Le Laos du XIIIe au XIXe
Au milieu du XIIIe siècle la région Indochinoise comptait au sud, le grand empire Khmer (englobant le sud de la Thaïlande et du Laos en plus du Cambodge actuel), et au nord l’Empire Mongol Yuan de Chine. Entre ces deux puissances, le prince Sukhotai créa son royaume dans le nord de la Thaïlande.
Au Laos plusieurs royaumes cohabitaient, dont ceux de Luang Prabang et de Vientiane.
Le pouvoir grandissant de Sukhotai obligea les Khmers à se chercher un allié dans la région qu’ils trouvèrent en la personne de Fa Ngum, un prince Lao éduqué à Angkor. Ils lui donnèrent une armée et une princesse Khmer, et celui-ci en unissant tous les royaumes du Laos constitua Lan Xang, « le Royaume au million d’éléphants » dont la capitale était Luang Prabang. Le Laos était unifié pour la première fois de son histoire. Plusieurs rois lui succédèrent.
En 1479 les Vietnamiens envahirent le royaume. D’après les chroniques laotiennes, le roi du Laos de l’époque possédait un éléphant blanc symbole de richesse et de pouvoir. Le roi du Vietnam demanda à avoir la preuve de l’existence de l’animal. On lui répondit par une provocation. Furieux, le roi du Vietnam déclara la guerre. Les Vietnamiens mirent Luang Prabang à sac, mais la malaria et la guérilla menée par les Lao les forcèrent à se retirer.
En 1501 sous le règne du roi Visoun, le royaume de Lan Xang connu une renaissance culturelle, et le Pha Bang, une image sacrée du Bouddha fut amenée à Luang Prabang.
En 1560, la pression d’une nouvelle puissance dans la région, les Birmans, contraignit le prince de l’époque (Setthathirat) à déplacer sa capitale à Vientiane. Il y emporta une autre image du Bouddha, encore plus puissante selon lui, le Bouddha d’Emeraude.
Ce roi fut le plus grand bâtisseur laotien, il fit construire un nombre innombrable de temples à Luang Prabang, puis à Vientiane, où il fit également élever des remparts et des douves. Il mourut dans une guerre contre les cambodgiens, ouvrant une période de divisions et de guerres intestines de soixante ans.
En 1638, le roi Suriya Vongsa fut couronné. Il resta sur le trône pendant 57 ans, son règne constituant l’âge d’or du royaume de Lan Xang. Le rayonnement culturel et spirituel de Luang Prabang attirait alors des moines de toute l’Asie du sud-est. Trois ans après son accession au trône, le premier européen, un marchand hollandais, visitait le Laos. Quelques années après il fut suivi par un Jésuite qui séjourna cinq ans à Vientiane, sans réussir à convertir un seul Lao.
A la suite d’un problème de succession à la mort du roi Suryia Vongsa, le royaume de Lan Xang se retrouva divisé en quatre faibles royaumes qui se retrouvèrent rapidement dominés par les Birmans auxquels ils payaient un tribut.
Mais le Siam (pre-Thaïlande), après avoir été défait par les Birmans, retrouva sa vigueur, et repoussa les Birmans loin au nord. En 1779, tous les royaumes du Laos reconnaissaient le roi du Siam comme suzerain, et le fameux Bouddha d’Emeraude avait été emporté à Bangkok.
Le roi Chao Anou, lorsqu’il accéda au trône, se promit de rendre au Laos son indépendance, et en 1826, il attaqua par surprise le Siam. Malheureusement, l’armée Lao fut repoussée et le Siam prit Vientiane. Le roi Chao Anou prit la fuite, et fut capturé lorsqu’il tenta de reprendre la ville un an plus tard. Vientiane fut alors mise à sac par le Siam, sa population déportée, et le roi Chao Anou mourut en prison à Bangkok.
Pendant les soixante années suivantes, les royaumes du Laos subirent la domination de plus en plus étroite du Siam.
Ce dernier affirmait d’autant plus sa domination qu’il était soumis à la pression d’une nouvelle puissance dans la région, la France, qui avait imposé un protectorat sur la plus grande partie du Cambodge en 1863.
La présence Française
En 1893, les Français firent canonner le palais royal de Bangkok pour mieux convaincre le Siam de leur laisser le Laos. Ce dernier devint dès lors une colonie française.
Ils rétablirent la capitale à Vientiane (nom francisé de Vieng Chan), mais le réel pouvoir s’exerçait depuis Hanoi, la capitale de l’Indochine Française. Les Français espéraient étendre leur empire en y incluant tout le nord-est Thaïlandais qui comportait 80% de population d’origine Lao. Mais la Première Guerre Mondiale modifia leurs préoccupations, et finalement le territoire Lao des Français comprenait surtout des minorités ethniques, puisque moins de la moitié de la population était Lao.
Les Français firent construire le palais du résident supérieur, une prison, un tribunal, des baraquements pour un détachement militaire, puis des écoles, un hôpital, etc. Ils amenèrent avec eux une cohorte d’interprètes et de domestiques, presque tous vietnamiens. Des marchands chinois et français vinrent aussi s’installer. Mais la ville prospérait lentement, et en 1925 elle ne comptait encore que 8000 habitants !
Le Laos n’ était pas vraiment rentable, et pesait lourd dans le budget de l’Indochine. La corvée fut instaurée pour construire des routes, les taxes étaient élevées, mais cela ne suffisait pas. Malgré un peu d’exploitation forestière, la découverte d’étain, quelques plantations de café dans le sud et d’opium dans le nord, les profits étaient maigres.
Le système colonial fonctionnait à trois étages : les chefs traditionnels des minorités étaient encadrés par les domestiques Vietnamiens qui rendaient des comptes aux coloniaux français.
La collecte des impôts en espèce et non en nature provoqua du mécontentement et des rebellions parmi les Lao que les Français eurent du mal à calmer.
Les Français ont tenté une Vietnamisation du Laos pendant l’entre-deux guerre, car les Lao étaient beaucoup moins travailleurs et efficaces que les Vietnamiens. Mais la crise de 1929 coupa court à ce projet faute de moyens.
Les Français au temps de l’Indochine avaient coutume de dire « les Vietnamiens font pousser le riz, les Cambodgiens le regardent grandir, et les Laotiens l’écoutent pousser… »
Le nationalisme au Laos mis plus de temps à émerger qu’au Vietnam, en partie parce que l’élite locale trouvait le prétexte de la protection contre le Siam assez convaincant. Ils supportaient en revanche assez mal la présence nombreuse des Vietnamiens.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le Siam allié aux Japonais récupéra une partie des territoires qu’il estimait avoir perdu cinquante ans plus tôt au profit des Français. Pour contrer les velléités du Siam, les Français encouragèrent un sentiment nationaliste lao.
La France de Vichy autorisa l’armée japonaise à circuler librement en Indochine, mais en 1945, les Japonais, sentant que les Français étaient en train de retourner leur veste et de passer du côté des alliés, firent emprisonner toute l’administration et l’armée coloniale. Leur domination sur le Laos dura six mois, jusqu’aux bombardements atomiques. Pendant leur brève domination, les Japonais contraignirent le roi Sisavang Vong à déclarer l’indépendance du Laos. Un mouvement nationaliste fut crée, le Lao Issara (Lao Libre), qui constitua un gouvernement d’intérim sous la direction du Prince Phetsarat (un cousin du roi) au départ des japonais. Mais le roi, persuadé que son pays avait encore besoin de la France, revint sur sa déclaration d’indépendance et démit son cousin. En réaction, l’Assemblée Nationale à majorité nationaliste déposa le roi.
Mais en 1946 les forces françaises parvinrent à reprendre le contrôle du Laos, forçant le gouvernement nationaliste Lao Issara à l’exil.
Pendant les trois ans qui suivirent, les Français tentèrent de corriger les erreurs du passé. Ils ouvrirent le premier lycée du pays, et le Laos obtint plus d’autonomie et de pouvoir au sein de la Fédération Indochinoise, avec sa propre Assemblée. Le Laos restait cependant bien sous contrôle français. Mais en 1949 les difficultés au Vietnam s’accroissant, le Laos obtint encore plus d’indépendance, et celle-ci fut même reconnue par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Les leaders exilés du Lao Issara revinrent au pays pour prendre part au jeu politique.
Plusieurs courants emmenés par des princes de la famille royale coexistaient alors :
-ceux qui voulaient gagner toujours plus d’indépendance par rapport à la France en passant par la voie légale
-ceux qui s’alliant au Vietminh constituèrent le Pathet lao, mouvement communiste révolutionnaire dirigé par le prince Souphanouvong qui entretenait une guérilla.
La guerre du Vietnam
En 1953 le Vietminh envahit le nord-ouest du Laos. Il fut repoussé par les Français mais la région passa sous l’influence communiste du Pathet Lao. Après Dien Bien Phu, la France accorda son indépendance au Laos en octobre 1953, mais deux provinces du nord-est sous le contrôle du Pathet Lao demeuraient séparées du reste du pays.
La guerre froide s’invita alors sur le théâtre Lao, avec d’un côté le Pathet Lao qui recevait armes et soutien du Vietnam nord, et le roi, soutenu par les Etats-Unis, pour qui le principal objectif était le réunification du pays. Le seul moyen de s’en sortir pour le Laos était de demeurer neutre, ce que les États-Unis ne voyaient pas d’un bon œil, persuadés que les communistes en profiteraient pour prendre le pouvoir.
Finalement les deux factions parvinrent à un compromis, et en 1957 on forma un gouvernement de coalition intégrant des membres du Pathet Lao. Cette décision eut pour conséquence d’assécher l’aide américaine dont le Laos dépendait terriblement depuis 1955. La sévère crise financière et politique qui suivit fit chuter le gouvernement de coalition, et avec le soutien des Etats-Unis, un gouvernement de droite, excluant les communistes, fut mis en place.
Le Pathet Lao sous la direction de Kaysone renforça la guérilla, recrutant parmi les tribus montagnardes. La crainte d’un coup d’État porta le Général Phoumi au pouvoir en tant que super ministre de la défense, avec le soutien américain.
Le 9 Août 1960 pendant que le gouvernement assistait aux funérailles du roi à Luang Prabang, les troupes parachutistes de l’armée royale prirent le pouvoir à Vientiane, exigeant le retour du Laos à la neutralité. Le Général Phoumi pris la fuite, mais grâce à l’aide américaine, il fut prêt en quelques mois à marcher sur Vientiane pour reprendre le pouvoir. La guerre civile éclata opposant trois factions : le gouvernement neutraliste, la droite « américaine » du Général Phoumi, et le Pathet Lao communiste soutenu par Moscou.
Lors d’une nouvelle conférence à Genève en 1961, les Etats-Unis laissèrent leur chance à la neutralité Laotienne, et une nouvelle coalition tripartite fut mise en place. Mais au bout de deux ans la coalition éclata à cause de la guerre du Vietnam : ni les Nord Vietnamiens, ni les Américains n’avaient respecté les accords de neutralité, et continuaient de soutenir leurs factions respectives. Les infiltrations du Vietminh au Laos étaient en effet trop stratégiques pour être laissées de côté…
En raison de l’utilisation du territoire lao par le Vietminh, notamment pour faire avancer la piste Ho Chi Minh (une piste à travers la jungle permettant aux Nord Vietnamiens de s’infiltrer au sud), les Etats-Unis commencèrent à bombarder l’est du Laos qui devint le pays le plus bombardé de l’histoire : plus de 2 millions de tonnes de bombes ont été lâchées sur le pays. Mais les membres du Vietminh étaient toujours plus nombreux au Laos. Le Pathet Lao, allié au Vietminh, profita de l’avancée de ce dernier, et à la fin de la guerre du Vietnam, il contrôlait les 4/5e du pays.
En 1973, à la fin de la guerre du Vietnam qui signifiait également la paix pour le Laos, un troisième gouvernement de coalition fut mis en place, mais cette fois il ne comprenait qu’un seul neutraliste, le reste était soit communiste, soit de droite.
Mais il était clair que le plan du Pathet Lao, fixé dès 1972, ne se bornait pas à cela. En 1975, alors que Saigon et Phnom Pen tombaient aux mains des communistes, le Pathet Lao organisa des émeutes qui forcèrent les dirigeants de droite à la fuite. Peu à peu, tout le pays fut pacifiquement « libéré » par les communistes. Pour éviter un bain de sang, le Prince Souvanna Phouma leader des neutralistes, décida de coopérer avec les communistes : plusieurs officiers et fonctionnaires acceptèrent d’aller à la campagne se « rééduquer politiquement », persuadés qu’ils en avaient pour quelques mois au plus. Certains y restèrent des années.
Le Pathet Lao, consolidant son avantage, noyauta peu à peu toute l’administration. Les leaders de la droites étaient en prison ou avaient fuit. Et lors d’une dernière rencontre des restes de la troisième coalition, le Pathet Lao réclama la formation d’un gouvernement populaire. Le roi fut contraint d’abdiquer, mettant fin à une monarchie de 650 ans au Laos.
Le Pathet Lao emmené par Kaysone prit ainsi le pouvoir par des moyens quasi légaux, s’introduisant dans les coalitions pour exiger toujours plus.
Une fois au pouvoir, les communistes organisèrent le parti en se calquant sur l’URSS et le Nord Vietnam. Ils nationalisèrent l’économie, obligèrent les habitants à assister à des séminaires d’endoctrinement politique, instaurèrent le contrôle des prix en réaction à une inflation galopante… On estime que 10% de la population du Laos aurait fuit en Thaïlande, dont la totalité de l’élite.
Malgré les aides de l’URSS, l’économie entièrement dépendante des subventions américaines s’effondrait, et la tentative mal préparée de collectivisation de l’agriculture empira encore la situation.
Les moines bouddhistes furent obligés de travailler pour vivre (ils sont mendiants et ne doivent pas exercer d’activité en principe), et le parti tenta d’éloigner les jeunes garçons des monastères. Beaucoup de moines fuirent en Thaïlande.
Craignant en la personne du roi un adversaire politique s’il parvenait à s’échapper de sa prison, les communistes forcèrent la famille royale à travailler aux champs. Ils moururent probablement de malaria et de malnutrition.
Dès 1979, la situation était critique. Des réformes autorisèrent les paysans à travailler leur propre terre, les entreprises privées furent à nouveau autorisées. Mais les réformes étaient insuffisantes, et après de longues hésitations, le Laos suivit la vois chinoise d’ouverture à l’économie de marché. Ce nouveau mécanisme économique fut instauré en 1986. Un semblant de légalité fit peu à peu son apparition avec les premières élections pour élire une Assemblée, et à partir des années 1990, l’économie du Laos commença à démarrer enfin grâce aux investissements étrangers.
Histoire récente
La mort de Kaysone en 1992 ne permit pas de changement politique majeur. Les relations avec la Thaïlande se normalisèrent peu à peu.
Le Laos reste très dépendant de l’aide internationale et des investissements directs étrangers. La crise asiatique de la fin des années 1990 a crée quelques remous politique avec des manifestations d’étudiants et quelques attentats, mais rien n’a vraiment changé pour autant.
Aujourd’hui malgré le manque de liberté et la corruption, le Parti semble avoir une autorité bien assise, du moins tant que le Vietnam et la Chine le soutiennent.
Aujourd’hui l’économie est encore assez dépendante de l’aide de la Banque Mondiale, de la Banque Asiatique de Développement, ou des ONG. Peu à peu, la Chine s’est imposée comme l’investisseur principal au Laos, ce qui a permis notamment d’améliorer le réseau routier et de connecter le Laos aux routes commerciales descendant du Yunnan. D’un autre côté, les immense barrages hydroélectriques projetés pour les années à venir ne seront pas financés par des entreprises qui sont des modèles de respect de l’environnement ou des minorités ethniques. Or le défi écologique est réel au Laos où la déforestation est massive. Nous n’avions jamais vu autant de feux de forêts et de parcelles calcinées pour étendre les cultures…
De plus, des milliers de bombes non explosées qui ont été larguées par les américains lors de la guerre du Vietnam font encore des victimes chaque année.
La pauvreté reste la règle pour la majorité de la population.
Pour un pays qui prend la Chine comme modèle et qui presque tout au long de son histoire a été sous domination de ses voisins, la voie vers la modernité ne sera pas de tout repos.
Le frangipanier, emblème national.
1 commentaire:
Mouais, à te lire, on serait au bord de penser qu'ils sont pas foutus de se débrouiller tout seul et que la France a apporté des structures, des techniques et de l'éducation...
Alors que non !! Ce fut essentiellement un processus d'esclavagisation par les européens arrogants qui ne pensaient qu'à exploiter le pauvre pays dominé déjà habité par un nationalisme perceptible à fleur de peau !! Le pays s'en est trouvé ruiné et c'est à la France de présenter aujourd'hui ses excuses et de payer pour tous les dégats causés ...
Pas de révisionnisme historique s'il vous plaît sur ce blog :p
Alexis, en craquage à Surène
Enregistrer un commentaire