qui paraissent bien irréels avec leurs deux petites loupiotes comme seul signe de vie.
Le retour passe beaucoup plus vite que l’aller, mais finalement, une fois qu’on a vu ce que c’était, on n’est pas forcément demandeur de rester là-dessous plus que nécessaire, et ce retour rapide n’est pas si décevant.
Une expérience étonnante et qui vaut largement les trois jours de transports nécessaires !
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