dimanche 15 juin 2008

Angkor

Une journée de 10h de transports nous attend pour rejoindre Siem Reap et la mythique Angkor. Après avoir hésité et tergiversé pendant nos trois mois Indochinois, nous avons finalement réussi à voyager suffisamment rapidement pour nous permettre un aller-retour au Cambodge.

La frontière à Aranyaprathet (côté Thaïlandais) et Poipet (côté Cambodgien) est sans doute la pire que nous ayons vu. Tous les éclopés, mendiants, enfants des rues, et restes de khmers rouges corrompus s’y sont donnés rendez-vous. On assiste éberlué au bal des chariots à bras transportant des ordures à recycler parfois tirés par des enfants de 12 ans.

C’est très dur, le contraste est détonnant.

Après avoir évité les arnaques les plus flagrantes classiques des villes frontières, nous arrivons côté Cambodgien. Les douaniers nous font signe, et nous installent à une table sous un vague auvent au bord de la rue. Comme ils ont un uniforme, nous leur faisons (bêtement) confiance. Plus moyen de se sortir de leur magouille mafieuse : nous sommes obligés de payer nos visas 30$ chacun au lieu des 20$ officiels, et malgré nos réclamations répétées, impossible d’obtenir le moindre reçu évidemment… Guillaume relève en désespoir de cause le numéro d’identification de la plaque du flic. Finalement nous n’en ferons rien.

Nous parvenons à nous dépêtrer tant bien que mal de la nuée de rabatteurs et d’arnaqueurs et partageons un taxi pour Siem Reap avec une Tchèque désespérée qui vient de se faire refouler à la frontière…

Retour de 50 ans en arrière par rapport à la Thaïlande. La piste est ignoble, les villages sales et mal entretenus sont d’aspect misérable, les voitures que nous croisons portent des chargements dignes de l’Afrique…

Nous arrivons à Siem Reap en un temps record qui a failli coûter la vie à un motard passé un peu trop près du taxi. La guesthouse où nous logeons sur les conseils de Lionel et Valérie est charmante, et cette petite ville change agréablement de la bruyante Bangkok.

Au programme des trois prochains jours :

Lever 4h30, petit déjeuner consistant

Départ 5h, à vélo ou en Tuk-tuk pour un marathon de temples tous plus beaux les uns que les autres

Retour entre 11 et 15h, harassés, en nage, mais heureux !

Notre hôte concocte pour les clients de sa guesthouse un programme sympathique qui permet d’éviter les foules, et de voir certains temples « secrets » en étant seuls. Son pouvoir de persuasion est grand puisque effectivement, quasiment tout l’hôtel est levé au milieu de la nuit !

On vous aurait bien fait un résumé de l’histoire de l’empire Khmer mais elle est peu connue.

En très bref, l’empire dure plus ou moins du X au XIVe, s’appuie sur une agriculture prospère grâce à un système d’irrigation efficace et sur de bonnes voies de communication rayonnant autour de la capitale. Les bonnes récoltes de riz et la surabondance de poisson dans le lac Tonle Sap voisin libèrent beaucoup de temps pour la construction de temples et de palais. La plupart sont concentrés à Angkor mais on en retrouve dans le Nord de la Thaïlande et le sud du Laos.

Les roi khmers sont hindouistes (à l’exception notable de leur plus grand bâtisseur Jayavarman VII, bouddhiste) et se voient comme des dieux, conception originaire du sud de l’Inde. Les temples qu’ils bâtissent sont pour la plupart des temples montagnes qui représentent le mont Meru, centre du monde dans la cosmologie hindouiste. Les grands réservoirs entourant les temples représentent l’océan originel qui entoure le mont Meru.

Les deux plus grands bâtisseurs furent Suryavarman II (1113-1152) et Jayavarman VII (1181-1219)

Le premier bâtit Angkor Wat. Dédié à Vishnu dont le roi prétend être une incarnation, c’est le plus grand et le mieux conservé de tous les temples, mais pas forcément le plus beau. Certains bas-reliefs sont tout de même d’une grande finesse.

Le second fit construire Angkor Thom grande cité au sein de laquelle se trouve le Bayon, le temple bouddhique aux mille visages, et les terrasses.

Nous ne listerons pas tous les temples que nous avons vu. Voici quelques photos de nos préférés.

Le Bayon et ses milles visages.

On ne sait pas tellement ce que symbolisaient ces figures tournées vers les quatre points cardinaux. Certains pensent que le roi Javaryaman VII, bâtisseur de ce temple, voulait ainsi affirmer sa toute-puissance sur son immense empire en « ayant des yeux partout ». Mais cette théorie est loin de faire l’unanimité.

La terrasse des éléphants, et la terrasse du roi lépreux avec leurs superbes bas-reliefs.


Les temples « junglesques » : le Ta Nei secret, et le fameux Ta Prohm


Envahis par la jungle, ils laissent admirer la puissance de la nature, et permettent de comprendre rapidement comment des temples peuvent être avalés par la jungle. On se demande vraiment comment ils ne sont pas plus abîmés étant donné ce que les arbres leur font subir ! Lorsque les temples ont été redécouverts, ils étaient pour la plupart absorbés par la jungle. Les archéologues ont laissé quelques arbres et plantes dans ces deux temples mais la plupart ont été enlevés.

Le Banteay Srey


Notre préféré. Tout petit, il est orné des bas-reliefs et des sculptures les plus fines et les plus admirables de tous les temples. A la lumière du matin, seuls avant l’arrivée des cars de touristes, nous y passons un moment magique.

Le Preah Khan

Le préféré de Benoît, un long chemin pour y accéder et des enfilades de couloirs à perte de vue. Un endroit rêvé pour se sentir explorateur.

En résumé, trois jours passionnants, beaucoup de temples qui se voient plus qu’ils ne se décrivent.

Cette ville ancienne est vraiment magnifique, à ne manquer sous aucun prétexte. C’est certainement une des merveilles du monde actuelles!

vendredi 6 juin 2008

Bangkok

Résolus de suivre les déplacements historiques des capitales siamoises, nous nous dirigeons de nouveau vers le sud pour aborder Bangkok.

Changement de dimensions immédiates : 11 millions d’habitants, des autoroutes urbains au milieu des rues de traverses quasi piétonnes (comme aux USA et même plus large mais sans feus rouges), un fleuve de 150 mètres de large, du bruit et du bruit de cyclomoteurs.

Le programme s’avère être assez simple en ce premier jour, ce sera le Wat Po. Plus qu’un simple temple, il se révèle comme étant une cité religieuse et médicale. Dans le grand temple on peut voir le très célèbre Bouddha couché de 46 mètres de long et de 15 m de haut, naturellement en or.

Pour continuer culturel, le lendemain le Wat Phra Kéo : cité et même capitale de la royauté il renferme le Palais royal, un nombre de chédis (ou stupa : une sorte de pyramide cylindrique se terminant par un pic qui sert de stèle funéraire ou abrite des reliques) et de temples indénombrables.

Le style des temples se révèle être aussi kitsch que royal. Il est basé sur l’application en surface de pièces de porcelaines de toutes les couleurs et formes qui puissent être. Voici un exemple de ces immenses puzzles.

Surtout nous tombons en admiration devant le très célèbre bouddha d’émeraude (en réalité en jade) de 66 cm de haut, sombre, sous verre, sur un stupa à 4m de haut et difficilement visible car mal éclairé. Il ne faut pas dénigrer cette statue pour autant car elle est le véritable cœur de la nation Thaï, et est habillée par le roi lui même suivant les saisons. Elle fut l’objet de nombreuse guerres et rivalités à travers toute l’Asie du sud est, en particulier avec le Laos où elle a fait au cours des siècles quelques allées et venues.

A vrai dire le tourisme culturel c’est sympa mais après une semaine…. Alors on fait un break et on va au mall admirer Indiana Jones en pleine action et déguster un croissant Lenôtre, se balader à China Town, rencontrer des volontaires aux missions étrangères de Paris, prendre un pot mémorable à l’Oriental Hotel…dure, dure la vie à Bangkok…

C’est à vrai dire surprenant de se trouver dans une ville à ce point développée, aussi grande et pour autant très ancrée culturellement. Le doute n’est plus permis, il y a dans le monde deux univers culturels majeurs : l’Asie et l’occident ; avec une petite dominante pour l’occident. Par exemple, toutes les publicités de parfums et de produits de beauté sont faites à la manière occidentale pour des produit occidentaux avec des acteurs et des mannequins qu’on peut presque prendre pour des occidentaux, même si ils sont moins dénudés. Pour autant la musique, la langue et l’écriture sont nettement typées Asie. Le métro aérien surplombe les marchés ; les péniches restaurant passent près des bateaux à moteur de voiture. Pour cela cette capitale du cinquième dragon d’Asie comme on l’appelle, frénétique au possible, revêt une véritable personnalité fidèle à la culture thaï et surtout bouddhiste : la voie du juste milieu.

Nous retrouvons aussi par hasard avec beaucoup de plaisir un couple très sympathiques de médecins trentenaires, Lionel et Valérie, rencontrés à Luang Prabang une semaine plus tôt. Nous nous étions très bien entendu avec eux, et profitons de ces retrouvailles inespérées pour les voir le plus possible, dînant régulièrement ensembles, refaisant le monde, et prenant des conseils auprès d’eux qui font un tour du monde en Land Rover avec tente sur le toit… Cela donne des idées mais on ne pourra pas tout faire !

Sukhothai, la Cité du bonheur


Après les temples anciens de Chiang Mai, nous partons pour les ruines de Sukhotai, celles de la capitale d’un empire rival des Khmers, entre le XIIIe et le XIVe siècles.
Le royaume de Sukhothai marque l’émergence de la nation siamoise et introduit un art proprement Thaï.

Nous passons deux jours à apprécier les statues monumentales des bouddhas et les ruines des temples qui les protégeaient. Le parc historique est un lieu agréable, ombragé, et nous le traversons à bicyclette. Un endroit rêvé pour une telle balade et qui rompt agréablement avec les successions de temples vaguement répétitifs des semaines précédentes.
Des temples, il ne reste souvent que la base en brique mais en certains endroits, le stuc encore apparent montre le grand raffinement de la composition.

C’est la première fois du voyage que nous sommes confrontés à des éléments artistiques fins et anciens. Au Laos, au Vietnam ou à Chiang Mai, les temples dataient pour les plus vieux du XVIe mais les restaurations annuelles empêchaient de prendre la mesure de la finesse des ouvrages.


Nous sommes conquis. La brique donne de très belles couleur aux ensembles qu’elle constitue et nous sommes presque seuls pour admirer ces merveilles.

Grande innovation de la statuaire Sukhothaï, le Bouddha en marche, dont voici la photo.

Cette représentation est une véritable révolution car les nombreuses attitudes du Bouddha sont codifiées dans les textes sacrés et expriment chacune un état mental ou une action particulière.
Il doit être impérativement assis, debout ou couché et la position des mains comme des pieds est réglementée.

Cette nouvelle position est la plus grande création de l’art Sukhothaï. On ne sait si l’on y associait alors une action particulière ou s’il s’agissait de représenter le Bouddha marchant, tout simplement.

Ce que nous avons compris du bouddhisme



Après avoir hésité, nous nous lançons dans un petit article sans prétention sur cette discipline qui marque tant les pays que nous traversons depuis trois mois. Que ceux qui maîtrisent réellement le sujet n’hésite pas à nous faire part de leurs corrections éventuelles et que les autres nous pardonnent si nous manquons de clarté.

On ne peut pas tellement parler du bouddhisme en général tant les courants internes sont différents.

Dans la région Indochinoise, la Birmanie et le Sri Lanka, la forme de bouddhisme pratiquée est celle dite « du petit véhicule » (Theravada). C’est le bouddhisme le plus proche de la doctrine originelle du Bouddha.

« Le grand véhicule » (Mahayana) concerne la Chine, le Japon et la Corée, s’est enrichit d’une dimension plus altruiste et a fait figurer le Buddha historique dans son panthéon de buddhas.

Le « véhicule tantrique » est présent au Tibet et en Mongolie, il est très éloigné de la doctrine originelle et intègre des pratiques magiques et chamaniques.

Chacune de ces formes particulières du Bouddhisme se sont métissées avec les croyances locales. L’absence d’une hiérarchie organisée de la communauté bouddhique a évidemment beaucoup joué dans la multiplication des croyances associées.

(par exemple, voici un horoscope electronique payant)

La vie du Bouddha

Bouddha était le prince Siddhartha. Il fut élevé à la cour de Kapilavatsu, un petit royaume sur le versant indien de l’Himalaya, dans la richesse et l’ignorance de la douleur : son père voulait écarter de sa vie tout ce qui pourrait nuire à son bonheur. Mais au cours de quatre sorties à travers la ville, il fut frappé de stupeur et découvrit la douleur : il aperçut de son char un vieillard, un malade, un cadavre et un moine mendiant.

Il décida alors de mener une nouvelle vie. Il quitta la cour, revêtit un vêtement d’écorces et alla passer sept ans auprès des ascètes brahmanes. Il s’infligea des souffrances physiques sévères, mais finit par se rendre compte que la vie de privation et de souffrances était aussi vaine que la vie de plaisirs qu’il avait vécue auparavant.

Quelques temps après, assis au pied d’un figuier, le Bouddha reçut l’illumination. Il eut la révélation de la causalité des réincarnations et de la voie qui permettait d’y échapper. Cette révélation était constituée des quatre vérités saintes (ou quatre nobles vérités) :

1) la douleur universelle

2) l’origine de cette douleur

3) l’anéantissement de la douleur

4) le chemin de cet anéantissement

Bouddha signifie « celui qui est éveillé ».

Le bouddha fut ensuite assailli des tentations du Mara (le diable bouddhique) auxquelles il résista. Il hésitait pourtant toujours à prêcher et à révéler la vérité qu’il avait reçu à d’autres. Il finit par se décider et mit en mouvement la Roue de la Loi. Cette roue est devenue le symbole de la foi bouddhique et du Bouddha lui-même.

Il fit donc une première prédication, le célèbre sermon de Bénarès, qui eut pour résultat la conversion des cinq moines présents au Bouddhisme. Pendant plus de quarante ans, il se consacra à la prédication et le nombre des adeptes augmenta rapidement. A quatre-vingts ans, il mourut et entra en s’élevant degrés par degrés dans le Nirvana.

Né en Inde vers le Ve siècle avant JC, le bouddhisme tel que Bouddha le concevait était athée et beaucoup plus proche d’une philosophie que d’une religion. Les mots de discipline et de spiritualité le qualifient mieux. Bouddha n’est ni un prophète ni un dieu, il est simplement un homme qui grâce à des efforts intellectuels et moraux exceptionnels a percé le sens de la destinée humaine.

L’Inde antique est terrorisée par l’idée de réincarnation éternelle, qui voit l’âme errer à jamais sur la terre. Le bouddhisme, avec le Nirvana, répond à cette problématique de la réincarnation. C’est notamment ce qui explique son rapide développement dans les premiers siècles.

Le karma

L’idée est que tout être parcourt une série d’existences, montantes ou descendantes (de l’animal jusqu’au sage). Notre position sur cette échelle des existences dépend du Karma; elle est le résultat de nos actions dans nos vies antérieures. Les êtres ont pour patrimoine leur Karma :ils en sont les héritiers, les descendants, les vassaux. C’est le Karma qui partage les hommes en supérieurs et en inférieurs.

1) La douleur universelle

Bouddha apprend que toute existence est douloureuse (première des vérités saintes). Cette douleur ne désigne pas simplement les douleurs de l’existence (vieillesse, maladie, mort…) qui comporte aussi des joies, mais c’est l’impermanence de toute chose qui est vraiment douloureuse. En effet, les réincarnations successives supposent la disparition du corps à chaque fois, mais dans le bouddhisme, même l’âme se désagrège. L’idée que l’âme perdure dans des corps différents n’est pas bouddhiste, elle est hindouiste. Pour Bouddha, le moi est une sorte de création momentanée composée de cinq éléments physiques et moraux qui composent l’homme. Il n’y a donc rien de durable ou d’éternel, même l’âme humaine. Tout disparaît. C’est une vision des choses plutôt pessimiste.

Pourtant la loi du karma perdure, c'est-à-dire que quand quelqu’un meurt, les cinq éléments qui le composent se dissolvent, et un nouvel être est formé qui n’a ni le même corps, ni la même âme que le précédent, mais qui dépendra du mort et de ses actions par la loi du karma.

Difficile de faire entrer cette définition dans nos cases occidentales.

2) L’origine de la douleur et son anéantissement

Pour les bouddhistes, le monde phénoménal est irréel. Le monde dans lequel nous vivons n’existe pas vraiment. Aucune chose, pas même l’homme ni son esprit, n’existe par elle-même.

L’existence et les renaissances sont causées par notre soif d’existence, par notre désir de vivre. Si ce désir s’éteint, l’existence s’arrête.

Or, l’existence est douleur. Pour supprimer la douleur, il faut donc supprimer l’existence. L’existence est irréelle, il faut donc supprimer notre soif d’existence qui la crée.

La suppression de la douleur passe par l’anéantissement du désir, le détachement. Il faut renoncer au désir, le bannir.

4) le chemin de l’anéantissement de la douleur

Il faut pour ce faire suivre le « noble sentier octuple » : foi pure, volonté pure, langage pur, action pure, moyens d’existence purs, application pure, mémoire pure, méditation pure.

On peut remplacer le mot « pur » par juste, parfait, complet ou total.

Pour les bouddhistes, le monde dans lequel nous vivons est irréel, et c’est dans la mesure où l’homme en prend conscience qu’il peut atteindre la délivrance. Ainsi la méditation est le meilleur moyen de se délivrer, c’est la vertu suprême du bouddhisme.

L’homme par la méditation pure peut se délivrer peu à peu. Pour parvenir au point de libération, un long cheminement intérieur est nécessaire qui passe par la bonté, la bienveillance pour tous les être vivants. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le bouddhisme pousse l’homme à une bonté active et pratique. Puisque le monde n’est pas vraiment réel, la lutte entre le Bien et le Mal dont l’homme serait l’enjeu n’a pas vraiment de sens. L’homme est beaucoup plus tenu de ne pas faire le mal que d’œuvrer pour le bien. Cette approche permet d’atteindre une sérénité admirable, mais frise parfois l’indifférence pour les malheurs d’autrui. De nombreux récits bouddhiques exaltent ainsi l’insensibilité du sage au spectacle de la souffrance : cela prouve qu’il s’est bien détaché et libéré des choses terrestres.

Le Nirvana

Le Nirvana est simplement la fin des réincarnations. Mais le bouddhisme ne tranche aucunement sur ce qu’est réellement le Nirvana : un état de félicité, ou le néant ? Bouddha ne répondra pas vraiment à cette question de ses disciples : il ne sert à rien de savoir ce qu’est exactement le Nirvana, il faut se contenter d’essayer de l’atteindre pour le salut de l’homme.

Pour l’atteindre, la voie à suivre est la voie du juste milieu, en ne se complaisant ni dans une vie de plaisirs ni dans un vie d’ascèse trop sévère inutile.

Il faut un long cheminement intérieur notamment par la méditation afin de réussir à se détacher et à supprimer toute sensation et toute pensée. Certaines dérives sont faciles à imaginer : une impassibilité égoïste qui permettrait d’atteindre le Nirvana de son vivant, en étant parfaitement détaché.

Quelques caractéristiques

Les castes

Bouddha, sans souhaiter abolir le système des castes qui prévalait dans l’Inde antique, ne tient pas compte de la caste de ses disciples lorsqu’il les recrute, du moment qu’ils se conforment aux règles de la vie monastique.

Les moines

Aujourd’hui tout homme bouddhiste est tenu d’être moine au moins trois mois de sa vie. De nombreux jeunes de familles pauvres envoient leur garçon au monastère pour plusieurs années afin qu’ils soient éduqués. Les vœux ne sont en aucun cas définitifs. Certains moines le sont toute leur vie, mais ils peuvent partir quand ils veulent.

Les femmes et les nonnes

Il y a aussi quelques nonnes (qui ont aussi la tête rasée et nue ce qui n’est pas très esthétique) mais Bouddha était très sévère et méfiant envers les femmes. Il les tient clairement pour inférieures et inintéressantes ; elles sont même dangereuses car elles peuvent détourner les moines de leur voie de rédemption. Il a donc instaurée une soumission totale des nonnes envers les moines. Elles n’ont jamais été très nombreuses.

Les laïcs

Les laïcs n’ont pas tellement de place dans la doctrine du Bouddha. Ils sont certes loués pour leur bienfaisance car ils nourrissent les moines mendiants et leurs font des dons, mais leur seule chance de salut est de se réincarner en moine mendiant. Ce vide explique en partie pourquoi certaines croyances populaires traditionnelles se sont mêlées au Bouddhisme.

Les reliques et les images du Bouddha

Les bouddhistes vouent un culte aux reliques du Bouddha.

Les représentations du Bouddha sont apparues quelques temps après la mort du Bouddha, et les premières coïncident avec les conquêtes d’Alexandre jusqu’en Inde. Aussi le Bouddha a-t-il des cheveux bouclés, un profil rectiligne, et un drapé parfait emprunté aux statues grecques. Il est toujours représenté avec quelques attributs particuliers : proéminence sur le haut du crâne, bras démesurément longs qui atteignent les genoux, roue à mille rayons sous la plante des pieds.

Les bouddhistes pratiquent aussi les pèlerinages vers les lieux de la vie du Bouddha.

Quelques Pratiques et coutumes

Il faut toujours se déchausser en entrant dans un temple, et s’asseoir face au Bouddha en repliant bien ses pieds sous soi : si on pointe les pieds vers le Bouddha, l’offense est grande.

Les gens s’agenouillent ou s’assoient, et joignent les mains en s’inclinant jusqu’à terre pour honorer le Bouddha. Ils font des offrandes qu’on peut acheter dans tous les temples : paniers préparés avec lait concentré, PQ, biscuits, bouteilles d’eau, etc…, mais aussi des colliers de fleurs joliment cousus, ou de l’encens.

On peut aussi honorer les 108 vertus bouddhiques en plaçant une pièce de monnaie dans chacun des 108 bols à aumônes les représentant. Des lots de 108 pièces déjà préparés sont en vente à l’entrée du temple.

On peut aussi faire des offrandes aux bouddhas représentant les jours de la semaine qui sont dans des positions particulières chaque jour, en fonction des jours de notre histoire personnelle ou des conseils de l’astrologue.

On peut également acheter des feuilles d’or de 2cm sur 2 et les apposer sur une partie du corps du Bouddha. Cette pratique correspond un peu à nos ex-voto.

D’ailleurs dans les temples il y a souvent des dizaines de Bouddhas sur l’autel, autour d’une grosse statue principale. Les attitudes de Bouddha ont été codifiées selon les épisodes de sa vie. Le plus souvent, en Thaïlande, il est représenté « prenant la terre à témoin de son illumination », mais on peut le voir couché, mettant en mouvement la roue de la loi, en méditation, prêchant, appelant la pluie, etc.


Chiang Mai

Nous quittons le Laos en un éclair, par un petit avion à hélices de la compagnie Lao Airlines. Au lieu d’une ou trois journée(s) interminable(s) de transport, nous sommes en Thaïlande en une petite heure, saisis une nouvelle fois par la magie de l’avion, et un peu surpris de quitter aussi soudainement le Laos.

Nous avons beaucoup aimé ce pays finalement, même si les paysages étaient souvent simples, les transports pénibles, et la communication forcément limitée. Nous partons avec un petit pincement au cœur. Une page de plus est tournée.

A Chiang Mai le contraste est saisissant ! Nous avons l’impression d’arriver dans un pays au sommet de la modernité et du développement. Nous nous installons dans une guesthouse (hôtel pas cher) dans laquelle nous avons fixé rendez-vous à Benoît, notre (beau) frère. Il arrive demain !

Il nous faut une fois de plus apprendre à dire bonjour et merci, apprendre le prix de la bouteille d’eau en baht, convertir en euro avec un nouveau taux de change. Mais de plus en plus, pendant la semaine d’arrivée dans un nouveau pays, nous convertissons nos dépenses quotidiennes dans la monnaie du pays précédent. L’euro fait toujours trop dépenser.

Le lendemain nous allons chercher Benoît à l’aéroport. Retrouvailles géniales ! Nous nous efforçons de le tenir éveillé toute la journée pour qu’il absorbe sa nuit blanche et s’habitue au décalage horaire. Très bavard, il nous donne plein de nouvelles de Paris, nos familles, nos amis, etc.

Son sac, en véritable hotte de Père Noël tardif, regorge de merveilles : magazines, bonbons délicieux, confitures fines, saucisson, fromage (qui ont pas mal souffert ;le camembert est très coulant mais mangeable), biscuits, et le top du top, du fois gras et une bouteille de Sauternes !!!

Le soir même nous fêtons donc nos retrouvailles au fois gras sous les regards effarés du propriétaire de l’hôtel, qui refuse poliment de goûter de cet étrange bloc à la couleur indéfinie et qui nous rend hystériques… Nous trinquons à nos parents au Sauternes : un moment vraiment mythique !

Grâce à l’avion qui nous a évité beaucoup de fatigue, nous sommes opérationnels dès le lendemain pour commencer à visiter la ville, célèbre pour ses nombreux temples. Nous en visitons un certain nombre, et nous plongeons dans les explications bienvenues du guide de Benoît.

Nous comprenons grâce à lui la signification symbolique de beaucoup d’éléments.

Malgré des point communs, les temples sont assez différents de ceux que nous avons vu au Laos. Beaucoup sont très anciens (16e siècle), mais notre fascination pour le passé n’atteint pas les Thaïlandais. Selon eux, un temple, pour être beau, doit être recouvert de peinture fraîche tous les deux ans. Ils ont donc tous l’air d’avoir été bâtis deux ans plus tôt. Certaines fresques très belles et anciennes nous impressionnent cependant beaucoup. Nous discutons aussi avec des moines qui parlent un peu anglais.

Ces deux jours de visite sont clôturées par une visite très sympathique et intéressante chez Monsieur Paul, un oncle de Guillaume installé en Thaïlande depuis 25 ans. Il nous apprend qu’en Thaïlande aussi la corruption fait des ravages. Le dernier coup d’état militaire qui a mis les généraux au pouvoir aurait été plus ou moins commandé par le roi lui-même afin de se débarrasser d’un des premiers ministres les plus corrompus de tous les temps, Thaksin, un profiteur sans foi ni loi. Le nouveau gouvernement n’est malheureusement pas mieux.

Le roi Rama IX est quand à lui adoré par ses sujets, et fait l’objet d’un culte de la personnalité dont Mao serait jaloux. Ses photos sont partout, à tout âge. On entend l’hymne national matin et soir dans les rues, et avant les séances de cinéma on a droit à une page de pub honorant le roi, à regarder debout au garde à vous.

Autrefois, le roi était celui dont on ne pouvait pas prononcer le nom. Le crime de lèse majesté est toujours bien d’actualité en Thaïlande, et il est hors de question de se risquer à parler du roi en public. Monsieur Paul n’en parle tranquillement avec nous que parce que nous sommes chez lui. Marcher sur un billet de banque (qui porte l’effigie du roi) est très irrespectueux, et il n’est pas question de manquer de respect aux photos du roi. Il y a quelques années, un suisse saoul a griffonné une de ces photos. Condamné à 20 ans de prison il a été gracié discrètement par le roi après quelques mois. Ce dernier essaie depuis d’éviter les utilisations détournées du crime de lèse majesté.

La monarchie absolue a été abolie en 1932 seulement, et le roi est toujours aujourd’hui chef de l’État et chef des armées. Il signe toutes les lois, et est le garant de l’unité de la Thaïlande. Agé de 80 ans, monté sur le trône en 1950, son règne est le plus long de toute l’histoire siamoise. C’est un homme talentueux, assez artiste, passionné de photo, skipper, joueur et compositeur de jazz. Homme simple, curieux et sensible, il a instauré un nouveau style monarchique privilégiant la proximité avec les sujets les plus démunis du royaume. Malheureusement son fils héritier semble être beaucoup plus quelconque, il est finement surnommé « le buffalo »… Mais chut, nous sommes encore en Thaïlande et voulons éviter les problèmes !