jeudi 15 mai 2008

Le plateau du Bolaven

De retour à Pakse et plein des souvenirs de notre récente escapade à moto au Vietnam, nous décidons de repartir pour trois jours cette fois. Nous nous dirigeons sur le plateau du Bolaven, agréablement frais, et qui abrite des plantations de café. D’abord plantées par les français puis détruites à la guerre, de nouvelles plantations voient le jour depuis les années 1990 et produisent certains des grains les meilleurs (et les plus chers) du monde.

Chose promise, chose due, voici à quoi ressemble une plant de café.

Il peut grandir jusqu’à atteindre la taille d’un petit arbre et produit des grappes de fruit d’abord vert, qui rougissent par la suite et desquels on peut sortir les grains.

Les étapes qui séparent le grain de votre café sont rarement effectuées ici, donc pas d’info à ce sujet…

En partant de Paksong, un monsieur qui semble avoir un peu trop bu vient nous dire bonjour avec (trop d’) affection. Il finit par se blottir dans les bras de Guillaume fort mal à l’aise, et qui commence à en avoir un peu marre des gestes d’amitié entre hommes bien différents en Asie de chez nous. Il ne compte plus le nombre de messieurs qui lui ont caressé la cuisse comme on taperait dans le dos d’un bon ami, ou le nombre de gens qui pour enjamber les obstacles entre leur sièges et la porte du bus utilisent son genou (qui dépasse certes beaucoup plus que les autres) comme appui. Les hommes ici se tiennent facilement la main ou se baladent bras dessus bras dessous. D’ailleurs nous croisons un bon nombre d’hommes assez efféminés, très maniérés, avec des voix aigues, et qu’ils ne tentent aucunement de faire paraître grave, se souciant peu d’avoir un aspect viril. Depuis les Philippines nous avons également vu un certain nombre de travestis. Ils sont toujours très bien acceptés, et ne se mettent pas en avant comme nos drag-queen. Leur place dans la société est simplement considérée comme normale, et si les gens se permettent parfois de rire un peu d’eux ou de les montrer, c’est toujours avec gentillesse et respect.

La route du premier jour n’a que peu d’intérêt, mais elle passe par beaucoup de villages authentiques. Arrivés à Paksong, capitale du café, nous croisons ce monsieur, source de notre savoir encyclopédique sur cette plante. Il est aussi professeur d’anglais où il affiche un niveau correct de seconde, et siège au comité d’enseignement de la ville. Les plantations de café agrémentent utilement ses revenus.

Le lendemain, nous faisons route vers Tat Lo, célèbre pour ses chutes d’eau, le long d’une route superbe mais en jouant au chat et à la souris avec la pluie. Elle nous rattrape tant bien que mal, prétexte utile à un arrêt dans une famille : nous profitons des pilotis de leur maison pour nous abriter. Ti’Marsu joue la star auprès des enfants et s’évade avec eux à l’étage.

Nous traversons une multitude de petits villages très propres (il faut le souligner car c’est exceptionnel dans ce genre de pays) où les enfants nous lancent au passage des « Sabaidee » surexcités. Mêmes leurs parents semblent contents et légèrement curieux de nous voir, et nous recevons les sourires les plus accueillants qui nous aient été donnés depuis le Mali, et pourtant la concurrence est rude!

L’arrivée au bord de la rivière qui traverse Tat Lo est très reposante et nous permet d’organiser notre journée du lendemain : nous partons à dos d’éléphant !

lundi 12 mai 2008

Une expérience de la vie quotidienne


Vous êtes vous déjà demandé comment nous faisions pour conserver une coupe de cheveux présentable ? Sans doute non, mais vous allez avoir droit à l'explication...

Et bien la réponse est simple, nous allons chez le coiffeur. Mais pas n’importe quel coiffeur.

Cette fois, à Pakse, nous y sommes allés ensemble. Nous sommes reçus dans une boutique peu éclairée par deux femmes au sourire avenant avec lesquelles nous discutons de la prestation et du prix. Nous optons pour un shampoing-coupe dont nous nous souviendrons longtemps.

Les femmes se mettent au travail. Edith est appelée la première à s’installer sur une sorte d'ancien fauteuil de gynécologue couronné d’une vasque qui permet d’effectuer les shampoings.

Edith étant maintenant à sa merci, le bourreau des crânes commence à officier. Oubliez tout ce que vous connaissez sous le nom de massage…

L’énergique laotienne met tout son cœur à planter ses ongles (qu’elles porte long) dans son cuir chevelu pour y creuser des sillons semi-circulaires. Je la rejoins bientôt sur l’échafaud voisin pour y subir le même traitement. Comme ce jeu idiot, le fameux pouilleux massacreur, qui nous occupait enfants, notre patronne, en bonne paysanne, après les sillons des labours passe au temps des semailles. Elles nous plante ses grands ongles verticalement sur la tête ce qui provoque des picotis assez désagréables. Nous restons stoïques mais le sourire commence à poindre. Alors, pour nous épargner la vue de la mort, elle nous place une serviette sur le haut du crâne et les yeux qu’elle commence à nous enfoncer légèrement dans les orbites avec ses pouces. Sans savoir quel chacra cette manipulation est censée ouvrir, nous souffrons en riant. La serviette descend par la suite pour recouvrir le haut du crâne et la nuque et amortit vaguement une succession de coups assénés vivement du tranchant de la main.

15 minutes se sont écoulées, Edith est sauvée et passe au rayon coupe. De là, elle me soutient dans mon épreuve car il me faut patienter le temps que la coiffeuse se libère. Cruella s’en charge en m’administrant le traitement plusieurs fois de suite. Le shampoing, l’après shampoing, le conditionner… Trois fois plus de raisons de souffrir inutilement. Elle invente alors une nouvelle torture et tente sans succès de m’arracher les oreilles en partant du lobe de ses ongles pointus. Raffinement suprême, elle passe sa serviette son mon menton pour l’y frotter vigoureusement en m’arrachant la barbe. Cette dernière torture me fait exploser de rire de douleur et elle finit, tranquille, son délicat massage, persuadée que son client a fortement apprécié.

Pendant ce temps, Edith, à la recherche d’un dégradé, se voit transformée en jeune asiatique. Ses cheveux sont sculptés avec adresse et la font ressembler au choix entre Jeanne d’Arc ou un mannequin asiatique. Après maintes tentatives pour éviter l’irréparables, elle finit avec une frange d’un effet douteux, mais suffisamment mal faite pour qu’elle disparaisse rapidement.

Ma coupe se passe sans problèmes, à part cette fâcheuse tendance déjà aperçue aux Philippines de raser très haut la nuque.

Un moment fort sympathique qui ne nous a cependant pas donné envie d’approfondir les massages laotiens…

(devinette: mais qu'est ce que cela peut-il être?)

Les petites bêtes ne mangent pas les grosses, mais quand même!

Pour clore notre série sur les petites contrariété du voyage… Qui n’affectent en rien notre moral comme la récente fréquence de ces articles pourraient laisser croire.

Sans être atteints d’une phobie des insectes, Guillaume comme moi n’apprécions pas beaucoup les petites bestioles rampantes ou volantes. D’ailleurs personne à notre connaissance n’éprouve pour eux une quelconque attirance. Nous subissons donc leurs attaques quotidiennes avec calme, enfin quand c’est possible.

Nos moustiques, cafards, araignées, et scarabées européens sont d’une taille vraiment ridicule par rapport à ce que nous découvrons depuis le début de ce voyage.

Nous vérifions chaque jour la théorie suivante : plus l’insecte est gros, plus la bulle d’intolérance que nous construisons mentalement autour de nous est grande. Cette bulle est centrée sur notre visage et notre buste : cela nous est égal (tout du moins supportable) qu’une bestiole vienne se poser sur notre pantalon, mais quand elle vient sur nos épaules c’est une autre histoire. Le visage étant complètement à part : il ne tolère aucune intrusion.

Enfin, l’état de fatigue ou de nervosité joue également.

Le Mékong est un fleuve magnifique et grandiose, mais qui attire tout un tas de bestioles. Quand on dit un tas, c’est vraiment intolérable. A la nuit tombée, les nuages d’insectes qui viennent s’agglutiner autour des néons sont inimaginables. Il est hors de question de dîner en terrasse, et le seul critère pour choisir sa table à « l’intérieur » (ni vitres ni moustiquaires sur les fenêtres) d’un restaurant est l’éloignement de toute source de lumière, afin d’éviter que les moustiques cramés ne tombent dans notre assiette.

Le pire c’est lorsqu’on entend des vrombissements très sonores, ou des bruits de craquement d’ailes caractéristiques de grosses blattes ou d’énormes insectes volants. Elles viennent se cogner à toute force sur les lumières comme des demeurées. Dans ce cas, la tension est palpable, tous les touristes alentour sont aux aguets.

Les attaques plus directes peuvent provoquer une sorte d’hystérie passagère. Par exemple lorsqu’un énorme cafard volant (grand comme votre petit doigt et deux fois large comme lui) se pose dans mon décolleté, ou quand une énorme bête mutante et volante de la taille d’un petit crapaud (sans compter les antennes) vient se poser juste derrière moi. Heureusement le serveur amusé vint me sauver du scarabée mutant (à ma demande, lui ne voyait pas bien le problème). Il l’attrapa tout simplement avec ses doigts et le jeta dehors.

Car il faut bien préciser que les locaux ont une toute autre vision des insectes. Pour eux, ce sont des friandises. Enfin, pas tous, mais ce qui est sûr c’est qu’il n’ont aucune crainte ni dégoût pour ces bêtes. Il vaut mieux d’ailleurs puisque parmi les brochettes proposées régulièrement dans les bus on trouve des brochettes de criquets et de scarabées…

Nous avons même vu un jeune garçon qui s’ennuyait dans un bus enlever les ailes d’une sorte de grosse fourmi volante verte qu’il venait de trouver pour la gober ensuite…

Le soir venu, notre seule vengeance consiste à contempler les petits lézards roses transparents regroupés autour des néons se remplir la panse à peu de frais. Nous avons aussi eu la chance d’observer un Tuco, un lézard géant dont le cri extrêmement reconnaissable (et assourdissant) lui a donné son nom. Nous en avions aperçu un de loin aux Philippines, mais celui-ci nous a permis de nous rendre compte de sa taille : 25 à 30 cm, c’est une bête énorme, d’une couleur rouge et grise. Ses yeux ressortent un peu comme sur un caméléon.

Parfois des envies de carnage sont assouvies sans risque grâce aux raquettes électriques qui équipent certains restaurants. De la forme d’une raquette de tennis, le cordage est remplacé par des filaments parcourus par un courant électrique qui transforme chaque insecte en une jolie gerbe d’étincelles bleutées dans un claquement sonore. C’est jouissif ! (placé sous un néon, on peut réaliser un massacre en quelques secondes)

Pour survivre dans ce monde hostile, nous sommes désormais équipés d’une bombe d’insecticide pour assainir notre chambre dans chaque hôtel. Et afin de clore un débat familial, nous avons testé les deux, les bombes contre les rampants marchent aussi sur les volants et vice-versa. Les produits contre les rampants nous semblent toutefois plus foudroyants.

Toutes ces bestioles ne sont heureusement pas trop méchantes, et même si nous savons que des serpents et des scorpions peuplent aussi la région, nous n’en avons heureusement pas croisé jusqu’ici.

Si Phan Don


Signifie 4000 îles en Lao.

Cette région à l’extrême sud du pays, à la frontière avec le Cambodge, est constituée comme son nom l’indique d’une multitude d’îles sur le Mékong.

Nous optons pour Don Khong, la plus grande île, fuyant la description de la populaire Don Det, réputée être une île des backpackers fumeurs de shit. Certains restos proposent même des plats « happy », traduire aromatisés à l’herbe… Il semble en effet qu’une minorité conséquente de backpackers assimile le visionnage de vieux épisodes de Friends sur un hamac en fumant du shit dans un endroit magnifique au paradis sur terre. En oubliant parfois de se réveiller pour profiter de ce paradis de jour.


En chemin vers ces îles, nous nous arrêtons au Wat Phu Champasak pour admirer un site Khmer. L’empire des fameux bâtisseurs d’Angkor s’étendait en effet jusque là.

Nous découvrons de superbes ruines du Xème siècle, des portes finement sculptées, un temple, tout un ensemble avec une belle perspective.

Ce complexe fut crée pour honorer une source d’eau sacrée qui arrosait autrefois un lingam (phallus à portée mystique dans l’hindouisme). Aujourd’hui le site est en mauvais état mais reste superbe, et la source est toujours visible.

Nous arrivons ensuite à l’île de Don Khong où nous nous installons pour quelques jours de repos bien mérités. Nous avons passé trois jours entiers dans les transports sur les quatre derniers jours…

Surprise, nous retrouvons avec plaisir deux couples de tous jeunes retraités français (Alain, Michel, Françoise et Martine) avec qui nous avions sympathisé à Champasak. Le lendemain nous partons avec eux pour une excursion en bateau sur les îles plus au sud : décidemment, ils nous poursuivent ! Déjeuné très sympathique en leur compagnie. Ils bossaient tous chez Air France, et ont donc pas mal voyagé…

Cette petite balade nous permet d’admirer le Mékong de près, de naviguer entre les îles, et d’admirer quelques cascades sur Don Det. Le retour en amoureux alors que la lumière dore le paysage est parfaitement romantique.

Nous parcourons également notre île à vélo, moyen de balade silencieux et plus lent que la moto pour mieux admirer le paysage. Mais il fait aussi une chaleur torride et le soleil ne pardonne pas. Gros coup de soleil sur la nuque pour Guillaume.

Après nos descriptions sur les cacahuètes et les ananas (et avant celle du café), pour Alexis qui en est friand et pour tous ceux qui, comme nous, ne savent du riz que ce que l’on peut lire sur un paquet Uncle Ben’s voici trois mots sur cette céréale.

La graine pousse dans l’eau (d’où la nécessité de parfaites terrasses pour les rizières), en rang serrés. Les épis sont ensuite repiqués quand ils atteignent une quinzaine de centimètres. Une fois le riz développé, qui ressemble alors à de l’avoine, il est coupé à la faucille, et lié en gerbes. (Nous imaginions presque trouver les graines sous la terre…)

Elles passent ensuite dans une machine qui sépare la paille du grain et du son (une batteuse non moissonneuse à priori). Les grains vont ensuite sécher au soleil pendant plusieurs jours sur de grandes bâches au milieu de la route, afin de pouvoir séparer le grain blanc de sa cosse dorée.

Inutile de préciser que cette méthode requiert beaucoup de main d’œuvre. Les moissons et le repiquage sont d’ailleurs la seule période de l’année où les Laotiens travaillent vraiment.

Pakse

Notre premier jour au Laos nous fait ensuite découvrir les joies des transports laotiens.

Globalement plus un pays est pauvre plus les transports y sont lents, rien de révolutionnaire là-dedans. Avec le temps, nous devrions le savoir, être habitués. Mais non, on ne s’habitue jamais à faire du trente kilomètre heure de moyenne en transports publics. C’est absolument exaspérant de passer une journée en bus pour parcourir 160km.

Mais c’est le seul moyen d’avancer, alors nous prenons notre mal en patience, retrouvant ici des impressions d’Afrique : les motos qu’on accroche sur les toits de bus pour les transporter, les ribambelles de petits vendeurs qui se précipitent à chaque arrêt du bus pour vous vendre des fruits et légumes bizarres, des brochettes et du riz dans des sacs plastiques, les arrêts interminables pour des raisons incompréhensibles tous les kilomètres…

Mais même si on n’y croit plus, au bout d’un certain temps, on finit par arriver à destination, Guillaume peut déplier ses jambes et désencastrer ses genoux du dossier de son voisin de devant ; nous nous saisissons du plan du Lonely Planet pour nous orienter dans une Ne nouvelle ville, et suivant notre routine, marcher sac au dos (finalement moins fatigant que de négocier avec les Tuk-Tuk, les rickshaw locaux) pour trouver un endroit où dormir.

Pakse est beaucoup plus touristique, et nous retrouvons avec soulagement des restaurants qui proposent pâtes et pizzas : cela existe donc au Laos. Tout va bien, nous pourrons nous ressourcer de temps à autre, car nous voyons déjà que la nourriture laotienne sera très répétitive.

La vieille ville présente quelques bâtiments rescapés de l’époque coloniale et abrite des temples aux couleurs vives. Ses deux stations de bus, éloignées de 8km de la ville, permettent de doubler les prix de tout déplacement dans la région lorsque l’on ajoute le prix du Tuk-Tuk pour s’y rendre au billet de bus. Vive la modernité !

Nous rencontrons dans cette ville plusieurs personnes intéressantes.

D’abord, trois français d’une cinquantaine d’années qui travaillent pour WWF. Ils sont en mission au Laos pour trois semaines et recensent les populations de reptiles et d’amphibiens de la jungle laotienne. Ils se préparent à trois semaines dans (et sous) la flotte, au milieu de mille insectes, à manger du riz à la sauce soja et des poissons fraîchement pêchés, à ne pas dormir (car on observe mieux les animaux de nuit), à se faire attaquer les mollets par des sangsues voraces (ils sont couverts de cicatrices de ces sales bêtes). Ils savourent donc un dernier café tranquillement installés !! Chapeau aux aventuriers ! A propos, le dernier grand mammifère, une sorte de gazelle, a été découvert au Laos.

Nous faisons également connaissance avec un couple de re traités belges de 64 ans d’un dynamisme infernal, et qui parcourt le monde depuis 10 ans… Nous sommes ébahis mais trouvons ce genre de vie, rassurez-vous, un peu spécial. En sortant de la conversation avec eux nous nous exclamons en coeur : « Tu imagines 10 ans de ta vie sans attaches, dans ce genre d’hôtels minables… ?? L’horreur ! » Pour ceux qui se poseraient (comme nous) la question, ils ne sont pas du tout millionnaires, leur budget est de 1000€ par mois, desquels il faut déduire des frais pour la location d’un emplacement dans un port de Malaysie pour leur bateau. D’où l’hôtel d’ailleurs.

(temple bouddhiste)

Nous croisons enfin au restaurant, sans lui adresser la parole, un type d’un genre tout différent, blanc, la cinquantaine, pieds nus, en vêtements déchirés minables, le crâne rasé avec une petit queue rescapée au milieu, qui sirote sa bière… L’archétype du routard paumé éternel. Celui-là ne nous inspire pas beaucoup de sentiments positifs.

Arrivée au Laos


Nous avons failli ne pas pouvoir vous parler de ce pays. Le douanier refusait d’accepter notre billet de 50$ tout récemment acquis sous prétexte qu’il était trop usagé. Nous avons un peu trop insisté pour la sensibilité d’un douanier laotien (nous sommes cependant restés très calmes), il s’est fermé soudainement comme une huître et nous a annulé d’un énergique coup de tampon à l’encre rouge le visa qu’il venait de tamponner sur nos passeports en nous priant de revenir avec des billets en règle. Nous nous voyions déjà retourner au Vietnam.

Finalement grâce à l’aide des changeurs et d’une allemande providentielle, nous avons pu payer et obtenir notre visa. Nous l’avons échappé belle mais avons gagné un tampon de plus dans notre passeport !

Arrivée à Savannakhet, la deuxième ville du pays (il faut vraiment le savoir).

Cette petite ville sans prétention, ancien poste important de la présence française, a l’avantage d’être bordée par le Mékong que nous découvrons enfin. Splendide et immense, cependant moins que le Niger qui reste plus impressionnant.

Le contraste avec le Vietnam est saisissant. Très vite nous percevons l’atmosphère « laid back » que décrit le Lonely Planet. Devant l’ambiance qui règne, nous traduisons ce terme par calme, flegmatique, tranquille. Aucun rabatteur ou vendeur ne nous harponne dès que nous faisons un pas dans la rue. Les gens sont charmants et souriants. Ils sont aussi moins actifs de façon générale. A leur décharge la chaleur est écrasante.

Les paysages que nous avons découvert par la fenêtre du bus en arrivant sont très secs, sans rien à voir avec ce que nous venons de quitter. Les villages sont beaucoup plus modestes, la plupart (voire l’intégralité) des maisons sont en bois et toit de chaume ou de tôle. Le béton est absent. Le pays est clairement plus pauvre et traditionnel.

Pour des touristes comme nous, cela peut se ressentir instantanément dans la qualité des restaurants et des hôtels.

Nous sommes un peu déçus par nos premières expériences culinaires laotiennes. Les brochettes de poulet que nous avons voulu déguster en admirant le Mékong se sont révélées absolument infectes. C’était certainement du chien ou autre chose ! Le dîner est médiocre. Nous qui rêvions de bons petits plats, c’est raté.

La chute qualitative dans l’hôtellerie est elle aussi évidente. Certes, les chambres ne sont pas chères, mais les lits sont le plus souvent très durs, et dans ce pays l’eau chaude est un luxe pour lequel on paye un supplément. Nous disons donc adieu temporairement au Wifi et à TV5 Monde.

Pour ceux auxquels cela évoque quelque chose, pas de doute, le Laos est bien la Bolivie de l’Asie du Sud-est.

Quelques images Vietnamiennes à ne pas oublier

Les femmes Hmongs au sourire dérangeant avec leurs dents laquées de noir. Une dentition trop blanche rappelle celle d’un chien et était des plus vulgaire. Aujourd’hui, les jeunes femmes ne respectent plus tellement ce modèle.

Les femmes Dzao qui se rasent une bonne partie du crâne pour agrandir leur front et dégager leurs tempes sous leurs fichus rouges.

Le vert tendre, riche, et prometteur des pousses de riz, certainement le plus beau vert végétal que nous ayons contemplé.

Des bagnards en costume rayé blanc et noir construisant une route et cassant des cailloux, vraiment comme les Dalton.

L’omniprésence communiste : images de propagande, places grotesquement grandes, guirlandes et drapeaux, haut-parleurs, portraits d’Oncle Ho sur chaque fronton d’école.

Une arche imposante totalement ridicule pour signaler la frontière avec le Laos et démontrer la supériorité Vietnamienne. Les Laotiens sont en train de construire une réplique de leur côté…

Les couteaux qui ressemblent plus à des coupes-coupes, et cette manière si particulière d’éplucher, non pas en ramenant la lame vers soi jusqu’à son pouce, mais en coupant vers l’extérieur en appuyant sur la lame avec l’index plutôt qu’avec le pouce.

L’absence totale de supermarchés.

Seule la façade principale des maisons est peinte et décorée, les trois autres murs affichent un gris béton assez sale.

Les Vietnamiens semblent apprécier de s’asseoir les genoux dans les dents et toutes les tables et les chaises des échoppes de rues ou des boui-boui de bord de route sont miniatures, ce qui réjouit particulièrement Guillaume bien entendu.

Les chapeaux qu’on appelle Chinois sont en fait Vietnamiens, et les gens mangent avec des baguettes.