jeudi 31 juillet 2008

Jaisalmer


Nous quittons Jodhpur pour Jaisalmer, la ville dorée aux portes du désert du Thar. Six heures de bus, notre dernier bus si tout se passe bien. Nous prendrons une voiture en Afrique du Sud. Après des centaines d’heures passées dans ce type de véhicule, nous sommes presque émus, et surtout soulagés !! Pour l’occasion je suis malade, sinon ce ne serait pas drôle, mais heureusement tout se passe bien. Le trajet paraît quand même interminable… On ne s’habitue jamais à des moyennes aussi lentes.

(Philippe, Guillaume, Guillaume)

Nous avions réservé un hôtel contrairement à l’habitude, mais celui-ci ne correspond pas à ce qui nous avait été promis. Nous étions au demeurant très étonnés par notre expérience à Jodhpur : tant de fiabilité chez des indiens tenait du miracle.

Nous finissons par dégotter la perle rare, un hôtel tout neuf d’un certain standing, dont nous sommes les premiers clients.

Malgré le standing, plusieurs choses rappellent l’approximation indienne. L’évacuation du lavabo crée une mousse abondante qui vient recouvrir les pieds de l’utilisateur, l’enduit a été fait après l’installation de la baignoire, celle-ci en est donc recouverte, le ventilateur est mal équilibré et commence à grincer au bout de deux jours, et par un étrange miracle de tuyauterie, lorsqu’on tourne le robinet d’eau chaude de la douche, l’eau coule…du lavabo distant de deux mètres !


(Philippe)

La chaleur est étouffante mais sèche, donc plus supportable. La petite ville est franchement calme pour une ville indienne, et même si le Fort est envahis de vaches sacrées et de leurs bouses, les havelis (maisons traditionnelles finement ouvragées) en grès doré sont superbes.

Nous visitons les temples jaïns de la ville. Ici comme ailleurs, les yatis (moines) de cette religion sont tous disposés à vous guider dans le temple ou à vous apposer un tilak (point de couleur) sur le front, mais toujours en échange d’une offrande qu’ils réclament avec insistance. Pour des occidentaux, cela ne colle pas tellement avec la définition d’un « saint homme ». Les moines jaïns font pourtant vœu de renoncer à tout don superflu mais ils semblent flexibles de ce côté là. D’ailleurs les troncs à offrandes recommandent de ne pas leur donner de pourboire.

(Pierre et Axelle)

Philippe ressuscité, c’est au tour de Claire, de Julie puis d’Axelle d’être victimes de l’Inde, sa nourriture et ses microbes.

Nous sommes assez convaincus d'avoir acquis un bon sens de l’économie de soi en voyage, et le rythme soutenu du groupe depuis que nous les avons rejoint n’est pour nous pas étranger à ces troubles.

Je pars donc seule avec les garçons le lendemain pour faire un tour en moto. Nous visitons le temple de Lodhruva ainsi que des cénotaphes (tombes) très jolis mais malheureusement cernés par d’immenses champs d’éoliennes.


Nous faisons ensuite un aller-retour express jusqu’à Khuri et ses dunes de sable, à 40km de là. Nous avons présumé de la puissance de nos motos et ne pouvons passer qu’une demi-heure sur place (il est trop dangereux de rouler de nuit). Cela nous permet quand même à Guillaume et moi de faire une balade en dromadaire de 10 minutes, juste le temps de trouver ça drôle sans se lasser pour fêter un peu en avance mon anniversaire.

Cette « expédition dans le désert » est néanmoins un peu décevante même si nous nous en doutions : les dunes sont environnées de végétation, et parsemées de détritus laissés par les touristes. A notre arrivée en moto, dix chameliers font la course au grand trot pour nous rattraper et se battent presque pour nous parler, deux petits vendeurs de chips, un vendeur de tam-tam, et un manchot mendiant viennent ensuite nous importuner… hum, le coucher du soleil romantique dans le désert sera pour une autre fois !

Le lendemain matin, réveil en fanfare pour Edith avec un « joyeux anniversaire » bien sympathique ! Nous nous offrons un bon petit déjeuner, suivi presque immédiatement d’un dernier déjeuner tous ensembles. Nous quittons la joyeuse bande avec un pincement au cœur : c’était tellement sympa d’avoir un avant-goût du retour et des retrouvailles anticipées !

Mais ces dix jours en bonne compagnie nous ont regonflés à bloc; il est tellement plus reposant de voyager à plusieurs. Nous nous sommes largement reposé sur les autres pour l’organisation, et trouvons qu’il est vraiment miraculeux que des billets de bus, des réservations d’hôtels, des choix de restaurants, des achats de chips et de bouteilles d’eau se fassent « tous seuls » sans que nous ayons besoin de nous en occuper personnellement ! Pouvoir être un bon petit mouton, suivre les yeux fermés : le bonheur. Le luxe suprême du groupe consiste à pouvoir former un cercle de protection dans les gares de bus, sacs à dos méchamment tournés vers les rickshaws et autres solliciteurs excités afin de réfléchir dans une bulle de tranquillité.


(Pierre, Philippe, Guillaume et Guillaume)

Quelques mots sur le Rajasthan

La région du Rajasthan (terre des rois) que nous avons visitée est connue pour ses superbes palais et son histoire glorieuse. Les Rajputs, de fiers guerriers avec un grand sens de l’honneur en étaient les bâtisseurs, et préféraient se suicider plutôt que de capituler face à l’ennemi.

Dans la même veine, selon la tradition du sati, les femmes rajputes, comme d’ailleurs dans le reste de l’Inde jusqu’à ce que les anglais abolissent cette pratique, se jetaient dans le bûcher funèbre de leur mari pour l’accompagner dans la mort.

Sous l’influence des Moghols musulmans qui dominaient le nord de l’Inde du XVIe au XVIIIe, les Rajput adoptèrent la tradition du purda qui veut que les femmes soient cachées du regard des hommes. Elles étaient donc voilées, se déplaçaient dans des palanquins voilés, et vivaient à part dans le zénana, la partie du palais réservée aux femmes. Les fenêtres des palais, comme dans l’architecture arabe, étaient joliment ornées de l’équivalent des moucharabiehs, appelés ici jali.

vendredi 25 juillet 2008

Jodhpur, la ville bleue

La ville qu’on nous avait décrite comme très agitée se révèle finalement assez calme : le centre n’est pas colonisé par les boutiques à touristes et nous sommes donc relativement tranquilles.

Philippe est au fond du trou, malade comme un chien, et tout le monde (sauf nous qui connaissons bien le problème après quelques mois dans l’étouffante Asie) finit par admettre que sans la climatisation, on dort peu et mal (il aura fallut quatre jours pour convertir le reste du groupe qui ne voyait au départ pas vraiment la nécessité de s’offrir « ce luxe » que nous recherchons avec insistance).

Jodhpur est une ville idéale pour déambuler et observer des scènes de vie charmantes, le marché est un modèle du genre.

Les filles s’achètent des bracelets en verre que les indiennes portent pas douzaines, chacun vaque, lit et discute.


Nous retrouver en compagnie d’amis change agréablement de nos deux seules activités calmes : la lecture, et le blog. Nous pouvons ajouter à cela des discussions infinies idiotes ou plus sérieuses (qui nous manquaient beaucoup) et des parties de tarot bien agréables !

Guillaume de V., un autre ami, nous rejoins lui aussi ce qui constitue un groupe de huit très sympathique.

Finalement sur le groupe, les deux Guillaume, Claire, Axelle ont fait une mission avec Inde Espoir il y a trois ans, et Philippe avait passé trois mois à Delhi en stage. Nous ne sommes donc que trois à être des novices de l’Inde, et le plus drôle est que tous ceux qui connaissaient déjà se sont demandés ce qui avait bien pu les pousser à retourner dans ce pays si difficile ! Ils en gardaient des souvenirs pour le moins contrastés… Incredible India comme dit le slogan touristique ! Tous sont unanimes : on n’aime jamais tant l’Inde que depuis son canapé une fois de retour en France.

Les divinités hindoues laissent souvent perplexes, en voici une illustration.

Le lendemain après-midi nous visitons Meherangarh, le fort de Jodhpur admirablement mis en valeur par le maharaja, un homme qui paraît moderne et intelligent.

Il a crée une fondation pour entretenir l’édifice, fait embaucher du personnel vêtu de costumes traditionnels qui jouent de la musique et gardent le palais, et l’audio guide qui accompagne la visite est tout à fait remarquable : tout ceci en Inde ??

Nous sommes ébahis du professionnalisme ambiant qui contraste largement avec les autres forts. Un certain nombre de maharajas laissent même tomber leur palais en décrépitude et utilisent l’argent récolté auprès des touristes pour financer leur trépidante vie londonienne…


Udaïpur et quelques impressions indiennes


Le train de nuit nous amène de Jaipur à Udaipur où nous attendons nos cinq compagnons en sirotant notre premier expresso depuis trois mois accompagné d’un Apfel Strudel…

Les villes touristiques ont du bon !

On nous a décrit Udaipur comme la cité la plus romantique du Rajasthan. Ce romantisme doit beaucoup aux deux palais installés sur les îles du lac artificiel d’Udaïpur : le lac Pichola. Malheureusement, les pluies de mousson sont peu abondantes et celui-ci n’est alors rempli qu’à moitié. Une partie de la magie s’évanouit en laissant les abords du lac entièrement découverts et jonché, comme il se doit, de détritus. En revanche, la fraîcheur apportée par la couverture nuageuse et la lumière dorée qui la traverse dans l’après-midi effacent largement cette petite contrariété. Notre hôtel a vue sur le lac et nous passons l’après-midi à lire au balcon en contemplant la vue et les variations de lumière.

Nous y faisons la connaissance d’un professeur d’allemand d’Henri IV proche de la retraite avec qui nous partageons quelques vues sur l’Inde. Cette dame revient tous les ans passer plus d’un mois en Inde depuis 4 ans, notamment dans le Ladakh où elle loge régulièrement chez des amis dans un village perdu et participe aux moissons. Plus routarde que nous !

(Axelle, Julie, Pierre)

Nous retrouvons enfin la bande, assez tard dans l’après-midi, qui a vécu quelques aventures. Les pauvres ont voulu prendre un taxi depuis Bundi pour s’économiser de la fatigue et ont fini avec un chauffeur roublard dans une voiture déglinguée. Après leur avoir fait payer des péages et une crevaison, le chauffeur perd sa roue et l’essieu avec. Le temps de s’arrêter (temps de réaction indien) le feu a pris avec l’échauffement. Ils le maîtrisent heureusement assez vite. A peine le dos tourné, ils se retrouvent abandonnés sur le bord de la route par leur chauffeur indélicat qui a pris soin de fermer sa voiture… avec leurs sacs dedans. Il s’agit heureusement d’une voiture indienne et ouvrir la fenêtre de l’extérieur n’est pas très compliqué, ils sautent alors dans un camion et finissent par trouver l’aventure amusante : après tout, ils n’ont pas payé le chauffeur ! Mais par une coïncidence typiquement indienne, dans ce pays d’un milliard d’habitants, l’homme qui leur ouvre la porte du camion à l’arrivée se trouve être précisément Jean-Paul, leur chauffeur malhonnête. Ils refusent de payer, un attroupement se forme (et 70 indiens autour de soi, c’est assez impressionnant), l’atmosphère s’échauffe, les filles veulent abandonner… Et la police arrive.

(Claire)

L’affaire sera finalement réglée par Pierre au commissariat. Ils transigent à moitié prix. Pas mal au bout de trois jours en Inde !

Nous finissons autour d’un bon dîner avec les autres amis retrouvés à Jaipur.

Nous sommes en basse saison et les indiens inoccupés nous sollicitent beaucoup. Udaipur fait partie des étapes prisées par les français ce qui nous vaut de nombreux « bonjour » intéressés, vite remplacés par les plus classiques « Come to my shop ». Nous aspirons de plus en plus à notre retour à l’anonymat. Cela fait presque un an que nous sommes de vrais phénomènes. Partout, nous sommes sollicités, rarement pour signer des autographes et plus souvent pour soulager notre porte monnaie : nous ne pouvons faire un pas dans une ville sans être abordés de toutes parts. Nous bénéficions d’une relative tranquillité en Amérique latine qui a disparu depuis les Philippines et l’Asie du Sud Est. Quand ce n’est pas intéressé, c’est moins pénible parfois même assez amusant mais souvent lassant à la longue. De manière à ne plus avoir à le répéter je mesure 1,93m, ce qui fait plus de 6 pieds et, oui, c’est assez grand mais en France les gens sont beaucoup plus grands qu’ici. Je suis français de France et habite à Paris et m’appelle Guillaume. Qu’on se le tienne pour dit !

En Inde, et particulièrement à Udaipur, les commerçants et chauffeurs de rickshaws sont TRES insistants. C’est souvent fatigant et nous nous en voulons de leur répondre parfois sèchement voire durement. Quand nous n’en pouvons vraiment plus, nous nous réfugions dans une ignorance que nous trouvons détestable. Nous avons beau savoir que leur voix mielleuse cache à peine une démarche manifestement intéressée, nous nous interrogeons sur l’intérêt de voyager dans un pays lorsque la partie de la population avec laquelle nous sommes, par la force des choses, le plus souvent en contact, nous inspire un rejet récurrent.

(Le City Palace)

Quel bonheur ce sera de marcher incognito dans les rues de Paris, que c’est difficile d’être une star !

A Udaipur, nous avons finalement décidé de rester avec nos amis jusqu’à Jaisalmer pour profiter de leur compagnie et éviter de nous retrouver perdus en Inde, au moment d’un léger coup de blues. Nous comptions d’abord rester quelques temps de plus dans cette ville mais nous nous sommes rendus compte, qu’à nos yeux, aucune ville d’Inde n’est agréable. On peut y voir de très belles choses, un palais, une forteresse, un temple, des bazars colorés et animés, mais on ne peut pas y déambuler sans but en profitant facilement du spectacle. Marcher dans une ville indienne et spécialement dans les centres historiques relève de la gageure. A chaque instant, on risque de s’étaler dans une bouse de vache, d’être éborgné par un rickshaw qui vous frôle à toute allure, de finir sourd à force d’endurer les klaxons surpuissants des motos et des mêmes rickshaws, d’être encorné par une vache car vous portez un polo rouge (vécu à Jodhpur), de vous retourner l’estomac à cause des effluves puantes qui vous entourent, enfin, il y a toujours un infirme ou un enfant sale pour s’agripper à votre manche et vous demander de l’argent avec un air de chien battu.

Tous les sens sont sollicités et l’on fatigue vite. Udaipur n’échappe que partiellement à cette règle et nous abandonnons donc l’idée utopique de promenades romantiques qui nous feraient déambuler dans de charmantes ruelles au coucher du soleil. Ces ruelles perdues sont en fait des égouts à ciel ouvert. Les autres du centre ville sont couvertes de boutiques à touriste (et puent aussi d’ailleurs). Enfin, plus loin du centre, c’est plus calme et relativement plus propre mais cela n’a pas beaucoup de charme.

Bref le romantisme se cantonne à la très belle vue sur le lac.

Comme nous avons besoin d’un peu d’action, trois jours pour la contempler nous suffisent et nous ne voyons pas bien ce que nous ferons en restant ici.

(Groom du lake palace)

Le petit coup de blues vient de deux choses, la première, cette impression que dans le circuit touristique du Rajasthan, aucune ville n’est vraiment agréable (même si on y voit des choses superbes), la deuxième, nous nous sommes beaucoup occupé de notre retour à Leh et le fait de revoir des amis nous rappelle encore plus la France. On habite tout de même dans un beau pays et nous serons heureux de le retrouver !

Comme prévu le blues passe cependant assez vite.

Cette description de l’Inde et de ses habitants doit vous sembler assez noire, mais il est vrai que ce pays est épuisant pour le voyageur, et avec dix mois dans les pattes, nous accusons un peu le coup. Ces critiques ne nous empêchent pas de profiter de tout ce que l’Inde propose au voyageur, un dépaysement inégalé, une architecture superbe, des costumes chatoyants, une cuisine agréable… Mais, en routard, tout ça se mérite un peu !

Nous partons alors pour Ranakhpur, un superbe temple Jaïn, sur la route de Jodhpur. Trajet presque sans histoires, nous ne perdons que 45mn à cause d’un camion renversé sur un pont. La dépanneuse pèse le quart du poids du camion et le traîne centimètres par centimètres. Nous sommes étonnés qu’en bons indiens ils ne l’aient pas jeté dans la rivière en contrebas.

Nous attendons la manoeuvre confortablement installés à l’indienne. Nous n’avons pas vraiment la technique…

(Guillaume et Philippe)

Les descendants des fiers guerriers Rajputs nous ignorent superbement.

Nous profitons de la cantine ouverte à tous les visiteurs. Elle sert pour un prix modique des plats très lourds en grosse quantité. Ce n’est pas fameux et nous reste un peu sur l’estomac. Philippe en sera malade pendant trois jours…

Le temple est en revanche absolument superbe, intégralement en marbre et porté par une forêt de 1444 piliers, tous sculptés. Les descriptions architecturales n’étant pas mon fort, je vous laisse admirer les photos. Nous n’avons pas étudié le jaïnisme donc nous n’en dirons rien ici, mais c’est une religion datant du VI eme siècle av J.C.

Une de ses particularités dans sa forme la plus rigoriste est le respect absolu de tous les êtres vivants : les jaïns portent donc un masque devant la bouche pour ne pas absorber d’insectes et balaient le sol devant eux pour éviter de marcher sur les fourmis et autres rampants.

Mauvaise nuit dans une mauvaise chambre sous une grosse chaleur. Lever (trop) tôt pour attraper le premier bus en direction de Jodhpur où nous passons l’après-midi à nous reposer.

Pour conclure nous voudrions souligner le sans-gêne des indiens qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Cependant, ces façons de faire sont tellement ancrées chez eux qu’ils le font simplement par habitude, sans méchanceté, et sans réelle impolitesse pourrait-on dire. Pour des occidentaux, c’est tout de même bien difficile à supporter !

Les asiatiques sont tous d’un sans-gêne qui n’a rien à voir avec ce qui peut se passer chez nous. Mais les Indiens obtiennent la palme haut la main.

(Axelle)

Exemples :

Vous voulez acheter un billet de bus. Aucune queue n’existe, et les comportements sont les mêmes que dans une école maternelle au moment de la distribution de chocolat : je pousse le voisin, lui écrase le pied pour passer devant lui, joue des coudes pour écarter celui qui veut me contourner par la droite, me faufile entre les deux grands de devant…et arrive le premier au guichet ! Pour réussir à contenir le flot des indiens louvoyants, les trois garçons ont été contraints de former une muraille afin d’obtenir nos tickets.

(Edith avec Julie)

Vous êtes tranquillement installé dans le bus, avec deux énormes sacs à dos installés sur le siège à votre gauche car il n’y a pas de soute à bagages. Comme ils vous tombent dessus dans les virages, vous vous levez pour les remettre en position et dégager plus de place. Pendant ce temps, une indienne plus fourbe que les autres vient tranquillement se glisser à votre place, sous vos genoux. Ravie de son coup, elle refuse de partir, avec un sourire jusqu’aux oreilles, et vous oblige à faire le voyage collé-serré entre elle et les fameux sac à dos. (vécu par Claire)

Vous êtes tranquillement dans un bus, fatigué comme de coutume, prêt à vous endormir sur votre siège, lorsque votre voisin décide d’écouter toutes les sonneries de son nouveau téléphone portable. Il branche son appareil à plein tube, et vous casse les oreilles. Puis il regarde un bollywood hurlant sur son téléphone super moderne. Personne n’est gêné sauf vous (les Indiens ne doivent pas avoir les mêmes oreilles que nous tant le bruit semble leur être indifférent pour ne pas dire agréable), mais si votre voisin n’a pas envie d’arrêter, impossible de rien faire. Heureusement la dernière fois, notre voisin gentil et compatissant a consenti à baisser le volume…

Vous montez dans le bus à un arrêt intermédiaire, et vous asseyez à une place vide dans un bus intégralement vide. Un homme d’un tempérament fort méchant, très grand et gras arrive et menace presque de vous mettre une claque, vous sommant de dégager comme s’il parlait à un chien galeux, prétendant que c’est sa place. (vécu par Julie)

Nous voulons revenir sur ce dernier point. La société Indienne est extrêmement violente, mais de façon plus cachée que ce que nous avion pu voir au Mali. Ce n’est pas vraiment par les coups mais par les comportements et les échanges verbaux qu’on s’en rend compte. Entre deux personnes, il y a toujours un rapport hiérarchique. Celui qui est supérieur (par sa caste, ou sa taille, ou la taille de son véhicule, etc) peut tout simplement traiter l’autre comme un chien, avec un dédain parfois indécent, et se prive rarement de le faire. L’inférieur n’a qu’à déguerpir sans demander son reste et s’estimer heureux ainsi.

Les blancs sont sans caste et donc on peut les ranger avec les intouchables. Théoriquement un brahmane pourrait être offensé d’avoir été touché par un blanc. Mais, le pouvoir de l’argent a aussi son petit effet en Inde, et souvent on est très bien traité.

Delhi et Jaïpur

Nous quittons Leh par une belle matinée. Malgré l’heure et demie de retard de l’avion que nous nous sommes offerts pour le retour également, nous arrivons à Delhi en quelques petites heures comparées aux trente heures de transports nécessaires par voie terrestre. Nous retrouvons avec délice la moiteur, la chaleur et la puanteur… (plus que trois semaines à tenir).

Pour achever la réputation d’efficacité de Cathay Pacific, nous allons directement à leur bureau pour faire modifier nos billets papier après la victoire téléphonique de notre changement de date. La dame veut nous faire payer 80$ pour coller des autocollants officiels sur nos billets… « It ‘s not crazy, it’s a policy we have » répond-elle alors que nous explosons ! Heureusement, Qantas, qui fait également partie de l’alliance Oneworld nous donne gratuitement ces fameuses gommettes : nous n’aurons plus jamais affaire à ces radins de Cathay (que nous apprécions quand même pour les Gin Tonic généreux qu’ils ne manquent pas de nous servir sur chaque long-courrier…).


Nous retrouvons alors Geoffroy, Audren et Vianney, les deux premiers partant le soir même pour Paris. Nous échangeons nos récits d’aventures autour d’un bon dîner, admirons leurs achats, et rigolons bien.

Dès le lendemain, nous retrouvons Axelle, Pierre, Philippe, Claire et Julie, de bons amis venus passer un mois en Inde. Nous sommes très heureux de renouer avec les bonnes conversations entre amis que nous affectionnons pendant une semaine en leur compagnie : cela nous manque beaucoup, et même si les autres voyageurs sont sympas cela n’a rien à voir.

(Julie)

Ils sont un peu sous le choc de l’arrivée et de leur nuit quasi blanche, mais un bon brunch remet tout le monde en train. Nous nous retrouvons en fin de journée dans Lodi Garden, un superbe jardin à l’anglaise bâti dans les années 30 pour mettre en valeur de jolie ruines : c’est charmant ! Puis Philippe, notre guide officiel (il a passé trois mois en stage à Delhi) nous conduit dans un excellent restaurant européen, le Big Chill, où Guillaume et moi dégustons notre première salade verte depuis trois mois : le bonheur.

Le lendemain, réveil très matinal pour monter dans le train qui nous emmène à Jaipur. Climatisation et petit déjeuner inclus : ce train est l’un des plus haut de gamme de toute l’Inde. L’arrivée à Jaipur est torride, nous finissons après quelques recherches par trouver un hôtel très confortable dans lequel nous déjeunons rapidement avant d’enchaîner sur la visite du Fort d’Amber. Toutes ces retrouvailles depuis quelques mois nous l’aurons prouvé : quand on est avec des amis voyageurs qui n’ont pas 9 mois de voyage dans la pattes, on ne chôme pas ! Le Fort est très beau, nous terminons la visite par un petit temple hindou désert, conseil du Routard.

Apéro vin et saucisson le soir même grâce à nos visiteurs arrivés de France : un délice ! Les provisions sont encore meilleures lorsqu’on a un bon groupe d’amis avec lesquels les partager.

Guillaume et moi commençons à être conquis par le guide franchouillard (le Routard) qui surpasse largement le Lonely Planet pour les explications culturelles (c’est dire). Pourtant, ils n’y a jamais de plans corrects et les adresses conseillées sont généralement plus chères.

Nous le constatons le soir même, dans le restaurant choisi. Cependant cette adresse a du bon puisque nous tombons par hasard sur des amis communs en Inde pour un mois (Thibault, Alix, Clémentine et Théophile) et qui comme tout le monde ont choisi de voir le Rajasthan et le Ladakh ! Nous les retrouverons à Udaïpur.

Le jour suivant, Guillaume et moi restons à Jaipur, selon notre rythme pappy-mamie bien en place après quelques mois d’expérience, décidés à ne pas saccager trop vite notre long travail de repos à Leh, tandis que nos infatigables font un détour par Bundi (ce qui rajoute deux jours de transports) : nous les retrouverons à Udaïpur.

Nous nous promenons dans la vieille ville où les artisans travaillent dans de minuscules réduits : sculpteurs sur marbre, cordonniers, joailliers, etc. En dehors de l’odeur d’urine omniprésente et des klaxons qui rendent à moitié sourd, nous sommes enchantés. Nous découvrons également l’existence d’un métier bien particulier : homme-fontaine.

A l’abri derrière un grillage, assis sur ses talons dans un réduit surélevé par rapport à la chaussée et d’un mètre de plafond, un homme attend le passant assoiffé pour incliner sa cruche. Personne ne paie, ce doit être un fonctionnaire.

Nous trouvons également une pâtisserie qui fabrique des sortes de petits calissons d’Aix pour 5 roupies (c’est de la pâte de noix de cajou et non d’amandes mais vraiment délicieux).

Le soir nous découvrons le monument du kitch du cinéma Indien, le cinéma Raj Mandir, dans des tons pastels blanc et roses dégoulinants de mièvrerie en style crème chantilly architecturale, le tout paré de milliers de petits miroirs reflétant la lumière… Une splendeur dans laquelle nous assistons à une comédie de Bollywood en hindi. Tout est joué de façon caricaturale et le ton est plus proche de la farce que de l’humour du Dîner de cons, mais les indiens sont hilares et nous nous amusons beaucoup malgré nos faibles notions d’hindi. Un Mac Do vient couronner cette soirée bien agréable (notre premier depuis les Philippines).

Le lendemain nous visitons sous la pluie l’observatoire astronomique de Jaïpur. Sans soleil, aucun des instruments ne fonctionne, mais notre guide très calé nous aide à nous les représenter. Cet observatoire abrite notamment un cadran solaire géant précis à la seconde près.

De retour dans les bazars, nous sommes abordés par un pharmacien qui se plaint du mauvais accueil reçu quelques instants auparavant auprès d’un autre touriste. Celui-ci l’aurait envoyé au diable et il se demande si tous les touristes détestent les indiens comme cela. Comme j’ai un peu été tenté de l’envoyer au diable, je m’en veux un peu et reste cordial tout en essayant de défendre l’autre touriste (il a pu avoir une longue journée, et c’est sans doute la centième sollicitation à laquelle il répond de la journée).

Nos sens restent tout de même en alerte, on se fait rarement aborder pour rien dans les centres touristiques…

Mais celui-ci a l’air sympathique, il nous parle un peu de la ville, du commerce d’éléphants de son père et nous le suivons, les sens plus que jamais en éveil pour aller boire un thé dans le boui-boui voisin. Tout en restant sur nos gardes, nous voulons lui laisser sa chance. Un de ses amis nous rejoint qui sort immédiatement son téléphone et nous entendons « Westerner » dans la conversation. On lui laisse le bénéfice du doute, peut-être que cela amuse ses amis de rencontrer des occidentaux. Arrive un autre bonhomme, très sûr de lui, voulant paraître très riche et dont le père s’occupe d’une entreprise de bijoux. Il peste immédiatement contre les nouveaux tarifs douaniers mis en place par Sarko. On lui réplique gentiment que la France est dans l’U.E et que nous avons un tarif extérieur commun et qu’il est donc mal renseigné. Dans un dernier effort, il tente de nous proposer la fameuse arnaque de Jaipur, acheter des bijoux ici pour les faire passer à son revendeur en France pour économiser les taxes… On se regarde en riant et décampons assez rapidement, finalement assez peu étonnés mais un peu déçus d’avoir essayé de faire confiance. N’ayant pas encore vraiment rencontré d’indiens en un mois, nous voulions peut-être un peu trop y croire et, malgré toutes les sirènes qui se déclenchaient dans notre tête, nous lui avons laissé sa chance. Prudents, nous avions tout de même échangé nos thés… Les indiens malhonnêtes sont connus pour droguer leurs victimes avant de les dépouiller.