samedi 29 mars 2008

Adieu Philippines

Notre passage aux Philippines aura été très rapide, trois petites semaines, comme en Nouvelle-Zélande, mais nous avons le sentiment que grâce à des rencontres riches nous avons néanmoins pu comprendre un certain nombre des enjeux auquel le pays fait face.

Ce pays nous a paru à la fois dur et attachant, tout en contraste.

La gentillesse des gens, très liants et aimables était délicieuse, sans compter que les Philippines parlent extrêmement bien anglais. Ils sont plus anglophones qu’à Hong-Kong !

Quelques détails à ne pas oublier :

Les Philippins sont fan de combats de coqs. Malheureusement nous n'avons pas pu y assister.

Les Philippins sont très soignés, toujours propres sur eux et bien habillés, ce qui ne reflète pas toujours l’état de l’endroit où ils vivent…

Tout peut s’acheter ici en quantités minuscules : les shampoings, les savons et les dentifrices se trouvent en doses de type « échantillons ». Les Philippins ont ce trait commun avec les africains : ils n’aiment pas trop prévoir, et cette attitude de vie au jour le jour se retrouve jusque dans de tous petits détails comme ceux-là.

Les Filipinos ont des canons de beauté opposés aux Européens : les femmes surtout se protègent du soleil sous des ombrelles, et s’achètent des savons qui éclaircissent la peau, tandis que les touristes cachets d’aspirine, luisant d’autobronzant, rôtissent tant bien que mal sous un soleil d’enfer … L’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin !

Les gestes ne veulent pas dire la même chose que chez nous. Il est par exemple honteusement suggestif de faire le signe « viens » à quelqu’un en utilisant son index. Il faut à la place ramener la main vers soi paume vers la bas. De même, pour dire non les Filipinos lèvent les yeux au ciel,et pour saluer respectueusement (un prêtre, un professeur…) on vient poser le dos de la main de la personne saluée su son propre front en s’inclinant légèrement. Cela donne ça (sauf que là c’est moi qui salue la jeune fille, en général c’est plutôt l’inverse…).

Les Philippins mélangent souvent à tel point le Tagalog et l’anglais que le Taglish a fait son apparition. Il est très bizarre d’entendre dire par le Philippins eux-mêmes que le seul moyen de communiquer entre eux (car aux Philippines aussi il y a différentes ethnies qui parlent des langues différentes, les principales sont le Tagalog et le Ceibuano), c’est l’anglais.

Ce pays est vraiment déroutant : on ne sait jamais à l’avance si ce qui a un air officiel et propre l’est effectivement, ou si sous les apparences, rien ne fonctionne correctement. Des fois ça marche, et des fois ça marche pas… En Afrique, tout est simple : ça ne marche jamais. En Europe, ça marche toujours. Mais le mélange ici est subtil et complexe comparé à ce que nous avons vu jusqu’à présent, on ne peut pas se fier aux apparences.

(pour ceux qui comme nous ignoraient complètement comment poussent les ananas, voilà! c'est très surprenant nous trouvons.)

samedi 22 mars 2008

La corruption aux Philippines

(photos sans rapport avec l'article comme vous le constatez, mais des photos de la corruption ce n'est pas évident à trouver; ces gosses font des sauts périlleux avec ou sans élan juste pour s'amuser sur la plage...)

Les Philippines sont parmi les pays les plus corrompus de la planète, et grâce à un livre prêté par Marine, nous en avons appris un peu plus sur les rouages du système.

D’abord les Philippins ont une logique clanique qui dépasse l’imagination, et qui peut se rapprocher de la notion de famille africaine. La famille est tout, au sens très élargi du terme (parrains et marraines, famille par alliance, cousins au 2e degré…), et le plus important dans la vie n’est pas la réussite personnelle, mais celle de son clan familial.

Ensuite, la colonisation espagnole puis américaine s’est appuyée sur les élites traditionnelles pour asseoir son autorité, et les grandes familles ont ainsi pu prospérer démesurément, acquérant beaucoup de pouvoir. Comme en Amérique du sud, une logique latifundiaire liée à la colonisation espagnole a crée d’énormes inégalités dans le partage des terres, et depuis, pratiquement aucune réforme foncière digne de ce nom n’a pu régler le problème. Des milliers de paysans sont donc obligés de travailler comme journaliers souvent dans une situation de grande pauvreté, alors que quelques familles se partagent les terres cultivables de toutes les Philippines.

Aujourd’hui encore, les grandes familles aux Philippines représentent une part incroyable de l’économie du pays. A titre d’exemple, tout le quartier des affaire de Makati, à Manille, est possédé par la famille Ayala, qui représente 17% de la capitalisation nationale.


Les empires constitués par ces grandes familles leurs donnent un poids incomparable dans la vie économique, mais aussi politique du pays.

La logique clanique de la société Philippine a conduit les élites à élaborer en politique une logique clientéliste pour assurer leur réélection et ainsi faire mieux prospérer leurs affaires. Les électeurs Philippins obéissent eux aussi à cette logique ; ainsi, si le « chef » du clan familial (personne la plus influente et que tout le monde écoute, père ou grand père en général) a décidé de voter pour telle personne, tout le monde suit.


Une politique d’achat de voix généralisée s’est donc mis en place. Pour étendre leur pouvoir et leur richesses, les grands familles des Philippines se sont constitués tout un réseau de relations pyramidales, avec des ramifications au niveau local, qui permettent de conquérir le plus grand nombre d’électeurs. Une fois les élections remportées, il convient naturellement de récompenser ces fidèles alliés par des « cadeaux » fournit par les caisses de l’état évidemment.

Les campagnes électorales aux Philippines sont considérées comme des évènement festifs par excellence, et rappellent certainement plus les campagnes BDE d’école de commerce que la vie politique d’une démocratie comme la France. Le moyen de conquérir les électeurs est de leur offrir leurs cadeaux préférés : organisation de matchs de baskets, invitation de stars, organisations de concerts, ect. Si on ajoute à cela les sommes dépensées pour acheter les voix de tout son réseau de relation, on comprend que le prix des élections s’élèvent à des millions de pesos. A tel point que l’économie des Philippines est affectée par des récessions après chaque campagne électorale ! Les dépenses de campagne correspondent à 20% du budget de l’Etat.

On comprend que les « nouvelles têtes » dans la vie politique Philippine ne soient pas nombreuses. A moins d’être immensément riche, et donc d’appartenir à une des grandes familles, il est impossible de financer les campagnes électorales, et d’être élu.

Pour financer les campagnes, les candidats puisent dans les deniers familiaux. Lorsque les élections sont gagnées, il est donc « normal » de se renflouer en confondant « légèrement » caisses privées familiales, et caisses de l’état.

Un jeu proche du bingo, importé par les Chinois avant l’arrivée des espagnols, fournit également de belles recettes au clan parvenu au pouvoir, et est un moyen classique de s’enrichir un peu plus. Ce jeu extrêmement populaire est interdit, mais tout le monde y joue quand même grâce à un système bien rodé de corruption. Celui qui organiser le jeu doit payer les policiers et le maire du coin pour se couvrir et pouvoir continuer son activité illégale, et le clan au pouvoir s’approprie généralement un pourcentage systématique des gains.

Sans oublier pour certains l’argent tiré des trafics de drogues et d’armes, des kidnappings ou de la prostitution (au moins un des ancien président Philippin a baigné la dedans avec certitude).

Ainsi, lorsqu’ils accèdent au pouvoir, les dirigeants n’ont qu’un objectif en tête : profiter de leur position pour mieux asseoir le pouvoir et la richesse de leur famille. Ils se conduisent donc plus comme des pilleurs avec des logiques personnelles et court-termistes que comme des dirigeants véritables. Un certain nombre de présidents philippins ont bâti une véritable fortune lors que leur mandat (une dizaine de milliards de dollars pour le dictateur Ferdinand Marcos).

Le pire, c’est que l’influence de la colonisation américaine a plaqué par-dessus ces pratiques des mots et des concepts démocratiques et bien pensants, que les politiques utilisent à tour de bras.

Dans ce contexte, on comprend que le budget de l’état soit réduit au minimum, puisqu’il est très difficile de récupérer l’argent des impôts, déjà dilapidé et utilisé en pots de vins. Ce qui reste est une nouvelle fois pompé par les ministres et toutes les personnes qui peuvent y avoir accès de près ou de loin… Une fois arrivé là où il devrait servir, il ne reste plus beaucoup d’argent.

Avec ces quelques explications édifiantes, et l’impunité hallucinante dans laquelle se déroule toutes ces magouilles (seuls quelques uns des scandales politico-financiers qui ont été révélés dans la presse ont été suivis de procès… c’est plutôt l’exception), nous comprenons mieux tout ce qui nous frappait en arrivant aux Philippines : l’état désastreux des infrastructures, des routes en particulier, comparé au niveau de richesse et de développement ; les « petits chefs » qui pullulent dès qu’ils ont un pin’s les rattachant à une fonction un tant soit peu officielle (policiers, vigiles, etc) ; le fait que le moindre arrêt de bus ou panier de basket porte le nom en énorme du maire qui a participé à sa construction, etc…

En conclusion, ils ne sont vraiment pas sortis de l’auberge. On se demande comment un tel système, à l’œuvre depuis des centaines d’années, pourrait devenir une véritable démocratie sans révolution violente.

La présidente actuelle, Gloria Arroyo, qui s’était fait le fer de lance de la lutte contre la corruption est accusée d’avoir détourné des sommes atteignant des sommets dans l’histoire des Philippines. Pendant notre séjour, d’énormes manifestations et des grèves ont agité le pays pour tenté de la démettre de ses fonctions

Les Philippines sont un pays déroutant, car un joli vernis couvre pas mal de réalités d’une apparence organisée, propre, démocratique… mais celui-ci s’écaille souvent très vite.

Pourquoi les voyages sont fatigants…



Nous devons confirmer la veille de notre départ et en personne l’horaire du bateau que nous prendrons. Très pro, le type de la bicoque de plage qui sert de bureau d’enregistrement demande à Guillaume un numéro de téléphone pour nous joindre au cas ou. La bicoque est à une demie heure de notre hôtel.

Le lendemain, confiants et légèrement en avance, projetant une sympathique dernière soirée avec Marine à Manille, nous arrivons à White beach où le bateau est censé venir nous chercher. Le type de la bicoque nous fait le même coup qu’à l’aller. re free shuttle. Ce sera le tricycle cette fois. Prévoyants, nous le réclamons pour nous seuls (à deux plus nos sacs, nous sommes déjà comme des sardines !).

Arrivés au tricycle, nous nous encastrons à l’intérieur avec nos sacs sur les genoux… Evidemment il ne part pas, nous attendons deux autres infortunés qui s’installent derrière le conducteur.

Nous évitons de penser dans les descentes que les freins d’une seule moto supportent le poids de cinq personnes plus 30kg de sacs. Nous parvenons tant bien que mal à destination avec un quart d’heure de retard au port.

Arrivés à Puerto Galera, notre compagnie nous annonce tout sourire un « change of schedule ». Le bateau partira très en retard. C’en est trop, je suis hors de moi, et même si nous sommes en Asie et que s’énerver est vraiment déconseillé sous peine de faire perdre la face à votre interlocuteur, j’ai du mal à me contenir.

Guillaume exige fermement qu’ils s’arrangent avec une compagnie concurrente pour que nous partions dans le prochain bateau. Ils s’exécutent au demeurant assez facilement, et nous partons finalement. Enfin.

Arrivés à Batangas (sur l’autre île), après avoir été harcelés par cinquante filipinos hystériques attirés par notre peau blanche et qui nous proposent tout à la fois un taxi pour Manille, des cacahuètes, de l’eau minérale, du buco pie (gâteau à la noix de coco), nous montons dans notre bus. La clim et le film tournent déjà. Heureusement, car évidemment, il faut attendre que le bus soit plein pour partir. Cette fois-ci c’est une heure et demie d’attente.

Après plus de trois heures de bus et un taxi nous arrivons finalement à bon port à 21h30, soit plus de huit heures après être partis de notre hôtel. Nous avons parcouru… 180km !

Dernière soirée rapide avec Marine, le lendemain lever à 6h30 pour prendre notre avion qui décolle à 11h ; à Manille, il faut avoir minimum trois heures d’avance pour prendre son vol, et l’aéroport est à une heure de taxi sans embouteillages… Et il faut TOUJOURS compter avec les embouteillages.

L’aéroport de Manille est à l’image de la ville : déroutant ! D’abord, seuls les passagers ont le droit de pénétrer dans l’aéroport, car autrement, les familles entières (cinquante personnes) venaient accueillir les immigrés de retour au pays (OFW Oversea Filipino Workers).

(Ce que vous prenez pour un carton est en fait un bout de polystyrène recouvert de scotch, c'est une glacière ultra moderne pour les livraisons de glace à l'intérieur de l'aéroport international de Manille. En cas de frigo défaillant par exemple)

Nous devons donc sortir nos passeports et billets dès l’entrée dans l’aéroport, puis passer un premier contrôle de sécurité (rayon x et tout le tralala). Ensuite, enregistrement, puis paiement de la taxe d’aéroport. Seul hic : il est impossible de payer la taxe d’aéroport par carte bleue (alors que tous les restaurants, hôtels, magasins de mall et de duty free l’acceptent !). Après avoir tenté sans succès de tirer la somme nécessaire des deux distributeurs disponibles dans le hall de départ, on nous indique un troisième et dernier distributeur au sous-sol. Pour y accéder, nous devons sortir de l’aéroport, descendre, rerentrer au niveau inférieur (check sécurité et billets à nouveau), tirer de l’argent (ouf, ça marche !), remonter, repasser les contrôles de sécurité pour entrer dans le hall, et enfin aller payer notre taxe. Cela nous a pris 25min !

Ces deux jours de voyage n’ont heureusement pas réussi à nous fatiguer complètement grâce à notre semaine de repos, mais nous comprenons à nouveau pourquoi nous étions arrivés un peu fatigués dans notre beach resort !

Aninuan ou la plage paradisiaque...

(Avant tout, la vue de notre chambre...)

Finalement, le jeudi matin, nous partons enfin, sans qu’aucun nouvel obstacle nous retienne à Manille. Nous n’osons y croire, car comme dit le dicton, jamais deux sans trois… Mais non, après trois heures de bus, nous arrivons à Batangas, où nous nous embarquons sur un des bateaux de la région, équipé de flotteurs de chaque côté pour stabiliser l’embarcation.

Les prix ont augmenté de 50% depuis notre version pourtant récente du Lonely planet, et la mairie de Puerto Galera, le port d’arrivée, a décidé de faire payer un droit d’entrée. Comme le maire de la ville est réputé pour être un des plus corrompus des Philippines, nous sommes ravis de payer cette taxe ! Le retour de l’octroi…

Arrivés à Puerto Galera, le bateau censé nous emmener jusqu’à White Beach rencontre un problème de moteur. Heureusement, notre compagnie affrète instantanément un free shuttle , c'est-à-dire une jeepney où nous devons nous compresser comme jamais, avec nos gros sacs, pour arriver jusqu’à White Beach.

Ajoutons que les Philippins ont la bonne habitude de s’asseoir en commençant par les places les plus proches de la sortie, afin que les suivants puissent s’exercer à escalader les premiers pour atteindre les places libres au fond du véhicule. Avec des gros sacs, cet exercice est particulièrement physique !

Arrivés à White Beach, Guillaume part courageusement en quête d’un hôtel. Ici, Pâques se fête en famille, de préférence à la plage, mais on préfère le célébrer par anticipation. La semaine sainte est donc un pic au milieu de la haute saison. Les prix triplent…

Après une heure de recherches, il trouve l’endroit de rêve où nous nous installons : un beach resort, autrement dit hôtel restaurant bar donnant sur la plage avec des bungalows ou des chambres. Nous avons une chambre au 4e étage d’une barre d’immeuble assez bien camouflée par les cocotiers et qui ne gâche en rien la plage. Air-con, jolie décoration, salle de bain propre avec eau chaude, télé et frigo : le rêve ! Des parasols en chaume abritent des transats sur la plage, et de mignonnes petites cabanes permettent de dîner en tête à tête…

La semaine suivante se passe donc en nuits de 10 à 12h de sommeil, réveil à 8h pour profiter de la fraîcheur, balades sur la plage, lecture, baignade, apéros et bons repas. Nous débordons d’activités, et cela fait du bien ! Nous pensions saturer au bout de trois jours de ce rythme ultra-cool, mais nous avions sous-estimé notre état de fatigue. Après six jours, ce rythme nous convenait toujours bien !


Un matin, nous nous fondons dans un groupe d’américains pour aller faire du snorkelling, c'est-à-dire plonger avec masque et tuba. Le bateau nous emmène dans un petit récif de corail où les poissons abondent. Nous sommes époustouflés, c’est vraiment comme dans les documentaires animaliers. Les poissons sont multicolores, jaunes, bleus avec des reflets verts, noirs et blancs rayés. Nous découvrons des étoiles de mer gigantesques orangées ou bleues électriques, et des oursins impressionnants aux épines de 15 à 20 cm de long !

Notre plage est à 5min à pied de White Beach par la pointe rocailleuse qui sépare les deux plages. Le contraste est saisissant : White Beach est le paradis des cinquantenaires accompagnées de leur petite Filipina, qui boivent des cocktails dès quatre heures de l’après-midi après s’être fait faire un nouveau tatouage et avoir reçu leur massage quotidien en écoutant Bob Marley… La musique à fond est là règle ici, c’est normal, c’est Holy Week ! Les familles de riches Filipinos aiment venir passer la semaine sainte ici. On peut d’ailleurs faire du parachute ascensionnel, du banana boat, de la plongée sous-marine, etc…

Notre plage est heureusement exceptionnellement vide et calme comparée à White Beach, avec une ambiance plus familiale. Cependant, les masseuses, et autre vendeurs de colliers ou d’appareils photos tombés du camion nous tiennent compagnie et viennent régulièrement agiter leurs breloques sous notre nez alors que nous lisons : « Hello Edith. Massage ? Do you want a bracelet ?Maybe later ? » Ce qui leur permet de revenir deux heures après vous reposer les mêmes questions. A force, nous avons parfois du mal à rester aimables, mais bon, il faut bien qu’elles gagnent leur vie.

Les plages Philippines, même paradisiaques, laissent quand même apercevoir la pauvreté des pêcheurs voisins. On voit ainsi passer, alors qu’on est en maillot de bain en train de se dorer la pilule, des gosses en haillons qui viennent fouiller les poubelles de l’hôtel pour récupérer les bouteilles en plastiques et les canettes vides pour les revendre. Ou d’autres en maillot de bain avec leurs lunettes de piscine et leurs fusils artisanaux qui vont pêcher pour avoir un dîner. Pas évident… On se sent gênés et beaucoup trop gâté.

La police

(Avant de vous abrutir en nous suivant dans nos démarches administratives, notez l'exquis raffinement de notre restaurant qui, pour conserver un Coca avec ses bulles, le couvre d'une feuille de PQ transpercé d'une paille. Chic!)

Nous désirons nous accorder une semaine qui soit vraiment reposante. Je sais, cela vous paraît étrange mais le fait d’être perpétuellement en voyage (et non en vacances) est assez épuisant, en plus bien sûr des décalages horaires et des changements de climat.

Nous décidons donc de voguer vers Mindoro, île au sud de Luzon (l’île principale) à laquelle on accède par bus et bateau et qui se veut un petit coin de paradis.

Le mardi, nous nous levons tôt pour prendre notre bus. Pas de bol, grève générale des transports ce jour là. Nous sommes bons pour une journée de repos forcé qui nous permet de mettre à jour le blog. Sur les huit jours de vacances prévus, il nous en reste 7.

Le mercredi, départ aux aurores et dans le taxi pour aller récupérer le bus, arrêt cash auprès d’un distributeur. Plus de carte bleue. Pas de bol ! Après une ou deux heures d’enquête, nous en arrivons à la quasi-certitude que celle-ci nous a été dérobée le seul jour où je mes sois séparé de mon portefeuille depuis le mois de septembre.

Le lundi, confiant dans la maison religieuse où nous sommes installés, et ne voulant pas nous trimbaler avec un portefeuille dans un bidonville, nous l’avons laissé dans notre chambre. Mal nous en a pris.

Mais c’est l’occasion d’une aventure amusante dans un des pays les plus corrompus de la planète. Après avoir fait opposition, et pour être tranquilles, nous partons effectuer une déclaration de vol à la police. Les personnes chez qui nous résidons nous accompagnent et cela facilite grandement les procédures. En effet, l’anglais des policiers est assez limité et leurs méthodes un peu particulières. Nous apprenons qu’ils peuvent par exemple diligenter une enquête sans votre avis explicite et vous en faire payer les frais.

Nous parvenons au premier poste de police qui ressemble plus à un bar qu’à autre chose. Sur la porte des inscriptions en jaune et bleu font état de la qualité des habitants, mais nous nous rendons compte que le bureau est squatté (ou gardé, c’est selon) par des hommes et des femmes en civil qui en profitent pour regarder la télé. Les policiers sont, eux, partis en vadrouille. On nous dirige vers un autre poste.

Un quart d’heure plus tard, nous débarquons au milieu d’un autre poste. L’homme qui nous reçoit est en pyjama, son uniforme bien plié et son arme de service sur la table devant lui. Quelques blagues plus tard, il nous apprend qu’il ne peut rien faire (pas d’ordinateur), pendant que son collègue nous lance des regards noirs derrière ses lunettes de soleil. On le dérange dans son émission préférée.

Rappelons que nous ne cherchons qu’une déclaration de vol bien officielle pour satisfaire les assurances !

Nous finissons au commissariat central de la ville, une bicoque flanquant un grand building administratif. De nouveau l’écriteau « I’m a member of the philippino national police, my job is to serve and protect ». Cela va sans dire, mais mieux en le disant! (Nous n'avons pas pu prendre cette déclaration en photo mais en avons retrouvé une du même crû quelques jours plus tard.)

Un policier nous accueille, hilare, et prend ma déposition sur un bout de papier. Reste à la taper et à l’imprimer. Mais une charge spéciale tout à fait officielle de 50 pesos s’applique. Nos amis philippins nous le confirme. Et nous recevons de sa main un « order of payment » que nous n’utiliserions pas comme brouillon.

Dix bureaux (où la préposée joue au rummikub, une folie ici), couloirs (glauques), indications contradictoires (avec grand sourire aux lèvres) plus tard, nous nous retrouvons au bureau d’encaissement. Une queue de deux heures nous attend. Nous sommes vaincus, la corruption a eu raison de nous.

Nous revenons au poste de police, ceux-ci nous proposent d’envoyer quelqu’un faire la queue. Si nous désirons le reçu, il nous faut attendre qu’il revienne. Nous partons avec notre déclaration en poche, sans illusions sur ce qu’il adviendra de nos 50 pesos… De toutes façons, le service des impôts est lui aussi corrompu…

Au fait, plus que 6 jours de repos finalement...

samedi 15 mars 2008

Payatas

De retour à Manille, nous passons une bonne nuit réparatrice, malgré les coups de marteaux qui démarrent à 6h du matin sous nos fenêtres : la maison voisine est en construction.

Nous retrouvons 3 volontaires autrichiens, dont un séminariste, qui s’occupent du programme garçons des Sœurs Missionnaires de Marie. Nous accompagnons tous Marine dans son emploi du temps hebdomadaire du lundi : animation dans un centre pour enfants handicapés dans le bidonville de Payatas.

Après trois jeepneys grâce auxquelles nous nous enfonçons vers des quartiers toujours moins engageants de la banlieue de Manille, nous arrivons à Payatas au CBR, Community Based Rehabilitation centre. Cette structure s’occupe de plusieurs centaines d’enfants handicapés mentaux ou physiques de milieux défavorisés. Deux fois par semaine, ils passent quelques heures avec leur institutrice à jouer et progresser ensembles dans un programme de pré scolarisation. Le but est de les pousser au maximum de leurs capacités et d’envoyer ceux qui en sont capables à l’école.

Nous passons donc quelques heures à jouer avec eux. Finalement, malgré des apparences physiques parfois étranges ou impressionnantes, ils sont très mignons et actifs, et nous passons ensembles de très bons moments à faire des collages.

Nous leur présentons Ti’Marsu, et celui-ci leur raconte son histoire et leur souhaite bonjour de la part d’enfants en France.

Pour ceux qui ont des difficultés à marcher, des kinésithérapeutes leurs font faire des mouvements et des séances de musculation grâce à des électrodes pour leur muscler les jambes et leur apprendre à marcher.

Les parents sont très impliqués dans ce programme de réhabilitation, et accompagnent leurs enfants chaque jour. Certains sont véritablement un modèle de courage et d’amour. Il est très impressionnant de voir repartir ces gens souriants, portant leurs enfants handicapés physiques, alors que nous savons qu’ils vivent dans le bidonville voisin et ont peu d’espoir ne serait-ce que d’obtenir un jour une chaise roulante.

(Le professeur)

Nous préparons ensuite le repas « Français » pour les parents les plus impliqués, et l’équipe du centre (maîtresse, kinés). Au programme : des spaghettis avec buffet de sauces au choix : thon, crème, pesto, tomate… Un régal ! La sauce tomate a été achetée spécialement pour les Filipinos, il s’agit en fait du fameux Banana Ketchup, leur sauce préférée dans les spaghettis : du ketchup rouge mais fait à base de banane, très sucré et à l’arrière goût de banane. Peu fameux ! Mais les Autrichiens adorent eux aussi. Les Français sont vraiment difficiles !

Pour ceux qui ne connaissent pas l’Asie, sachez qu’ici le riz est sacré. On en mange évidemment trois fois par jour. Ou plutôt 5 fois par jour, les philippins prennent petit-déjeuner, en-cas matinal (vers 9h), déjeuner, merienda et dîner tous les jours où ils le peuvent. Le petit déjeuner est salé ici aussi (nous commençons à comprendre que nous sommes vraiment une exceptions de ce côté-là !), et aussi à base de riz.

Le riz pourrait être comparé au pain chez nous il y a 50 ans ou plus : c’est la base indispensable de l’alimentation. On ne peut s’en passer même pour un repas. Et nos chers Filipinos se servent donc de riz après avoir englouti leur plâtrée de pâtes.

D’ailleurs, Mac Do a adapté ses menus et propose évidemment du riz en accompagnement du burger-frites. Et les menus proposés par les restaurants philippins proposent parfois du riz en tant qu’accompagnement pour des spaghettis !

Après avoir joué avec les enfants et cuisiné pour l’encadrement, nous partons nous enfoncer un peu dans le bidonville. Payatas est un bidonville en restructuration, quelques rares bâtiments sont donc en béton, et elle possède une rue principale goudronnée : celle qui mène à la décharge. Cette ville tire en effet ses maigres revenus de la décharge si voisine que des maisons de tôles et leurs occupants sont régulièrement engloutis par la montagne d’ordures lorsque celle-ci s’effondre. Nous nous efforçons d’effectuer une description sans complaisance de notre demie heure à l’intérieur du bidonville mais la réalité est difficile à accepter.

Le tri des ordures est assez différent de chez nous et ce que les habitants de Payatas peuvent espérer du recyclage est limité. Les poubelles des riches sont d’abord inspectées sur place par des gens vivant le plus souvent dans la rue avant d’être ramassées par le camion poubelle qui se sert au passage et donne à certains de ses amis (contre rétribution) le droit d’inspecter le camion à son arrivée à la décharge. Ce qui reste s’amoncelle sur le décharge et des enfants dont les plus jeunes doivent avoir 8 ans se disputent qui une bouteille de plastique trouée, qui un couvercle de boîte de conserve. Ceux-ci rentrent chez eux après une dure journée de labeur, 3 tôles pour les murs, une pour le toit, rien qui ressemble vraiment à une maison. Et tout cela baigne dans une puanteur difficilement supportable lorsque l’on se rapproche de la décharge et des habitations les plus précaires. Les rues sont alors un champ de boue et d’immondices à travers lesquelles il faut naviguer, mais qu’eux traversent souvent en tongs par habitude. (Là, par respect, on ne prend plus de photos. Les précédentes nous ont déjà demandé un grand effort)

La politique de réhabilitation a cependant permis de couvrir une bonne partie de la décharge avec de la terre, et de la renforcer pour éviter les éboulements, une petite centrale récupère le gaz issu de la fermentation pour produire de l’électricité. (voir photo ci-dessus: la montagne est constituée de déchets et terre mélangés, et le tuyau jaune est la conduite qui récupère les gaz de fermentation).

Dans toutes les grandes rues, il y a des paniers de basket de fortune qui font la joie des enfants (le basket est sport national chez eux) et malgré leur admiration pour les 4 géants que nous sommes (taille moyenne 1,93m), nous ne méritons pas les interrogations que nous suscitons : « Are you a basket-ball team ? » Nous sommes de bien piètres joueurs.

La vie suit son cours à Payatas, les nombreux enfants sourient (lorsqu’ils ne sont pas à la décharge), les petites filles reviennent de l’école dans leur bel uniforme tout propre, il y a des petites échoppes où l’on peut acheter coca, barres de céréales et autres produits de première nécessité, un coiffeur s’est installé, l’excellent cordonnier n’est pas loin, et les habitants semblent heureux de vivre.

(Ces chaussures sont maintenant à mes pieds et en pleine forme)

Bien sûr, nous ne nous y aventurerions pas de nuit et à plus de 500m de la rue principale. Et même en plein jour, à six dont quatre grands gaillards, les regards interrogateurs des habitants créent parfois un léger stress.

Trois à quatre millions des douze millions d’habitants de Manille vivent dans des bidonvilles. (Près de deux fois Paris intramuros.) Ce qui est impressionnant, c’est de voir l’extrême facilité avec laquelle on arrive dans un bidonville, Payatas est dans la banlieue immédiate de Manille, mais certains sont dans l’enceinte même. Les gens que l’on croise sur le chemin sont pour la grande majorité vêtus normalement. Confronter cette réalité avec la proportion d’habitants dans les bidonvilles à Manille aide à se rendre compte du caractère dramatique de la situation. Il n’y a pas besoin d’être très pauvre, marginal, alcoolique ou violent pour y vivre, c’est le lot du quart ou du tiers des habitants de cette ville. En revanche, beaucoup de ces problèmes s’y concentrent.

Ce bidonville correspond aux descriptions que nous avions lues auparavant, mais tant qu’on n’a pas vu, on ne comprend pas tellement ce que peuvent signifier vraiment « des enfants qui trient les ordures » et « des rues couvertes d’immondices », ou « une odeur insoutenable ». Ce court aperçu d’une demi-heure nous permet, nous semble-t-il, de ne pas tomber dans le voyeurisme, sentiment qui arrive très vite lorsqu’on n’est ni volontaire dans une association, ni photographe reporter.

mardi 11 mars 2008

Le côté obscur des Philippines

Nous revenons vers Manille pour retrouver Marine. En l’attendant dans le Mall, nous cherchons à brancher l’ordinateur à court de batterie pour actualiser le blog. A peine installés, un policier du mall accoure accompagné du manager pour nous demander de cesser de squatter les facilities. Le courant électrique ne se partage pas ici. Mac do et d’autres fast food proposant des wi-fi gratuits, nous cherchons des prises dans les restaurants… impossible !

Nous ressayons de nous brancher en cachant le fil avec nos gros sacs à dos : peine perdue l’un des cents vigiles qui surveillent le mall nous attrape. Cela fait une demi-heure que nous tournons pour trouver une prise à un endroit où l’on capte les wi-fi gratuits ! Nous proposons au policier de payer pour la prise, mais celui-ci, incapable de donner un prix, nous dirige vers le deuxième étage et d’hypothétiques prises gratuites qui se révèlent bien sûr inexistantes. Nous échouons dans un Starbucks, et le temps de nous rendre compte que le wi-fi ne marche pas, Marine nous retrouve… Cela fait une heure que nous tournons avec nos gros sacs sur le dos dans ce mall où un karaoké géant à été organisé et les baffles hurlent comme à un concert.

Nous sommes dans une forme olympique !

Quel travail de parfois de rester connectés et de vous donner des nouvelles.

Heureusement, Marine vit dans un séminaire, avec un jardin calme, ce qui au milieu de Manille est un luxe incomparable. Nous profitons d’une des chambres utilisées normalement pour accueillir des retraitants. D'où la photo suivante...

Marine fait un stage dans l’administration de Fondacio (mon frère Benoît ;-) ), association Française de laïcs qui organise diverses missions humanitaires dans le monde entier. A Manille, des formations d’un an sont proposées à de jeunes asiatiques qui veulent s’engager dans l’Eglise dans leur pays. Ils étudient la théologie et ont également des cours plus pratiques d’organisation, de communication, etc.

(Blandine et Marine)
Dès le lendemain matin nous partons avec Marine pour Balanga afin de découvrir la mission de Violaine et Blandine avec les Sœurs Missionnaires de Marie. Trois heures de bus plus tard, nous déjeunons avec les sœurs, les volontaires, et les 17 jeunes filles dont elles s’occupent. Les 5 sœurs mènent en parallèle plusieurs projets depuis plus de 10 ans avec l’aide de volontaires et de salariés.

(Violaine)

L’Ecole de Vie est un foyer pour jeunes filles aux histoires personnelles très dures, qui ont été placées là par la DASS Philippine. La plupart d’entres-elles ont grandi dans la rue et ont été victime d’abus. Les sœurs reconstituent au maximum un esprit de famille, et tentent d’aider ces filles à se reconstruire à travers un suivi psychologique et spirituel. Ces dernières sont également scolarisées pour leur assurer autant que possible un avenir.

Le programme garçon comporte lui deux axes : visites aux jeunes garçons dans les prisons, et, à leur sortie, programme de réinsertion en deux ans au cours duquel ils reçoivent une formation professionnelle et un soutien. Ils vivent chez eux contrairement aux filles, mais sont pris en charge toute la journée et rejoignent les filles le week-end à Balanga.

Nous passons l’après-midi à jouer avec les filles (contrairement aux ados de chez nous, elles sont ravies de jouer à des relais, tomates et autres bérets) .

Je pars à la recherche de cordes de guitares avec une des jeunes filles et l’aide à accorder sa guitare. Moments simples mais géniaux.

Nous regardons ensuite un documentaire très connu des ONG aux Philippines : Bunso. Réalisé par l’UNICEF en 2003 pour pousser les sénateurs à changer la loi, il dénonce les conditions dans les prisons. Jusqu’à 2005, les enfants Philippins délinquants n’étaient pas distingués des adultes. A partir de huit ans, ils pouvaient donc aller en prison, au milieu des adultes. Le film est véritablement bouleversant, il fait mal au cœur. Des gamins de 10 ans sont emprisonnés au milieu des chefs de gangs tatoués aux crânes rasés. Tous les prisonniers dorment par terre, se lavent épisodiquement, ne mangent pas à leur faim. La prison est tellement surpeuplée que tous les prisonniers ne peuvent s’allonger pour dormir la nuit.

Au milieu de tout ça, des gosses de 10 ans qui ont la plupart du temps fuit leur « maison » (de tôles) car leur père alcoolique les battait, et se sont fait prendre alors qu’ils volaient pour survivre. Tellement classique et consternant. Ils passent un temps indéterminé dans cet enfer, selon le bon vouloir du juge qui suit leur cas (les Philippines est le pays le plus corrompu d’Asie). Le pire est que parfois, les parents font en sorte que leurs enfants restent plus longtemps en prison, se disant qu’au moins là ils seront nourris, et aussi parce qu’ils estiment que leur gamin est une tête de mule, et qu’un petit passage en prison lui mettra un peu de plomb dans la cervelle et le fera changer en bien.

Heureusement la loi a changé, désormais les mineurs de moins de quinze ans ne peuvent pas être enfermés, et les jeunes de 15 à 18 ans sont envoyés dans des centres de réhabilitations. Cependant il est difficile d’affirmer que la loi est appliquée partout aux Philippines, et les centres de réhabilitations s’apparentent parfois étrangement à de simples prisons. De plus, cette loi a provoqué un effet pervers : les moins de 15 ans sont de plus en plus recrutés par les gangs car ils ne peuvent aller en prison. De nouvelles modifications de la loi sont en discussion.

Quelques conversations avec les sœurs et les volontaires finissent de nous ouvrir les yeux sur les horreurs qui peuvent arriver aux plus démunis dans les bidonvilles ou dans la rue. Les garçons sont souvent entraînés très jeunes dans des gangs, où pour monter en grade il faut relever des défis aussi constructifs que de se tatouer le symbole du gang, tuer quelqu’un à l’arme blanche, achever une personne blessée par un autre membre du gang, etc… Les sœurs nous font comprendre que ces garçons sont eux aussi des victimes, et travaillent soit à les aider à se remettre des gestes terribles qu’ils ont pu commettre, soit au contraire à réaliser la gravité de ce qu’ils ont fait auparavant. Les histoires de filles sont toutes à base d’abus sexuels subis plus ou moins jeunes. Les incestes ne sont pas rares. Elles ont alors fuit le domicile familial pour vivre dans la rue.

Les quelques exemples qu’on nous donnent font froid dans le dos, et nous révoltent profondément face à cette violence terrible qui règne dans la rue. La violence est étroitement liée à la pauvreté. L’un va rarement sans l’autre.

Ce côté noir des Philippines que nous découvrons est vraiment très dur à avaler. Tout le monde est au courant de ce genre de réalités, mais les avoir en face de soi à travers des jeunes est vraiment autre chose. Et voir un film sur les enfants en prison en compagnie de jeunes ados qui ont tous au moins quelques mois de prison derrière eux dans les mêmes conditions fait résonner le message avec plus d’acuité.

Heureusement, l’Ecole de Vie redonne espoir. On sent beaucoup d’amour au sein de cette jolie maison. Le prière du samedi soir est très vivante et joyeuse, les sœurs sont issues de la communauté des béatitudes, nous avons donc droit à des chants de louanges avec guitares et djembés.

On sent que tous ces ados sont très mûrs, et conscients que leur vie dépend d’eux-mêmes, de leurs choix. Ils sont à l’école de vie pour en changer, et les sœurs mettent vraiment l’accent là-dessus. Les sœurs sont vraiment impressionnantes, elles portent ces jeunes et leurs histoires si difficiles.

Comme nous l’avions entendu au Brésil et au Pérou, ici aussi on essaie de renouer les liens familiaux, et les sœurs passent beaucoup de temps à rechercher les familles des jeunes dont elles s’occupent, et leur rendent visite régulièrement.

Elles sont en lien avec beaucoup d’autres ONG qui font un travail similaire, et les rencontrent régulièrement.

Le samedi soir, nous leur faisons une petite présentation de nos six premiers mois de voyage.

Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre mais elles semblent intéressés. Elles ont la chance d’avoir régulièrement des présentations très diverses qui les aident à s’ouvrir sur le monde.